Édition du 16 octobre 2018

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Remise en état des écoles vétustes : toujours loin du compte

Le budget du Québec 2018 prévoit des sommes importantes pour la mise à niveau des infrastructures scolaires, mais c’est toujours insuffisant pour rétablir la situation. Ces sommes sont les bienvenues parce qu’on apprend ce matin que 55 % des écoles primaires sont dans un mauvais ou très mauvais état et que 47 % des établissements secondaires sont vétustes, mais il est inquiétant de constater que la situation continue de se dégrader.

Le nouveau Plan québécois d’infrastructures 2018-2028 (PQI) nous apprend que le déficit de maintien d’actifs (la somme qu’il faudrait pour remettre le parc d’infrastructures dans une condition acceptable) a presque doublé au cours de la dernière année en passant de 1,8 à 3,3 milliards de dollars pour l’ensemble du réseau scolaire.

Le PQI mentionne que la hausse du déficit d’entretien résulte en partie du fait que le processus d’inspection a été amélioré, ce qui permet de mieux évaluer les interventions à faire sur les bâtiments. Cependant, cela n’explique pas tout. Toujours selon le PQI, la dégradation naturelle des infrastructures scolaires a ajouté 1,2 milliard au déficit d’entretien alors que les investissements faits l’an dernier ont réduit le déficit d’entretien de seulement 510 millions de dollars.

Le ministre Proulx fait donc fausse route lorsqu’il affirme avoir fait des efforts exceptionnels pour remettre nos infrastructures scolaires à niveau.

Comment en est-on arrivé là ?

Si on en est là aujourd’hui, c’est parce qu’on a négligé de faire les rénovations et l’entretien qui s’imposaient depuis un bon moment déjà. Depuis 20 à 30 ans, le ministère a laissé aller les infrastructures scolaires sans se doter d’un véritable programme d’inspection pour avoir un portrait complet des travaux à effectuer. Ce déficit d’entretien continuera inévitablement de se creuser au fil des inspections.

Il est certain que quelqu’un qui laisse aller sa maison sans l’entretenir ou l’inspecter une fois de temps en temps se retrouvera avec une plus grosse facture de rénovation quand les problèmes seront trop gros pour les ignorer !

Savoir se projeter dans l’avenir

Non seulement près de 50 % de nos écoles sont vétustes, mais en plus, cela nous tombe dessus dans un contexte où les commissions scolaires ont besoin de locaux pour répondre à l’afflux de nouveaux élèves entraîné par le récent « boom » de naissance et par l’arrivée d’un plus grand nombre d’immigrantes et d’immigrants au Québec.

Il semble manquer au ministère de l’Éducation cette capacité de se projeter dans l’avenir qui nous aurait permis d’anticiper et d’agir en amont, à moindre coût. Imaginez le portrait si le gouvernement n’avait pas délié les cordons de la bourse au cours des dernières années après les cris du cœur des intervenantes et intervenants du milieu scolaire !

Ainsi, il est difficile de faire confiance au ministre Proulx quand il nous dit être en mesure d’atteindre son objectif que toutes les écoles du Québec soient dans un état « satisfaisant » d’ici 2030.

Des solutions

Si l’on veut offrir des milieux d’apprentissage de qualité à nos enfants et aux élèves adultes dans nos écoles et nos centres, il va falloir redoubler d’efforts. Attendre 12 ans est impensable.

La première chose à faire, c’est de véritablement effectuer les travaux qui sont planifiés chaque année. Malheureusement, ce n’est pas le cas depuis quelques années. En 2015-2016, seulement 67 % des travaux planifiés ont été réalisés (1 milliard sur 1,6 milliard). En 2016-2017, la situation n’est pas plus reluisante, seulement 66 % des travaux ont été réalisés (1,3 milliard sur 2 milliards). Cette situation est totalement inacceptable.

Aussi, il est surprenant de constater que le nouveau PQI 2018-2028 réduit les prévisions d’investissements pour les deux prochaines années. La situation se dégradant, ce n’est pas en désinvestissant qu’on économisera à long terme !

Le ministre affirme qu’« on ne peut pas inventer des entrepreneurs ». C’est vrai. Heureusement que l’on peut miser sur l’expertise, les connaissances et les compétences des membres du personnel de soutien qui connaissent nos établissements scolaires comme le fond de leur poche.

Il est temps pour le ministère de panser le passé et de penser à l’avenir. Remettons donc nos écoles sur pied ! Après tout, l’éducation n’est-elle pas une priorité ?

Louise Chabot

Présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) (depuis 2012)

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