Édition du 20 février 2018

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Économie

Rapport Oxfam, le monde tel qu’il ne va pas bien

Comme chaque année, parallèlement à l’ouverture du sommet des nantis à Davos, l’Organisation non gouvernementale Oxfam a publié son rapport sur les inégalités dans le monde. 73 pages d’analyses, d’enquêtes minutieuses, d’exemples concrets qui souvent font frémir et qui méritent mieux que quelques entrefilets dans la presse.

Tiré du site de la revue Regards.

0% pour les plus démunis

Le chiffre a été annoncé presque partout : « 82% de la croissance des richesses créées dans le monde l’année dernière ont profité aux 1% les plus riches ». En soi, ce constat est déjà énorme et souligne le degré d’inégalité de ce monde – à dire vrai, le degré de prédation de la part des plus fortunés. La phrase figurant dans le rapport est pourtant tronquée car s’y ajoute « alors que la situation n’a pas évolué pour les 50% les plus pauvres ». Dit autrement, pour 100 euros de richesses créées en 2017, les 1% les plus riches en ont pris 82, il en est resté 18 pour les 49% en dessous et zéro, oui zéro, pour les 50% les plus démunis.

Une autre information a été abondamment relayée : « Entre 1990 et 2010, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté (à savoir avec moins de 1,90 dollar par jour) a été divisé par deux ». C’est en soi une bonne nouvelle, à condition de reprendre, aussi, les correctifs qu’apportent Oxfam : « Il existe un large consensus sur le fait que, si le seuil de pauvreté extrême fixé à 1,90 dollar par jour est important sur le plan politique pour susciter la mobilisation, il ne représente pas une mesure sur l’estimation du niveau de revenu minimum requis pour assurer les besoins fondamentaux de l’existence ». L’inadéquation de ce 1,90 dollar est telle que la Banque mondiale a désormais revu son mode opératoire en modulant le seuil de pauvreté en fonction des revenus des pays.

Inégalités et fiscalité

L’extrême pauvreté touchant donc près d’un habitant de la planète sur trois, il n’y a donc guère de raison de s’émerveiller. D’autant que le rapport cite l’économiste David Woodward, qui « a déterminé qu’au vu de la répartition de l’augmentation des revenus dans le monde, il faudrait entre 123 et 209 ans pour parvenir au stade où chacun sur terre gagnerait plus de 5 dollars par jour. Pour cela, la consommation et la production dans le monde devraient être 175 fois supérieures aux niveaux actuels. Combler un fossé de la pauvreté de 4.500 milliards de dollars nécessiterait une hausse du PIB mondial de 11.000 milliards de dollars ».

Bref, non seulement c’est pour la saint-Glinglin, mais l’hypothèse d’une production et d’une consommation 175 fois supérieures est tout simplement impossible pour la planète. Pourtant, les solutions soutenables et simples existent et ont été concrètement expérimentées : « Les plus grandes réussites dans la réduction des inégalités ont été obtenues dans les pays qui renforcent la fiscalité sur les plus riches et augmentent les dépenses sociales ». Dans la première décennie du XXIe siècle, c’est en Amérique latine que la réduction des inégalités a été la plus sensible.

Trump, chiffon rouge

C’est peu dire que la doxa libérale fait la sourde oreille à une telle perspective. Et lorsque Winnie Byanyima, directrice exécutive d’Oxfam International déclare : « Il faut que les gouvernements arrêtent avec les baisses d’impôt pour les plus riches », l’article du journal Le Monde analyse avec une grande paresse intellectuelle, ou beaucoup de mauvaise foi, ce « "conseil" qui semble taillé sur mesure pour le principal participant à cette édition de Davos : le président des États-Unis Donald Trump, dont la grande réforme fiscale favorise ouvertement "le top 1%" des Américains les plus fortunés. ». Ah bon, Donald Trump seulement ? Pas l’Union européenne ? Et pas Emmanuel Macron ?

Un rapport de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) vient pourtant d’évaluer que la politique du président de la République allait aggraver encore les inégalités en France et que les 10% les plus aisés de la population vont capter 46% des baisses d’impôts. Un bel exemple de redistribution donc, mais à l’envers.

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