Édition du 4 décembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec solidaire

Réflexion sur les urnes et la rue (et aussi, une voie de réconciliation, parfois…)

Le parti de la rue et des urnes. Formule choc qui exprime bien la nature de Québec Solidaire. Je me souviens d’avoir rencontré Amir au tout début de QS, alors que je travaillais dans un organisme communautaire. Nous faisions une tournée des partis. Il nous engueulait presque de ne pas nous déclarer en faveur de QS, alors que toutes les sympathies, toutes les visées, toute la solidarité était là.

Nous répondions qu’en tant qu’organisme communautaire, nous voulions rester non-partisans, notamment parce que nous faisions beaucoup de plaidoyers et de représentations auprès du gouvernement et que nous voulions rester les mains libres.

C’est encore comme ça. Les organismes communautaires ne se déclarent pas pour un parti et n’appellent pas leurs membres à voter de telle ou telle couleur. On peut le remettre en question, mais là n’est pas mon propos.

Ce que je veux souligner, c’est la convergence, en QS, des revendications de la rue et des orientations politiques d’un parti. Une convergence qui n’est pas une fusion, qui ne peut pas être une fusion.

La rue est libre : dans la rue, on crie, on chante, on revendique, on marche, on rit, on proteste, on est parfois 10, parfois 10 000, on vient de partout puis on se disperse, on est comme la marée qui monte et se retire et qui parfois, en automne ou au printemps, devient un tumulte, une inondation, un gonflement irrésistible de la colère et des aspirations populaires.

Les urnes sont à la fois une voie et une contrainte de l’action collective : voter, c’est conjuguer formellement notre volonté individuelle à celle de millions d’autres personnes pour obtenir un effet collectif qui s’appelle un gouvernement ; c’est accepter de s’inscrire dans un système de droit, régulé, prévisible, qui avance systématiquement vers certains objectifs. Se contenter du vote qu’on a déposé dans l’urne, c’est s’en remettre à un parti élu qui ne gouvernera pas nécessairement ni dans le sens qu’on souhaite, ni dans le sens qu’il a annoncé. Aussi ne devrions-nous voir les urnes que comme un symbole, comme le degré à peine plus que zéro de l’implication citoyenne, mettons 0,01. Ou disons-le positivement : comme le premier pas d’un souci démocratique qui se poursuivra l’année durant par l’information, la discussion, l’action collective autour d’enjeux qui nous concernent et où nous voulons exercer notre pouvoir démocratique, nos droits politiques.

Les urnes et leurs prolongements participatifs sont des lieux institutionnalisés, plutôt sécuritaires, où des démarches avancent progressivement, de manière souvent bureaucratique. Ils demandent de développer un langage particulier, de côtoyer des acteurs et actrices qui nous sont souvent étrangers, et par rapport auxquels nous sommes la plupart du temps en opposition.

La rue est au contraire le lieu de toutes les solidarités, des revendications partagées, des slogans à l’unisson, des pancartes percutantes, du partage spontané avec de parfait·es inconnu·es qui foulent le même terrain. Elle est aussi le lieu de tous les dangers, affrontements critiques avec les forces de l’ordre ou avec des contre-manifestants hostiles. Elle nous donne un sentiment de puissance collective, nous permet de partager nos indignations et nos espoirs, de voir le peuple à l’œuvre dans sa légitimité première, celle de la souveraineté populaire - contestée et niée, mais inébranlablement renaissante.

Les urnes et leurs prolongements, sans la rue, s’affadissent et deviennent l’apanage d’élites, perdant de vue le projet social.

La rue sans les urnes devient le lieu d’une indignation et d’une révolte sans cesse recommencées mais impuissantes à rallier durablement une population qui puisse prendre en main son présent et son avenir dans un projet politique.

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