Édition du 16 octobre 2018

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LGBT

Recherche Mieux comprendre la violence chez les couples d’hommes en séparation

tiré de : Bien des hommages au gala Phénicia 2018 De Infolettre de Fugues

Publié le 25 mai 2018 Éric Whittom

Des chercheurs de cinq universités québécoises (Université Laval, UQAM, UQTR, UQAR, UQO) et de l’Université d’Ottawa se sont unis pour étudier le phénomène de la violence conjugale chez les couples d’hommes qui vivent une séparation..

« Au Québec et ailleurs dans le monde, on sait très peu de choses sur la violence vécue chez les couples d’hommes dans un contexte de séparation, souligne la chercheure principale de l’étude Valérie Roy, professeure-chercheure à l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval. Chez les couples hétérosexuels, les recherches nous disent que la violence conjugale ne s’arrête pas nécessairement lors d’une séparation. Parfois, elle peut même s’aggraver. Dans notre recherche sur les couples d’hommes, nous voulons voir l’évolution de la violence pendant la relation, durant la période de séparation et après la séparation. »

Elle attribue cette méconnaissance chez les couples d’hommes notamment à une vision « hétérosexiste » de la violence conjugale où la femme est la victime et l’homme est l’auteur de violences. Les services d’aide ont été développés selon cette « logique hétérosexuelle », fait-elle remarquer. « Quand le phénomène de la violence conjugale a été mis sur la place publique dans les années 1970, le milieu gai était davantage préoccupé par la reconnaissance des droits », ajoute-t-elle.

Certains aspects connus sont spécifiques à la violence chez les couples d’hommes durant leur relation, notamment le dénigrement de son partenaire en employant des propos homophobes (tapette, moumoune, fif) et la menace de dévoiler son orientation homosexuelle ou sa séropositivité à son entourage ou à son employeur. « Nous nous demandons si dans un contexte de séparation, les risques de violence conjugale augmentent, empêchant ainsi la victime de partir de peur que son conjoint mette ses menaces à exécution. » Elle précise que certains préjugés existent à l’égard de la violence chez les couples d’hommes. « Les victimes vont donc avoir de la misère à identifier la violence conjugale et elles minimisent ce qu’elles vivent sur la base de ces préjugés. »

En se basant sur des études américaines, australiennes et canadiennes-anglaises, elle mentionne que les victimes de violence conjugale chez les couples gais ou trans dévoilent moins la violence conjugale. « Lorsqu’elles font appel aux policiers, elles doivent à la fois dévoiler qu’elles sont victimes de violence conjugale et leur orientation sexuelle [ou leur transidentité]. […] Dans notre recherche, nous voulons vérifier si les hommes gais ont plus peur de dénoncer la violence conjugale ou de ne pas être crus, étant donné les liens de proximité qui existent dans la communauté gaie.? »

Elle souligne que peu de services sont offerts spécifiquement aux hommes gais qui vivent de la violence conjugale (MIELS-Québec via son programme Prisme et RÉZO à Montréal). « Cependant, les organismes de Québec comme le Groupe d’aide aux personnes impulsives ayant des comportements violents (GAPI) et AutonHommie accueillent les hommes gais. »

Les résultats de cette étude serviront à sensibiliser la population au phénomène de la violence chez les couples d’hommes. « Plus on en parle, plus on lutte contre les préjugés et plus on affirme que la violence est inacceptable », dit la chercheure. Elle souhaite aussi que les orga-nismes communautaires utilisent les outils qui seront développés durant ce projet de recherche pour mieux adapter leurs services aux hommes gais. D’ailleurs, ces derniers collaborent à cette étude.

Les chercheurs invitent les hommes de 18 ans ou plus qui s’identifient comme des hommes et qui ont vécu de la violence conjugale lors d’une séparation avec un autre homme, à participer à leur étude. Ils recherchent à la fois des victimes et des auteurs de violences de toutes les régions du Québec pour vérifier s’il y a des différences régionales.

« Le recrutement est difficile, admet la chercheure, parce qu’on en parle très peu. C’est un peu comme dans les premières études chez les femmes victimes de violence, c’était difficile, parce que ce sujet était tabou. Nous voulons adapter les services à partir de ce qu’ont vraiment vécu les hommes. Les personnes qui ont vécu cette problématique sont les mieux placées pour nous faire des suggestions. »

Les chercheurs iront généralement à la rencontre des participants pour réaliser une entrevue d’environ 90 minutes où différents thèmes seront abordés. Des mesures seront prises pour assurer la confidentialité des propos recueillis. Le Comité d’éthique de la recherche de l’Université Laval a approuvé ce projet de recherche.

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