Édition du 16 octobre 2018

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Asie/Proche-Orient

Rohingyas, le grand génocide. Entretien avec Sophie Ansel (2/2)

Fuyant les exactions de l’armée et des milices bouddhistes, les Rohingyas, une minorité musulmane de l’ouest de la Birmanie, se réfugient par centaines de milliers au Bangladesh. L’ONU dénonce un "nettoyage ethnique" alors que l’ancienne opposante et prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi reste inactive. Le point avec Sophie Ansel, journaliste et auteure de plusieurs ouvrages sur ces enjeux.

Tiré du blogue de l’auteur.

Fasséry Kamissoko : D’où est partie l’idée d’écrire plusieurs ouvrages sur les Rohingyas ? Depuis quand écrivez-vous sur ces questions ?

Sophie Ansel : J’ai rencontré les Rohingyas en 2006, à la fois, en Arakan et ceux qui ont pris la fuite vers la Thaïlande, la Malaisie et l’Australie. La très grande majorité d’entre eux sont des apatrides, situation qui devrait indigner l’opinion publique et le monde. Une faible poignée ont la rare possibilité d’être réinstallés en tant que réfugiés en France et aux Etats Unis… Mon besoin d’écrire sur la tragédie des Rohingyas s’est fait progressivement, à partir de 2006. Le constat part d’une indignation face à une tragédie niée et dont personne ne parlait. Les Rohingyas étaient les grands absents des guides de voyages et programmes sur la Birmanie. Acte qui allait dans le sens même de la désinformation organisée par la junte militaire depuis des décennies : les isoler pour les faire disparaître sans que personne ne s’en rende compte. J’ai au fil des ans proposé plusieurs reportages télévisuels à des chaines, sans succès. Le sujet, malheureusement était perçu comme très pointu, anxiogène, niche. J’ai toutefois réussi à faire paraître un long reportage sur les Rohingyas dans la revue Asies de Laurent Passicousset et Solomon Kane en 2011, puis un livre sur leur histoire et leur situation avec le photographe thailandais Suthep Kritsanavarin. En 2012, j’ai publié avec Habib son premier livre qui évoquait notamment la désinformation et les massacres de juin 2012. L’ouvrage recensait les villages brûlés, les persécutions survenues, l’exil forcé des survivants. Il dénonçait et alertait sur le génocide en cours et par la même occasion, le silence d’Aung San Suu Kyi.

Fasséry Kamissoko : Vous aviez écrit le livre ‘‘D’abord, ils ont effacé notre nom - Un Rohingya parle’’ avec Habiburahman, pouvez-m’en dire plus sur le livre et sur lui ? Que devient-il aujourd’hui ?

Sophie Ansel : « D’abord ils ont effacé notre nom » est le récit de vie tragique d’un enfant Rohingya qui grandit à l’Ouest de la Birmanie. Dans son témoignage Habib donne les clés pour comprendre comment s’est mis en place le génocide actuel qui n’est que la résultante de décennies de persécutions, de lois racistes, d’opérations de nettoyage et de propagande anti-Rohingyas. Dans ce livre Habib raconte son enfance stigmatisée. Un enfant pointé du doigt parce qu’il est Rohingya. Un enfant qui pour survivre face au racisme, au fascisme et à l’apartheid doit être le plus invisible possible… Ce qui est par ailleurs malheureusement l’objectif de la dictature : les rendre invisibles si ce n’est les rendre « crasseux » pour mieux les faire disparaître. Un enfant qui a des rêves mais qui doit composer avec l’histoire de son peuple qui subit de générations en générations des vagues de génocide et de nettoyage ethnique. Il sait que sa vie est en danger s’il reste. Il est arrêté plusieurs fois et jeté en prison où il risque de mourir si sa communauté ne paye pas des pots de vin. Habib comme beaucoup d’autres enfants prend la fuite. Une fuite à corps perdu qui lui fera traverser l’Asie du sud-est, de la Birmanie en passant par la Thaïlande et la Malaisie jusqu’à atteindre les centres de retentions en Australie. Sur la route, il sera esclave sur les bateaux de pêches et une fois encore pour survivre il devra fuir avant de se retrouver pris aux mains d’autorités malaisiennes corrompues et repris au piège à de nombreuses reprises d’un trafic d’êtres humains. Pendant tout son parcours, Habib n’a cessé de porter la parole des siens que ce soit à l’université de Birmanie ou en organisant des manifestations dans les centres de rétention en Australie et en Malaisie, devant les ambassades Birmane, Bangladeshi, thaïlandaises ou encore devant l’office des Nations Unies pour les réfugiés : UNHCR. Habib demandait notamment un traitement équitable et juste pour les Rohingyas notamment le même droit à la réinstallation que les autres ethnies birmanes reconnues comme réfugiées. L’injustice poursuit en effet les Rohingyas même en dehors de la dictature birmane et c’est ce qui est aussi tragique : ce manque d’empathie à leur égard et de véritable soutien...

