Édition du 13 novembre 2018

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Élections 2018

Retour des fossiles dans la campagne électorale

Récemment les médias de Québecor rapportaient que « Michael Binnion, président de la pétrolière albertaine Questerre Energy et de l’Association pétrolière et gazière du Québec, a invité les entreprises de l’industrie à financer Québec Fier », annonçant ainsi une nouvelle offensive la filière pétrolière et gazière au Québec en direction de la campagne électorale québecoise. Québec fier est cet mouvance de la droite extrême qui s’inspire de la campagne soutenant l’élection récente de Doug Ford et des conservateurs en Ontario. Preuve que cette industrie ne recule devant aucune manoeuvre pour nous faire avaler la couleuvre.

De la part de l’industrie pétrolière et gazière, une telle initiative ne surprends guère. Que l’on apprenne que la mouvance que représente Eric Duhaime et consort appuie une telle filière en initiant une campagne sur les médias sociaux n’a rien d’étonnant. Cette initiative a fait ses preuves lors de l’élection ontarienne. Toutefois, les règles ne sont pas les mêmes au Québec où la loi électorale restreint l’implication des entreprises. Or, il est évident que Québec fier visait à influencer le vote contre les libéraux et, de toute évidence, en faveur de la CAQ. François Legault verrait d’un bon oeil le retour de la filière des énergies fossiles au Québec. Duhaime dit avoir pris ses distances de l’organisme qu’il a contribué à fonder. Et Québec fier est soudainement disparu des écrans radars de Facebook et autres médias sociaux. Toutefois, il serait hasardeux de croire que l’industrie baissera les bras. Il y a trop en jeu pour ces entreprises avides de juteux profits.

Les programmes électoraux des principaux partis

La CAQ mène les sondages depuis suffisamment longtemps pour que l’on prenne au sérieux son accession au pouvoir en octobre prochain. À la lecture de son programme sur l’environnement en vue du scrutin du 1er octobre, on constate l’absence totale d’engagement en vue d’une sortie du pétrole. Il y a de vagues engagements sur la réduction des GES mais aucune mesure précise pour y parvenir. Par contre, dans la section « Économie », on parle d’exploitation « responsable » du pétrole. « Au Québec, l’exploration et, éventuellement, l’exploitation des ressources pétrolières et gazières de façon responsable pourront contribuer à l’enrichissement collectif. Il sera toutefois interdit d’exploiter le gaz de schiste par fracturation hydraulique dans des zones densément peuplés et dans les endroits où il y a absence d’acceptabilité sociale. » On connait la chanson : l’exploitation dite « responsable » signifie en gros laisser l’industrie faire ce qu’elle veut tant que les mobilisations citoyennes ne viennent pas gâcher la sauce.

Depuis deux années, les principaux acteurs québecois de l’industrie sont en pleine réorientation : Junex, dont 15% des actions était possédées par l’Etat québecois, fut récemment vendu à Cuda Energy de Calgary. Gastem doit encore digérer sa défaite face à la municipalité de Restigouche sud-est. L’entreprise Tuglik annonce qu’elle retire sa demande de permis d’exportation de gaz naturel sur le site Bourque, près de Murdochville, en Gaspésie. Petrolia a fusionné avec l’entreprise Pieridae Energy, dont le siège social est à Calgary. Toute cette agitation a affaiblit les pressions en provenance de la filière des énergies fossiles mais rien ne laisse croire qu’elle a abandonné toute velléités sur les supposés gisements du sous-sol québecois.

Pour ce qui est des libéraux, les 4 dernières années ont montré où loge ce parti. Parlant constamment des deux côtés de la bouche, le gouvernement Couillard a confronté le mouvement opposé au développement de la filière et pris fait et cause en faveur de l’industrie contre la majorité citoyenne. Dernier chapitre des tentatives libérale pour faire avaler la couleuvre : l’adoption des règlement sur les hydrocarbures qui donne au ministre des pouvoirs discrétionnaires l’autorisant à donner le feu vert à des projets en milieux hydriques contrairement à ses propres affirmations. Les engagements libéraux sur la filière des énergies fossiles ne sont pas disponibles au moment d’écrire ces lignes. Mais parions qu’ils iront dans le sens des intérêts de l’industrie tout en faisant fi des pressions citoyennes.

Le Parti québecois quant à lui pourrait être qualifié de parti-caméléon. Il dit une chose dans l’opposition et fait le contraire une fois au pouvoir. Il a beau claironner dans ses engagements qu’ « aucun nouveau projet d’hydrocarbures ne sera autorisé, et les permis d’exploration et d’exploitation seront graduellement retirés. Les projets déjà démarrés devront quant à eux respecter trois conditions minimales : l’acceptabilité sociale, la réduction de l’empreinte écologique, et l’interdiction de la fracturation hydraulique ou de tout autre procédé chimique similaire ; l’abrogation de la loi et des règlement sur les hydrocarbures ; un BAPE générique sur l’exploitation des hydrocarbures en Gaspésie ; et le retrait graduel de la Caisse de dépôt et de placements du Québec des activités d’exploration, de production et de transport par pipeline d’énergies fossiles. » Ce parti doit être jugé à ses réalisation dans le passé. Et le passé étant garant de l’avenir, il n’y a aucune raison de faire confiance en ce parti. On a eu droit aux belles promesses sur les changements climatiques pour aussitôt voir le gouvernement Marois sauter dans le train des hydrocarbures : exploitation pétrolière sur Anticosti, transport du pétrole sur le fleuve, l’exploitation du gisement d’old Harry, etc.

L’opposition citoyenne demeure vigilante mais souffre de l’absence d’un véhicule fiable

Dimanche dernier, la fondation « Coule pas chez nous » manifestait pour dénoncer les subventions octroyées à l’industrie gazière. La fondation « Coule pas chez nous » affirmait du même souffle ne pas vouloir s’immiscer de façon partisane dans la présente campagne électorale, mais invite les électeurs à questionner leurs candidats locaux sur la transition énergétique. Si la démarche est importante, la stratégie qui l’inspire laisse pantois. Elle rappelle la vieille approche dite de l’interpellation décrite dans un article de Bernard Rioux publié dans nos pages. L’auteur rappelle que cette approche n’a jamais donné de concret, qu’elle positionne les citoyen.ne.s dans une posture défensive sans possibilité d’agir directement sur les politiques publiques et les partis.

Une réelle mobilisation visant à bloquer les intérêts de l’industrie des énergies fossiles est d’installer au pouvoir un parti qui lutte réellement contre cette industrie. Un tel parti existe et il s’appelle Québec solidaire. Le plan de transition de QS sera publié au cours des prochaines jours. Il s’agit d’engagements qui vont dans le sens d’une réorientation majeur vers une transition énergétique qui abandonne graduellement les énergies fossiles en faveur des énergies vertes et apporte la contribution québecoise à la lutte aux changements climatiques tout en créant es emplois dans les secteurs comme le transport, la recherche te développement et plus globalement la filière énergétique. Le mouvement écologiste aurait tort de s’en priver.

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