Édition du 18 avril 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Afrique

Remaniement ministeriel en Afrique du Sud : le séisme

On l’attendait, on s’en doutait, mais le remaniement ministériel annoncé par le Président Zuma est un véritable séisme pour la classe politique sud-africaine. Les déchirures au sein de l’Anc et de ses alliés sont à vif, et nul ne sait quel remède pourra sauver un président aux abois et un pays au bord du gouffre.

Tiré du blogue de l’auteure.

Les titres de la presse sud-africaine ne font pas dans la dentelle : la nuit des longs couteaux ; l’heure des sorcières ; le carnage ; la guerre ; un outrage ; la dictature Zuma commence ; nous allons lui rendre la vie impossible ; pour n’en citer que quelques-uns.

La liste de ceux qui partent, de ceux qui restent, de ceux qui changent de ministères a été donnée vers minuit par le Président, qui sans rire, a justifié son choix en affirmant avoir voulu faire plus de place aux jeunes et aux femmes, à des gens plus efficaces pour mener à bien la politique « de transformation économique radicale et assurer qu’une vie meilleure pour les pauvres et la classe ouvrière devienne une réalité ».

On peut se demander pourquoi il n’a pas limogé la Ministre du développement, responsable du scandale des versements des aides sociales, et surtout pourquoi il a limogé Pravin Gordhan et son adjoint qui sont unanimement considérés comme les meilleurs remparts contre le pillage des ressources du pays par la meute de prédateurs qui entourent le président.

Ce que veulent Zuma et ses amis, en particulier la famille Gupta, c’est avoir le champ libre pour puiser dans la caisse de l’état, sans contrôle. La nomination de Malusi Gigaba l’ancien ministre de l’Intérieur pour remplacer Pravin Gordhan a provoqué la chute du rand et l’effroi dans le monde économique, même la Chambre des mines dénonce cette nomination. Les liens entre Gigaba et la famille Gupta sont notoires.

Au sein de l’Anc la fracture entre les pro et anti-Zuma est plus évidente que jamais. Cyril Ramaphosa, le vice Président, a qualifié le limogeage de Pravin Gordhan « d’inacceptable » et Gwede Mantashe, le secrétaire général de l’Anc, a indiqué à la presse que « ce remaniement n’a pas été fait en consultation avec l’Anc, on nous a donné une liste qui avait été élaborée ailleurs ». La réunion de la direction qui avait précédé le remaniement avait été particulièrement difficile, chaque camp essayant de marquer des points.

Pour la campagne Save South Africa « ce cabinet Gupta est un outrage et il est temps d’agir » et un appel à manifester a été lancé. D’autres forces appellent aussi à manifester, Pravin Gordhan a demandé à ceux qui le soutiennent de « s’organiser », le parti communiste dénonce « les gangsters » qui ont mis la main sur l’Etat. Les partis d’opposition vont déposer une motion de censure et une procédure de destitution. La tension risque de monter dans les jours qui viennent. L’hommage officiel qui devait être rendu à Ahmed Kathrada a été annulé, mais sa fondation, la Fondation Nelson Mandela et le parti communiste sud-africain ont décidé dd’organiser eux -mêmes cet hommage. Hommage qui pourrait bien se transformer en une manifestation hostile à Jacob Zuma. Ce remaniement sera-t-elle la dernière cartouche d’un président aux abois ?

Jacqueline Derens

Collaboratrice au site de Mediapart (France).

Sur le même thème : Afrique

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...