Édition du 19 juin 2018

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Asie/Proche-Orient

Révolution de couleur en Arménie ?

La démission le 23 avril du Premier ministre Serge Sarkissian, président de 2008 à 2018, est une victoire pour l’opposition, estime le quotidien arménien Golos Armenii, qui dénonce une ingérence occidentale.

Tiré de Europe solidaire sans frontière.

Nous vivons désormais dans une nouvelle réalité politique, qui s’appuie sur le fait que, une fois encore, l’opposition en Arménie a été remodelée. Nikol Pachinian, leader du parti Contrat civil, opposant invétéré, a, contre toute attente, réussi à réanimer dans le pays un mouvement de contestation qu’on croyait à jamais enterré. Les pronostics, en particulier formulés par le Parti républicain au pouvoir, selon lesquels il n’y avait pas en Arménie d’élan civique suffisant pour une contestation de masse, ne se sont pas vérifiés. On pourrait débattre sans fin sur le nombre de participants aux manifestations, mais une chose est sûre : le mouvement appelé “Mon pas”, qui n’a d’abord pas été pris au sérieux, et a même été moqué par la plupart des forces politiques, a déjà remporté une victoire, même si elle pourrait être de courte durée.

Se pose maintenant la question suivante : quels étaient les objectifs du député Pachinian lorsqu’il a essayé par tous les moyens de déstabiliser la situation politique dans le pays ? Il en avait deux : premièrement, confirmer sa position de leader de l’opposition arménienne, un rêve qu’il poursuivait depuis des années ; et, deuxièmement, gâcher autant que possible le tableau idyllique de la stabilité politique dépeint par le pouvoir, tout en offrant aux médias occidentaux des images de barbelés, de canons à eau et enfin d’affrontements dans le centre d’Erevan. Ces deux objectifs ont donc été atteints.

Le monde occidental a reçu sa carte postale de manifestations
Nikol Pachinian, qui rappelle de plus en plus [l’ex-président géorgien] Mikheil Saakachvili dans sa période “révolution des Roses”, s’est annoncé comme étant le seul leader d’opposition capable de faire descendre les gens dans la rue, et il y est parvenu. D’ailleurs, comme il a été sous-estimé cela a beaucoup contribué au fait que les services de sécurité et le clan au pouvoir ne se soient pas préparé à la nouvelle tactique adoptée dans la rue par l’opposition.

Par une série d’actions de provocation et de techniques ouvertement inspirées de Maïdan [révolution ukrainienne de 2014], Pachinian a réussi à rassembler autour de lui la frange radicale de l’électorat contestataire, prête à suivre quiconque s’oppose au pouvoir. Ainsi, il a pu remplir son second objectif : le monde occidental a reçu sa carte postale de manifestations, d’affrontements et de bacchanales venue de la capitale du seul allié de la Russie dans le sud du Caucase, et ses journaux ont pu titrer sur une “révolution de velours” en marche.

Dans le contexte des événements en cours en Arménie, la question de l’ingérence étrangère est devenue centrale. Il a suffi que la police fasse usage de moyens spéciaux sur l’avenue Bagramian pour que le Département d’État américain, l’OSCE et quelques organisations internationales “de défense des droits humains” prennent fait et cause pour les manifestants. Bien entendu, dans l’idée des Occidentaux, les bacs à ordures et les bancs renversés, les rues barricadées, etc., ne sont que des moyens d’exprimer un désaccord de manière pacifique, du moins lorsqu’il s’agit de pays non occidentaux. Car l’Arménie n’est pas l’Espagne, où l’on peut saluer la sévère répression contre le peuple catalan qui tente de faire valoir son droit à l’autodétermination !

Le rêve d’un “Euromaïdan” arménien

Le message de l’Occident à l’adresse de l’Arménie a été sans équivoque : vous mènerez une politique du “l’un et l’autre” et non “l’un ou l’autre”, pour énerver Moscou, vous aurez même peur d’adopter ne serait-ce que l’idée de l’enseignement du russe dans les écoles, vous signerez un accord de partenariat renforcé avec l’Union européenne, et nous, nous continuerons à financer les ONG, à entraîner l’opposition pro-occidentale à déstabiliser la situation politique dans le pays, en particulier en impliquant les étudiants, et même les lycéens, et nous révélerons le futur leader de votre “Euromaïdan” arménien.

Aujourd’hui, Nikol Pachinian a fait tout ce qu’il voulait et pouvait faire. Maintenant, la balle est dans le camp du pouvoir. Sauront-ils en tirer des conclusions, laisseront-ils de côté des dossiers trop éloignés des réalités pour se consacrer enfin aux graves problèmes sociaux que rencontrent les Arméniens ? Le pays ne se serait-il pas enfermé dans une propagande patriotique primaire, trop éloignée de la réalité où règnent l’injustice et nombre d’autres problèmes ? Sinon, dans trois, quatre ou cinq ans, la “génération de l’indépendance” risquerait de jouer un mauvais tour au pouvoir en place, et à tout le pays par la même occasion.

Ivan Grigorov

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Traduction : Courrier international

Source : GOLOS ARMENII « La Voix de l’Arménie » a été fondé en 1991. Russophone, il est néanmoins arménien à 100 %, le russe restant une langue importante en Arménie. Certaines de ses pages sont publiées en arménien. Accès libre à quelques articles. Accès payant sur abonnement pour la version intégrale PDF. « La Voix de l’Arménie » a été fondé en 1991. Russophone, il est néanmoins arménien à 100 %, le russe restant une langue importante en Arménie. Certaines de ses pages sont publiées en arménien.

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