Édition du 13 novembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Poésie

Quelque part

Quelque part
Le soleil palpite.
Quelque part, dis-moi que tu existes encore.
J’ai souvenir
D’une note,
Planant sur la ville
D’un hurlement
Vibrant
Dans l’aube rouge.

Matin vertical
Sur la ville grise,
C’est le présent qui me cabre aujourd’hui
Et la peine qui court le long de toutes mes connexions,
Quand dix-milles peurs bardées d’acier
M’assaillent.
Je ne veux pas que l’oubli
Son gouffre, avale ton visage.
Je ne veux pas que ton corps
Croule sur la terre meuble

Dans ce matin aveuglant
Lumière blanche sur les murs gris
Où les ombres tombent drues
Je me penche à la fenêtre
Je m’y retiens aussi pour ne pas tomber
Car le vertige,
Ho, le vertige…
Cette envie de ne pas me retenir
Et celle de tenir bon
Un jour encore,
Un jour encore.
Je suis, toutes femmes confondues,
Penchée à la fenêtre.

C’est la deuxième fois, c’est le matin
Et je suis à moi-même sorcière,
Fille, mère, sœur,
Mystère.
Je ne réponds plus de moi
Je ne réponds plus de nous.
En ai-je fini avec ce qui me désignait
À la violence et à la servitude,
Parce que femme ?

Je suis

Je suis de cette réalité que je combats
Je suis cette blessure reçue
Je suis cette enfant assassinée
Et pourtant je suis là.
Penchée à la fenêtre.
Je ne sais pas comment.
J’ai survécu.

Et je veux que tu vives
Je veux pour toi la terre que je n’ai su trouver
Des combats qui puissent être gagnés.

Parfois, tu fleuris dans la nuit
Tu dégage un parfum bleu
Ta voix rauque s’ouvre lentement
À ta date, à ton heure
Tu redeviens accessible
Puis, un son, un mouvement
Tu redeviens une pierre lisse
Et tu te berces doucement pour endormir ton cri.
Serrée dur sur ta souffrance.

Je t’ai trouvée la nuit passée
Tu avais broyé toutes tes poupées de porcelaine,
Réduits en poussière les doigts de glace
Qui te bâillonnaient.
C’était un désistement de tous les rêves,
Un fatras de cauchemars abandonnés.
Au milieu de tout ça, tu souriais
Dans la lumière du lampadaire
Ton visage opalescent
Me fixait sardonique
Tu étais nue,
Nue comme une plage
Et ton sang perlait sur les carreaux.

Puis tu t’es levée, tu t’es vêtue
J’ai voulu savoir où tu allais
Tu m’as répondu : « Ailleurs.
C’est là notre destination à toutes.
Il n’y a que là où nous serons nous-même,
Hors des dictats de l’oppression,
Dans l’ailleurs de nos aspirations,
De nos espoirs
Et de nos désirs ».

Suis ta route, sœur
Tu reviendras comme une fête qu’on n’attend plus
Ou tu ne reviendras pas
Je t’ai vu franchir le coin de la rue
J’ai sur la rétine la balafre de ton écharpe rouge
Qui disparait là-bas
Je ne t’ai pas suivie
Sur le chemin que tu dois franchir
Pour redevenir toi-même.

Si tu reviens
Ton regard ne sera plus
Cette dentelle tissée
De désespoir contenu
Ce ne sont pas mes doigts malhabiles
Qui réunifierons les miettes
De ce que d’autres ont dévasté
Te laissant rompue, morcelée.
Il n’y a que toi qui sais
Si cette souffrance mérite d’être surmontée.

Dans ce matin aveuglant,
Lumière blanche sur les murs gris,
Où les ombres tombent drues,
Je me penche à la fenêtre,
Je t’entends avant de te voir
Et le vertige
Ho le vertige…
L’allégresse aussi,
Le cœur qui monte dans la gorge,
La peur et la haine de ce qu’on t’a fait
Et la joie sourde,
De te savoir là,
Par
Ce pas qui résonne,
Leste sur les murs gris.
Tu as ton pas des beaux jours,
De ton enfance bercée,
De nos jours de vacances
Et le regard que tu lèves vers ma fenêtre,
Ne promets ni n’enlève rien.
Tu es revenue
Vers nous
Sœur.

Manon Ann Blanchard

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