Édition du 19 septembre 2017

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LGBT

Russie : Purge anti-gays en Tchétchénie

Les victimes de rafles punitives sont toujours en danger.

La police de Tchétchénie a appréhendé, passé à tabac et humilié des dizaines d’hommes gays ou bisexuels dans un effort visant apparemment à en purger la société tchétchène, a confirmé Human Rights Watch dans un nouveau rapport publié aujourd’hui. Les autorités fédérales russes devraient s’assurer que leur enquête sur ces violations flagrantes des droits humains soit effective et de nature à faire rendre des comptes aux autorités tchétchènes. Les gouvernements étrangers devraient fournir des refuges sûrs aux victimes, qui demeurent exposées à un danger immédiat de violences physiques tant qu’elles restent en Russie.

Tiré du site de Human Rights Watch.

« Les hommes qui ont été visés par ces purges anti-gays ont subi une épreuve épouvantable en Tchétchénie », a déclaré Graeme Reid, directeur de la division Droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) à Human Rights Watch. « Il incombe au Kremlin de traduire en justice les responsables de ces violences et de protéger toutes les personnes vivant en Russie, quelle que soit leur orientation sexuelle. »

Ce rapport de 42 pages, intitulé « ‘They Have Long Arms and They Can Find Me’ : Anti-Gay Purge by Local Authorities in Russia’s Chechen Republic » (« ‘Ils ont le bras long et ils peuvent me retrouver : Purge anti-gays dans la République russe de Tchétchénie »), est basé sur des entretiens directs avec des victimes de la campagne contre les homosexuels lancée au printemps 2017 par les autorités chargées de l’application des lois et les responsables de la sécurité de Tchétchénie.

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À partir de la dernière semaine de février et au moins jusqu’à la première semaine d’avril, la police a appréhendé des hommes qu’elle soupçonnait d’être homosexuels, les a détenus dans des lieux tenus secrets pendant des jours, voire des semaines, les a torturés, humiliés et privés de nourriture, les forçant à donner des informations au sujet d’autres hommes susceptibles d’être gays. Elle a restitué la plupart de ces hommes à leurs familles, mais en révélant leur homosexualité et en encourageant indirectement les membres de leurs familles à commettre des « crimes d’honneur. » Ceux d’entre eux qui se sont enfuis de Tchétchénie demeurent en danger où qu’ils se trouvent en Russie, où persistent les menaces à leur encontre.

Les autorités fédérales russes ont tout d’abord rejeté les informations au sujet de ces violences. Mais à la suite de pressions internationales croissantes, plusieurs agences fédérales ont ouvert des enquêtes et le président Vladimir Poutine s’est engagé à évoquer ces informations avec le procureur général et le ministre de l’Intérieur. Les autorités de Tchétchénie se sont déclarées prêtes à coopérer aux enquêtes fédérales, mais elles ont également nié avec véhémence l’existence de l’homosexualité en Tchétchénie et ont à plusieurs reprises fustigé et menacé des journalistes et des défenseurs des droits humains pour avoir soulevé cette question.

L’éminent journal russe Novaya Gazeta a été le premier organe de presse à faire état des purges anti-gays, et le réseau Russian LGBT Network (https://lgbtnet.org/en), une organisation indépendante russe qui soutient les personnes LGBT dans ce pays, a fourni aux victimes une assistance d’urgence.
Plusieurs hommes seraient décédés à la suite des épreuves subies. À la fin mai, aucun nouvel enlèvement n’avait été signalé mais certains des hommes appréhendés étaient apparemment toujours en détention.

En Tchétchénie, la police a placé ces hommes dans plusieurs lieux de détention secrets où elle maintient d’autres personnes en Suite aux récentes révélations sur la “purge” visant des hommes homosexuels en Tchétchénie, république russe dirigée par Ramzan Kadyrov, HRW a publié un rapport apportant plus de précisions sur ces abus et appelle à la libération immédiate de tous les hommes encore illégalement détenus.détention illégale, notamment des individus soupçonnés de collaboration avec des insurgés ou d’usage de drogues. La police a violemment battu tous ces détenus et les a torturés à plusieurs reprises à l’électricité. Les gardiens ont également encouragé et parfois forcé les autres détenus à passer à tabac et à humilier les hommes présumés gays.