Fasséry Kamissoko : L’ONU et plusieurs Nobels de la paix parlent de génocide. Allez-vous dans ce sens ? Pourquoi ?

Sophie Ansel : Oui et depuis longtemps. En 2012, dans le livre « Nous les innommables » Habib et moi parlons à plusieurs reprises de ce génocide annoncé qui se déroule sous les yeux du monde et dans un grand silence de la communauté internationale. C’était difficile de dire ce mot car les gens n’étaient pas prêts à l’accepter et pensaient que c’était de l’exagération. Ça ne l’était pas et on aurait pu agir bien avant. Tous les signes étaient là et les Rohingyas ont tenté de lancer l’alerte car ils étaient les seuls à connaitre la situation mais la parole d’un Rohingya n’a jamais été prise au sérieux tristement. Il fallait que la communauté internationale, Aung San Suu Kyi ou d’autres prêtent leurs voix aux les Rohingyas pour qu’enfin on mesure ce qu’il se passe. Les meurtres arbitraires ont toujours été l’ordinaire des Rohingyas. En juin 2012, les massacres de masse ont commencé et se sont accéléré. Malheureusement les Rohingyas n’ont pas eu de moyens d’informations et d’appuis permettant de documenter de manière officielle leur drame…

Fasséry Kamissoko : Comment comprendre le silence de Aung San Suu Kyi ? Son inaction la rend -elle coupable et complice ?

Sophie Ansel : Son silence est la constatation que nous autres occidentaux avons fantasmé un personnage qu’elle n’était pas. Aung San Suu Kyi est une femme politique avant tout et pour arriver où elle en est, elle a eu besoin de belles paroles. Son image a inspiré le monde, les Rohingyas et la Birmanie opprimée pendant des années. Tant mieux. Ça a permis aux birmans et aux Rohingyas de tenir le coup pendant des années avec l’espoir qu’un jour, elle vienne les sauver. Mais maintenant qu’elle a la possibilité d’agir et qu’elle a du pouvoir, il nous faut la juger sur ces actes et non sur ses belles paroles anciennes lorsqu’elle n’avait aucun pouvoir. Son silence pèse depuis 2011 lorsque les signes préliminaires étaient là et qu’une campagne anti-Rohingyas se mettaient en place avec à sa tête des moines. En 2011, les Rohingyas avaient déjà grand espoir en Aung San Suu Kyi. Ils étaient anxieux face à la montée d’un certain fascisme et espéraient qu’elle mette une fin à l’incroyable discrimination dont ils sont victimes. En juin 2012, elle savait très bien ce qui se passe en Arakan et pourtant elle a choisi de ne rien voir. Aurait-elle conclu un deal avec les militaires ? Elle accède à une partie du pouvoir et invite le monde à venir commercer avec la Birmanie et les laisse faire ce qu’ils ont à faire en Arakan afin de dégager le terrain et préparer de nouveaux projets économiques dans la région ? Elle ne montre aucune empathie pour les Rohingyas, ni pour les viols de masses, ni pour les meurtres de masses… Sa stratégie politique vaut elle le sacrifice de plus d’un million de personnes ? Quelle idée de la démocratie défend on en l’excusant ? De nombreuses personnes ont été brûlées vives par la haine fasciste. Les groupuscules et les militaires agissent en total impunité face à la vulnérabilité des Rohingyas et des musulmans qui n’ont pas de voix, elle aurait pu appeler au calme, à la tolérance. Elle aurait pu demander leur protection. Elle n’a rien fait en ce sens comme si elle tenait à tout prix à se rattacher coûte que coûte au pouvoir qu’enfin elle tenait, comme si elle craignait d’aller à l’encontre d’un sentiment supranationaliste du peuple et de perdre sa popularité qui est son pouvoir. Sa célèbre phrase : « Utilisez votre liberté pour promouvoir la nôtre » est devenue sa plus grande hypocrisie. Aung San Suu Kyi fait son tour du monde pour recevoir ses prix de la paix sans sourciller, sans honte et sans tenter d’avertir le monde de ce qui se trame en Arakan. Elle a rarement, si ce n’est jamais vraiment donné de temps pour rencontrer et écouter les Rohingyas. Elle refuse de dire leur nom ce qui valide un mensonge que la dictature veut faire à tout prix avaler à tout le monde : Les Rohingyas n’existent pas et sont une identité inventée. C’est ce mensonge qui sert de base au déroulement du génocide. Personne ne met au défi l’histoire de la Birmanie apprise dans les écoles birmanes et fondée sur cinquante années de propagande. On ne bâtit pas de démocratie sur un génocide ou en laissant la haine des autres faire la loi. Aung San Suu Kyi a détruit toute possibilité de paix en permettant à la haine raciale de s’installer en toute impunité et ce, malgré l’autorité morale qu’elle avait sur sa population…Elle a par ailleurs une certaine fascination pour l’armée dont son père est à l’origine.

