Édition du 15 janvier 2019

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Afrique

Retour sur 20 ans de lutte contre le sida de Treatment Action Campaign

La mort de Simon Nkoli, jeune homme gay et séropositif, en décembre 1998, avait provoqué un sursaut inouï de la part de la communauté gay du Cap, dévastée par l’épidémie du sida. La lutte pour avoir accès aux traitements a été une bataille contre les multinationales de la pharmacie et une bataille politique pour faire céder le gouvernement de Thabo Mbeki qui niait l’étendue du désastre.

Tiré du blogue de l’auteure.

Le 10 décembre 1998, des militants s’organisent et lancent un défi à l’opinion publique : il descendent dans la rue et arborent un T-shirt rouge sur lequel est écrit en grosses lettres : HIV Positive. Ils osaient ainsi affirmer publiquement leur statut alors que les personnes infectées par le VIH étaient stigmatisées et ostracisées. La formation de Treatment Action Campaign sera décisive pour freiner l’hécatombe et faire prendre conscience à l’opinion publique et au gouvernement de l’ampleur du fléau.

L’heure était grave et la mortalité dans la tranche d’âge de 25 à 49 ans avait explosé entre 1997 et 2002. La bataille était d’autant plus rude que le Président Mbeki et sa ministre de la santé surnommée Doc Beetroot( Doc Betterave) étaient à l’avant-garde du front du déni pour affirmer que le sida pouvait se guérir par une bonne alimentation et hygiène de vie, niant l’existence même du virus.

La bataille contre les laboratoires pharmaceutiques pour que des génériques bon marché soient mis sur le marché et rendent possible l’accès aux thérapies existantes pour le grand nombre de malades a pris des formes diverses. Des militants n’avaient pas hésité à aller chercher ces médicaments dans les pays qui en fabriquaient pour les ramener illégalement en Afrique du Sud.

La bataille pour que les bébés des femmes séropositives ne soient pas contaminés au moment de l’accouchement a été gagnée devant les tribunaux. Alors qu’il était connu de tous que l’administration de Névirapine pouvait éviter cette contamination, Mbeki et sa ministre s’obstinaient à affirmer la nocivité du médicament et insister sur les effets secondaires dévastateurs des antirétroviraux. Le tribunal tranchera en faveur de TAC.

Pour des militants de TAC membres de l’ANC, trainer le gouvernement devant les tribunaux était un dilemme cruel, un choix de vie ou de mort. Zackie Achmat, dirigeant de TAC, séropositif refusa de prendre ses médicaments tant que le gouvernement n’adopterait pas un dispositif pour garantir l’accès aux antirétroviraux à tous. Il avouera plus tard qu’il avait bien cru mourir et que c’est Nelson Mandela qui avait réussi à le convaincre de reprendre son traitement. L’ancien président en enfilant le célèbre T-shirt Hiv Positive montrait de quel côté il était : avec les pauvres et les malades.

En célébrant son vingtième anniversaire, le 10 décembre 2018, TAC a renouvelé son engagement à se battre pour l’accès aux soins et à la justice sociale. On peut lire dans sa déclaration : « C’est aujourd’hui la Journée internationale des droits humains. C’est le jour qui convient pour renouveler l’engagement de TAC pour la justice sociale. Nous disons au gouvernement, aux tribunaux et à ceux qui ont le pouvoir économique, que nous voulons le respect de nos droits constitutionnels. Nous voulons un pays qui honore ses engagements pour la justice et l’égalité en actes et pas seulement en paroles ».TAC continue son combat pour un système de santé qui fonctionne, pour l’accès aux soins de tous les malades, et pour vaincre le sida et la tuberculose qui font encore des ravages en Afrique du Sud.

Jacqueline Derens

Collaboratrice au site de Mediapart (France).

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