Édition du 21 novembre 2017

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Québec

Réflexion critique sur la lutte aux inégalités

Le combat contre les inégalités est un échec et sa continuation est perdue d’avance. Pour cause, vouloir répartir la richesse suppose d’avoir cette richesse entre nos mains, et dans le contexte actuel, une quantité immense de la valeur économique produite par le travail est accaparée par de grands empires capitalistes qui placent le tout dans des paradis fiscaux.

tiré de : Journal Entrée Libre parution octobre 2017

Cela n’empêche pas qu’à chaque fois que ceux-ci se retrouvent dans une situation moindrement précaire ou du moins, jugée précaire pour leur taille, les États leur prodiguent tous les soins nécessaires. Mais que font ces mêmes empires lorsque l’on apprend que le salaire minimum actuel n’est pas viable et que la précarité, la vraie, est une violence sociale qui afflige des masses d’individus ? Ils nous pondent de grands discours sur la vertu du travail acharné et expliquent qu’ils font leur possible pour aider.

Peut-on leur en vouloir ? Après tout, ces empires n’ont-ils pas simplement su bien lire la situation actuelle et jouer correctement leurs pions pour faire avancer leur intérêt de classe ? Et nous, où est notre intérêt ? Quelles sont nos armes ? Qu’avons-nous qu’ils n’ont pas et qui pourrait être utilisé pour qu’enfin nous puissions cesser la posture défensive pour passer à l’offensive ? Ces questions convergent vers un même point : le travail.

En effet, le travail est le centre de gravité réel de la question du partage de la valeur économique. Qui contrôle le travail contrôle la production de valeur et par conséquent la richesse. Or, qui contrôle le travail ? Les empires capitalistes bien sûr, cependant c’est un contrôle fragile, car il suffit de peu pour que celui-ci passe d’une classe à l’autre. C’est justement cela qu’il s’agit de penser dès aujourd’hui. Se battre contre les inégalités sans vouloir changer l’infrastructure qui les produit nous condamne à recommencer sans cesse la même lutte au fur et à mesure que les disparités seront reproduites et à quêter l’argent que nous produisons au lieu de le prendre comme notre dû légitime.

Se réapproprier collectivement le travail, voilà notre arme. Comment faire ? Commençons par dégager trois grands chantiers : la réduction du temps de travail, l’autogestion et la reconnaissance du travail invisible. Chacun de ces thèmes fera l’objet d’un texte spécifique qui sera publié sur la version informatique du journal Entrée Libre, à raison d’un texte par semaine jusqu’à la fin du mois d’octobre. Mais avant, il s’avère nécessaire de bien les introduire et surtout, de montrer en quoi ces sentiers se complètent mutuellement et se lient à d’autres luttes comme le féminisme, l’écologisme et la démocratie.

Se réapproprier le travail, c’est d’abord pouvoir décider concrètement du cadre dans lequel celui-ci s’accomplit. Cela suppose de faire descendre la démocratie dans les lieux de travail, c’est cela que signifie l’autogestion. Toutefois, ce n’est pas suffisant. Se réapproprier le travail, c’est également prendre à charge la définition même de ce qui est reconnu comme du travail. Cela, les féministes l’expliquent depuis un bon moment en théorisant la question du travail invisible largement accompli par les femmes. Il faut désormais travailler à ce que cette invisibilité cesse et pour qu’une véritable reconnaissance économique soit instaurée. Finalement, la réappropriation du temps de travail ne peut être effective que si une réduction drastique du temps de travail s’effectue. Non seulement c’est une nécessité pour que l’autogestion puisse avoir lieu sans devenir une tâche de plus, mais également parce qu’il faut réapprendre que le travail est au mieux un mal nécessaire et que le travail pour le travail est une obsession maladive.

Le combat contre les inégalités est un échec et le continuer, c’est rester insensible à la réalité concrète des causes de la situation révoltante dans laquelle nous nous trouvons. Nous pourrons crier que nous avons soif autant que nous voudrons, tant que les grands empires capitalistes auront la main sur le robinet, nous n’aurons que ce qu’ils voudront bien nous donner et pour l’avoir, il faudra nous plier à leurs conditions. D’une lutte défensive contre la croissance des inégalités, nous devons passer à une lutte offensive pour nous réapproprier le travail. C’est à cette condition seule que la violence économique pourra être arrêtée.

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