Il ne faut bien sûr pas oublier que les responsables ultimes restent le Général Ming Aung Hlaing et tous les militaires au pouvoir ou dans l’ombre ainsi que les ultranationalistes haineux de l’Arakan. Malheureusement Aung San Suu Kyi a été un instrument puissant et volontaire pour leur dessein de supprimer les Rohingyas à un moment où la popularité du pays, des militaires et d’Aung San Suu Kyi étaient assez fortes pour pouvoir étouffer l’un des plus grands massacres du siècle.

Fasséry Kamissoko : Croyez-vous qu’elle soit aux mains des militaires ?

Sophie Ansel : Non, elle n’est pas aux mains des militaires. Elle fait ses choix et a la liberté de ses choix que n’ont pas tous les birmans.… Elle joue une partie d’échecs avec les militaires. Tout est stratégique. C’est une femme stratégique et politique, pas une femme de cœur… Elle compose avec eux. Entre elle et eux se sont installé un rapport de force et en même temps une fascination dont les deux partis tirent leur épingle du jeu. Il y a un certain respect des uns envers l’autre et vice versa. Les militaires n’ont jamais emprisonné dans des prisons sordides Aung San Suu Kyi. Ils lui ont proposé de débarrasser le plancher, de rentrer en Angleterre rejoindre son mari et ses enfants ou de rester dans sa belle résidence coloniale et son jardin avec quelques serviteurs à Yangon et des livres mais sans contact avec le peuple birman. Elle a choisi de rester en résidence surveillée. Une situation regrettable qui lui a valu la sympathie internationale mais loin des abominations que des centaines de milliers de birmans issus des minorités ou des militants ont vécu dans les geôles birmanes et qui forcent la plupart à fuir du pays parce que même s’ils souhaitaient rester chez eux avec leur famille, ils sont obligés de fuir le pays et de devenir des parias à l’étranger vulnérables aux trafics d’êtres humains.

Grâce à Aung San Suu Kyi, les militaires sont devenus fréquentables. Ils serrent les mains des plus grands hommes d’affaires et politiques du monde et ont renoué des relations avec la communauté internationale. Ils ont été accueillis dans le monde entier. Aung San Suu Kyi leur a permis de redorer leur blason et de redevenir fréquentables alors qu’au même moment ils étaient en train de lancer discrètement dans une région en grande partie fermée aux observateurs internationaux , le génocide des Rohingyas ! Aujourd’hui les dictateurs d’hier se sont retirés en apparence pour ne pas faire mauvais genre et sont devenus des hommes d’affaires. Than Shwe et sa famille se font discrets mais il n’en demeure pas moins qu’ils s’en mettent très vraisemblablement plein les poches. A qui appartiennent tous les hôtels, les belles résidences, les terrains, les exploitations de pierres précieuses, de bois, etc.? 50 ans de dictature ont permis aux dictateurs de tout posséder en Birmanie et de faire de leurs vols au peuple des propriétés personnelles et des contrats juteux dont ils bénéficient aujourd’hui. Ils ont abandonné leur pouvoir politique au profit du pouvoir économique et militaire tandis qu’Aung San Suu KYi, elle, récupère sa part de pouvoir politique, celle qu’elle attendait depuis très longtemps et de fait, elle semble faire des sacrifices d’un point de vue démocratique et humanitaire. Le génocide des Rohingyas ne semble être qu’un détail à ses yeux , certainement pas une priorité, même si elle doit désormais être dépassée par les réactions internationales qui ne l’encensent plus comme pendant des décennies et qui la remettent en question. Elle a été perçue comme une sainte pendant des décennies par son peuple et par la communauté internationale. Son peuple continue de l’aimer comme une mère ce qui continue de la conforter dans ses choix.