Des membres des autorités tchétchènes, dont deux responsables de haut niveau, ont visité ces lieux de détention secrets, ont fustigé les détenus soupçonnés d’homosexualité et se sont contentés d’observer lorsque les gardes les maltraitaient.

Au cours de la dernière décennie, le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, avec l’appui tacite du Kremlin, a bâti son régime sur une répression brutale, a affirmé Human Rights Watch. Les agences chargées de l’application des lois et de la sécurité, sous le contrôle de facto de Ramzan Kadyrov, ont enlevé des personnes à leur domicile, sur leur lieu de travail et dans les rues, les ont retenues au secret dans des lieux inconnus et leur ont fait subir des disparitions forcées, des actes de torture, des exécutions extrajudiciaires et des punitions collectives. Pendant des années, leurs cibles étaient des insurgés armés présumés et leurs prétendus collaborateurs mais à la longue, la police et les forces de sécurité ont commencé à recourir également à ces méthodes contre des dissidents locaux, des journalistes indépendants, des musulmans salafistes, des utilisateurs de drogues et d’autres personnes, que les dirigeants tchétchènes considèrent comme « indésirables ».

« Nous n’avons jamais vu de responsables tchétchènes appréhender des hommes gays pour qu’ils soient maintenus en détention et torturés », a déclaré Rachel Denber, directrice adjointe de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Mais les responsables locaux de la sécurité ont recours depuis des années, en toute impunité, à ces mêmes tactiques illégales et violentes pour nettoyer la Tchétchénie des prétendus ‘indésirables’. »

Beaucoup de ces hommes ont fui la Tchétchénie après avoir été remis en liberté mais, tant qu’ils demeurent en Russie, ils courent le double risque d’être pourchassés et maltraités par les forces de sécurité tchétchènes et par les membres de leurs propres familles.

La Tchétchénie est une société majoritairement musulmane très conservatrice et l’homosexualité y est généralement considérée comme une honte pour l’honneur de la famille – attitude encouragée par des responsables tchétchènes de haut niveau qui ont publiquement justifié comme crime d’honneur le meurtre d’hommes gays et bisexuels.

« Magomed », l’une des victimes de la purge, a déclaré à Human Rights Watch : « Ils ont le bras long et ils peuvent nous retrouver, moi et les autres, n’importe où en Russie, c’est juste une question de temps. »

Bien que les responsables fédéraux russes se soient engagés à enquêter sur les allégations de purge anti-gays, ils ont invoqué à plusieurs reprises l’absence de plaintes déposées par les victimes pour suggérer que ces allégations n’étaient que des rumeurs. Cependant, Human Rights Watch a souligné que les autorités tchétchènes ont la réputation d’exercer des représailles impitoyables à l’encontre des habitants qui osent protester contre leurs abus.

Ces dernières années, Human Rights Watch a documenté de nombreux cas dans lesquels les responsables tchétchènes ont exercé des représailles contre les membres des familles d’individus qui ont fui la région et tenté d’obtenir justice pour les abus dont ils ont souffert.

« Les hommes qui ont survécu à l’épreuve de la purge anti-gays en Tchétchénie sont pris entre deux feux : leur peur très justifiée de représailles officielles, et la crainte de subir des violences de la part de leurs propres familles », a affirmé Graeme Reid. « Les responsables russes devraient répondre au problème posé par l’extrême vulnérabilité des victimes et par leurs réticences légitimes à porter plainte publiquement. »

L’enquête des autorités fédérales russes devrait être exhaustive et de nature à amener les responsables d’abus à rendre des comptes. Les autorités devraient n’épargner aucun effort pour protéger les victimes, les témoins et leurs proches familles, a déclaré Human Rights Watch. L’organisation a également appelé les gouvernements étrangers à maintenir la pression sur Moscou, y compris par des demandes régulières d’informations sur les progrès de l’enquête, et à offrir rapidement des refuges sûrs aux victimes de la purge qui cherchent à se mettre en sécurité dans des pays tiers.

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