Édition du 27 juin 2017

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Santé

Rémunération des médecins, une réflexion urgente à faire

Depuis la publication du budget 2017 du gouvernement du Québec, beaucoup de mystère plane sur l’avenir de la rémunération des médecins. Alors que le ministre Barrette dit vouloir diminuer radicalement les sommes consenties à ceux-ci lors des dernières négociations, quelques cases laissées vides dans le budget laissent présager le contraire¹. L’enjeu monétaire est colossal, mais les stratégies du ministère sont bien peu transparentes. Dans ce contexte, notre regroupement propose d’amorcer une saine réflexion sur la rémunération des médecins au sein du système public.

L’auteure est présidente de Médecins québécois pour un régime public.

La masse salariale des médecins s’élève à 7 milliards de dollars², soit 18% du budget du ministère de la santé et des services sociaux³. Ce montant reflète les récentes augmentations consenties au terme d’une bataille légendaire menée par le docteur Barrette, alors président de la Fédération des médecins spécialistes. Celui-ci brandissait la menace de l’exode des médecins parce qu’ils seraient mieux payés hors Québec. Maintenant ministre, son discours a changé. On reconnaît certes là l’habileté d’un homme résolu à ne pas succomber au chantage qu’il a lui même orchestré, mais nous sommes en droit d’exiger un peu plus de probité de la part de celui qui contrôle le premier poste budgétaire de l’état.

Le ministre a beau être fier d’avoir réglé la question de la rémunération des médecins, le hic c’est que beaucoup de médecins n’y voyaient pas là un problème. En contrepartie, la réforme enclenchée par le ministre a déjà entraîné un nombre record de départs de médecins vers l’Ontario ou vers… le privé4. Ceci indique clairement que la détérioration des conditions de travail dans le réseau de la santé ainsi que les coupes successives qui ont affecté les professionnels et causé une diminution des services à la population, ont un impact bien plus grand que les gros sous sur le comportement des médecins.

Les médecins effectuent un travail important et difficile, mais ils seraient incapables de bien le faire s’ils n’étaient entourés d’un grand nombre de travailleuses et travailleurs qualifié(e)s et dévoué(e)s, et d’une panoplie d’outils, souvent sophistiqués et coûteux. Ce sont des éléments qu’il faut aussi savoir valoriser.

Le discours du ministre sur l’accessibilité aux soins de première ligne est peu sensible à ces enjeux. Il tourne autour de la seule inscription auprès d’un médecin de famille. Le système serait un échiquier bien simple : des pions identiques devant un ligne de spécialistes distingués. Cette image a quelque chose de moyenâgeux. En plus des différents rôles du médecin de première ligne, on oublie d’y considérer l’expertise immense développée dans plusieurs domaines où oeuvrent des travailleurs qui ne sont pas médecins : infirmières(ers), “super-infirmières(ers)”, pharmacien(ne)s, physiothérapeutes, psychologues, ergothérapeutes, optométristes, pour n’en nommer que quelques-uns. La preuve scientifique est faite que ces professionnels de la santé peuvent offrir des soins tout aussi, sinon plus, appropriés que ceux des médecins : pensons à la psychothérapie au lieu ou en complément d’antidépresseurs, à la physiothérapie au lieu ou en complément d’analgésiques, ou encore aux soins de qualité à moindre coût (on songe ici aux compétences sous utilisées des infirmières). L’organisation des soins de première ligne devrait inclure ces services au même titre que la médecine. Or, l’offre publique de ces professionnels est si pauvre que seuls les détenteurs d’assurance privée ou les gens plus fortunés y ont accès. Ceci est d’autant plus injuste qu’il est bien démontré que ce sont précisément les personnes les moins bien nanties qui ont le plus besoin de tels services5 .

Étant donné ces considérations, MQRP préconise une réflexion honnête sur le salaire des médecins. Celle-ci devrait aboutir à un gel de la rémunération globale des médecins pour mieux redistribuer ces sommes dans le système de santé et combler les besoins de la population de façon plus appropriée. Ni l’abolition récente des frais accessoires, ni les salaires des médecins d’autres provinces ne devraient servir de prétexte pour augmenter la masse salariale des médecins au détriment d’autres services publics.

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Si vous voulez voir la lettre sur le même sujet publiée en décembre 2015 par MQRP c’est ici.

Notes

1- L ’offre de Québec aux médecins : 1,4 milliard en cinq ans. Amélie Daoust Boivert. Le Devoir. 31 mars 2017.

2- http://iris-recherche.s3.amazonaws.com/uploads/publication/file/Re_mune_ration_des_me_decins_WEB.pdf

3- www.budget.finances.gouv.qc.ca

4- Le Devoir, 21 juillet 2015

5- http://www.thecanadianfacts.org/Les_realites_canadiennes.pdf

Isabelle Leblanc

Présidente, Médecins québécois pour un régime publications

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