Elle est l’une des plus grandes déceptions de ce siècle. Son prix Nobel devrait lui être retiré pour le symbole et pour faire honneur au sens du mot Paix. J’encouragerai volontiers tous les Prix Nobel de la Paix qui ont foi dans ce titre et la définition de la paix de rendre leur prix Nobel de la Paix en signe de protestation. Par ailleurs Habib ainsi que la communauté Rohingyas souhaitent qu’Aung San Suu Kyi ainsi que bien évidemment les militaires soient portés à la cour pénale internationale pour répondre de crimes contre l’humanité.

Fasséry Kamissoko : Lors d’une précédente interview sur TV5-Monde. Vous aviez noté ceci ‘‘Toutes les voix qui se sont levées pendant la dictature, les étudiants, les moines, plutôt que de se retourner contre les militaires qui les ont opprimés pendant longtemps, se retournent contre les Rohinygas ?’’. Comment comprendre ceci ?

Sophie Ansel : C’est une stratégie politique des militaires finement complotée depuis longtemps. Le racisme a été cultivé pendant toute la dictature car le racisme est le meilleur outil de division. Diviser pour mieux régner. Par ailleurs au-delà du racisme, les Rohingyas ont été mis de côté de manière tout aussi stratégique afin d’en faire la bête noire du pays : L’autre. L’étranger. Les déshumaniser pour mieux convaincre de les détruire. Là ou dans les autres pays, les politiques utilisent la menace de l’immigration pour gagner des voix, en Birmanie, il n’y avait pas cette migration alors il a fallu créer cette idée pour mieux contrôler le peuple. La Birmanie était pendant toute la dictature le dernier pays du monde où un étranger aurait voulu immigrer pour des raisons économiques et de manière illégale. Les Rakhines aujourd’hui veulent nous faire gober que les Rohingyas sont venus migrer en Arakan pour profiter… de quoi ! ? D’être traités comme des animaux, isolés du monde et persécutés comme nulle part ailleurs. La dictature a donc créé cet immigrant de toute pièce : Ils ont fait des Rohingyas natifs de l’Arakan depuis des siècles les « Bengalis » qui viendraient d’ailleurs et veulent envahir le pays . Ils ont également utilisé la religion et le fanatisme religieux bouddhiste pour construire cet ennemi du peuple en manipulant notamment les moines bouddhistes et en laissant la liberté d’expression à la haine. Dans un pays à 89% bouddhiste, un pays contrôlé à la fois par une armée de militaires et une armée de moines, il était facile de manipuler le peuple. Il faut bien se dire que tous les généraux, les dictateurs et haut gradés bamars ont porté leur habit de moines plusieurs fois. Ils ont été ces moines dont trop de monde pensent qu’ils ne peuvent faire de mal à une mouche. Il y a un lien malsain entre le clergé bouddhiste et les militaires en Birmanie. Le fanatisme, les profiteurs et l’hypocrisie en religion touche toutes les religions.

Malheureusement les moines pro-démocratiques et les étudiants de la génération 88 qui s’étaient soulevés contre la junte n’ont rien vu venir surtout pas le lavage de cerveau dont ils ont fait l’objet. En 2007 ils haïssaient la junte birmane, en 2011 une grande partie d’entre eux applaudissaient les mêmes généraux qui avaient ordonné leurs massacres et leurs arrestations. Ils les soutenaient d’autant plus face à cette soit disant menace de l’immigration et de l’invasion musulmane.

Fasséry Kamissoko : Quel est votre regard sur le silence des puissances économiques arabes et musulmanes ? Serait-ce encore une autre forme de discrimination ?

Sophie Ansel : Je n’ai pas beaucoup plus à dire sur le silence des pays musulmans que celui des pays non musulmans même s’il y a eu malgré tout un grand élan de solidarité des pays musulmans face aux horreurs . L’élan du peuple et les manifestations de soutien dans les pays musulmans ont poussé les dirigeants de ces pays à s’impliquer davantage et faire entendre leurs voix. Il faut réaliser aussi qu’il y a un grand nombre de Rohingyas en Arabie Saoudite depuis la fin des années 1960 – début des années 1970. Il serait intéressant de savoir dans quelles conditions vivent ces Rohingyas en Arabie Saoudite car les estimations vont de 200.000 à 500.000 Rohingyas. 

Les pays arabes et musulmans se sont prononcés et ont dénoncé ce nettoyage ethnique. Najib Razak par exemple en Malaisie a eu des discours forts pour dénoncer le génocide des Rohingyas et c’est ce que les citoyens de son pays, à majorité musulmane attendaient de sa part. Mahathir a également eu des discours forts. Cela n’empêche que la vie des Rohingyas est un enfer pour beaucoup en Malaisie depuis des décennies et que la Malaisie a fait la chasse aux Rohingyas pendant longtemps aussi à travers sa politique d’immigration. Pour beaucoup de Rohingyas la Malaisie est devenue par exemple leur deuxième prison après la Birmanie. Ce fut le cas l’Habib. Des officiers malaisiens ont été dénoncés comme entretenant un réseau de trafics d’êtres humains nourris par les détenus Rohingyas. Un trafic d’êtres humains qui pendant des années a fait un grand nombre de victimes dans les jungles entre la Thaïlande et la Malaisie. Nous le dénonçons dans "Lunes Birmanes" et dans le témoignage d’Habib. Habib a risqué sa vie en tentant de dénoncer ces trafics dans les médias également. 

Comme les Rohingyas sont musulmans et face à une tragédie sans précédent, les élus et les politiciens des pays musulmans se sont exprimés en bons musulmans. La Turquie a sans doute été l’un des pays musulmans les plus réactifs aussi. Les dirigeants se sont rendus sur place en Arakan. Malgré tout, peu de solutions et d’aide concrète à long terme sont offertes aux Rohingyas et peu de pression forte n’est faite pour que les généraux birmans cessent leurs opérations de nettoyage et que les criminels soient condamnés.

On attend toujours de la part du monde entier de la fermeté face à ce génocide et pour la survie des derniers Rohingyas de Birmanie. On attend une vraie solution pour qu’un peuple puisse se relever car on a des centaines de milliers de personnes qui ont vu leur familles massacrées… Comment ces personnes innocentes vont elles évoluer si on ne les aide pas ? Cela doit tous nous concerner. C’est urgent de montrer de l’empathie et surtout de prendre le problème à bras le corps comme le nôtre et de trouver la solution viable pour les Rohingyas. C’est urgent aussi de faire en sorte que le racisme et les mentalités d’intolérance cessent en Birmanie. Il faut organiser des discussions, des rencontres, des échanges.

Fasséry Kamissoko : Comment résoudre cette crise ? Des solutions possibles ?

Sophie Ansel : Il m’apparaît difficile de faire cesser un génocide de l’intérieur. Les mentalités ont été pourries par le racisme anti-Rohingyas depuis des décennies et il y a un gigantesque travail d’éducation et de tolérance à faire. Par ailleurs les élus en Birmanie, Aung Sans Suu Kyi la première, ne montrent aucune empathie pour les Rohingyas, donc là encore difficile d’envisager la justice pour les faibles.

La solution pour mettre fin au génocide en Birmanie ne peut venir que de l’extérieur : de la pression de la communauté internationale et de sa fermeté. Macron doit faire un suivi de ce qu’il a dit. Il a dénoncé un génocide donc que faire maintenant ? Dénoncer un génocide force à agir. Il faut entamer un processus d’action pour faire cesser ce génocide. Il faut mettre les responsables au tribunal et les juger immédiatement. Il faut faire des boycotts et couper certains vivres jusqu’à ce que soit acceptée par la Birmanie l’ouverture de l’Arakan à une véritable équipe d’enquêteurs internationaux qui selon moi devra être protégée des extrémistes présents sur place en nombre, le retrait des troupes birmanes de l’Arakan, la fin de l’impunité de tous les criminels qui ont pris part aux massacres des Rohingyas. Il faut protéger les derniers Rohingyas encore en vie en Arakan. Il faut se sentir concernés pour assurer un avenir au million de Rohingyas qui vivent désormais loin de leurs terres et traumatisés par ce qu’ils ont vécu et la perte atroce et violente de leur famille pour tous.

La mise en place d’une véritable enquête est nécessaire car le nombre de morts dépasse très certainement ce qui est aujourd’hui annoncé ou imaginable. Il faut aller encore plus loin que ce qui a été fait. Il faut faire une enquête de longue haleine sur place et impliquer de nombreux acteurs. Il faut agir maintenant et faire de cette tragédie une tragédie nationale pour nous aussi.

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