Édition du 18 avril 2017

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Élections fédérales 2015

Élections fédérales

Se débarrasser du gouvernement Harper, une nécessité impérative

Depuis des années, le Gouvernement conservateur a réussi à imposer une série de régressions sociales, politiques et culturelles : concentration des richesses dans les mains du 1%, démantèlement des services publics, recul des droits démocratiques et détérioration de l’environnement. Les politiques d’austérité d’Harper ont perverti les institutions de la démocratie représentative et ont renforcé les politiques répressives contre le mouvement syndical et la résistance populaire. Le gouvernement Harper a, de plus, engagé le Canada dans un cours militariste. Ces politiques reflètent de plus en plus étroitement les intérêts des fractions les plus offensives de la classe dominante (secteur financier, secteur extractiviste et complexe militaro-industriel).

Concentration de la richesse dans les mains du 1%

La répartition de la richesse est l’enjeu central de la lutte des classes dans l’État canadien. Par une fiscalité de plus en plus régressive, la multiplication des ouvertures à l’évitement fiscal pour les plus riches, l’ouverture légale à l’utilisation de paradis fiscaux, le gouvernement Harper a couvert une politique de déresponsabilisation radicale des classes dominantes face au paiement des impôts. L’action du Parti conservateur s’est inscrite dans la tradition inaugurée par le Parti libéral du Canada. L’écart des revenus s’élargit de plus en plus.

Le gouvernement conservateur, et les gouvernements provinciaux au Canada qui marchent sur ses traces, mettent de l’avant des politiques d’austérité pour faire payer aux classes subalternes la dette causée par le désengagement des banques, des grandes entreprises et autres institutions financières au niveau de la part d’impôt qu’elles devraient payer pour en finir avec la concentration des richesses et des inégalités qui en découlent. L’oligarchie financière impose ses orientations et les gouvernements sont à leur service.

Le gouvernement conservateur s’est attaqué à l’assurance-chômage. Il a diminué les prestations d’assurance-chômage et l’accessibilité à ces dernières. Il s’attaque maintenant aux régimes de retraite.

Démantèlement des services publics

Au niveau de la fonction publique, le gouvernement conservateur s’est livré à des licenciements massifs dans les différents ministères et agences gouvernementales. Même les instituts de recherche ont été touchés, particulièrement ceux dont les recherches auraient permis de jeter quelques lumières sur les conséquences environnementales des politiques gouvernementales.

Le gouvernement conservateur poursuit systématiquement une politique de privatisation et de désinvestissement public. S’appuyant sur le système dette, - diminution des contributions de la classe dominante à l’impôt - endettement gouvernemental auprès des banques et des institutions financières, et utilisation de la dette pour justifier les politiques de rigueur et privatisation des services publics en s’appuyant sur leur détérioration... Tel est le cadre de la politique économique des gouvernements néolibéraux concernant le secteur public.

Un renforcement du patriarcat et multiplication des politiques contre les femmes et leur lutte de libération

Les politiques des Conservateurs contre l’égalité et l’équité envers les femmes sont une constante. L’État néolibéral et néoconservateur est de plus en plus clairement un État patriarcal. Les attaques contre les services publics sont des attaques contre des emplois souvent occupés par des femmes.Ce gouvernement s’est également attaqué à l’équité salariale dans la fonction publique. Non content de cibler les femmes, le gouvernement Harper s’en est pris aux organismes de défense des droits des femmes auxquels il a coupé les fonds. Pas étonnant que ce soit parmi les femmes que ce gouvernement soit le plus bas dans les sondages.

Tournant vers l’exploitation de plus en plus importante des énergies fossiles

Face à l’environnement, le Parti conservateur agit de façon irresponsable et désinvolte. Il a rejeté les accords de Kyoto. Il subventionne l’extraction du pétrole sale de l’Alberta. Il multiplie les démarches pour favoriser l’exportation de ce pétrole en appuyant la construction d’oléoducs sur tout le continent américain et en faisant pression sur les gouvernements européens pour qu’ils acceptent l’importation du pétrole tiré des sables bitumineux.

Il n’a pas hésité à utiliser les pires manipulations parlementaires pour s’attaquer aux lois environnementales dans le but d’accélérer la mise en place des infrastructures pour exploiter et transporter le pétrole de l’ouest canadien.

Ouverture du Canada du marché mondial aux manoeuvres des multinationales - ou le culte du libre-échange

Le gouvernement conservateur d’Harper a depuis le tournant de la bourgeoisie canadienne vers le libre-échange maintenu systématiquement cette orientation : ALENA, multiples traités bilatéraux avec de nombreux pays d’Amérique latine et d’Asie, négociation d’un traité de libre-échange avec l’Europe, négociation d’un traité Transpacifique. Il s’agit pour les gouvernements néolibéraux, et le gouvernement conservateur en particulier, de donner libre cours aux multinationales de s’attaquer à l’État social, de permettre aux entreprises de remettre en question les protections sociales et environnementales. Ce sont tous les acquis sociaux arrachés de hautes luttes qui sont menacés. Ces accords accordent même aux entreprises privées le pouvoir de poursuivre le gouvernement canadien pour des mesures de santé publique par exemple qui entameraient le taux de profits de ces compagnies.

Multiplication des restrictions aux droits démocratiques vers une démocratie de plus en plus restreinte

Le gouvernement Harper a bafoué les droits démocratiques et donné un caractère de plus en plus limité à la démocratie dans l’État canadien. Il s’en est même pris à l’institution parlementaire en présentant des lois mammouths pour mieux faire passer ses contre-réformes. Il a abusé de bâillons pour mettre fin aux débats. Il a méprisé les médias et a cherché à contrôler et à cacher l’information au public. Il a diminué les subventions destinées aux organismes de défense des droits et libertés -droits des femmes et des Autochtones. Avec la loi C-51, "le gouvernement cherche à mettre en place un vaste système intégré de collectes d’informations, d’enquêtes, d’arrestations préventives et d’interventions qui pourraient même être contraires à la Charte canadienne des droits et libertés." Il est clair qu’il s’agit ici de donner à l’État canadien plus de capacités répressives contre la résistance populaire à ces projets antisociaux et anti environnementaux. Le gouvernement n’a pas hésité à assimiler les environnementalistes s’opposant à la construction des pipelines à des terroristes.

Cours guerrier au service du pillage et du complexe militaro-industriel

Le gouvernement Harper s’est engagé dans une série de guerres suivant en cela les demandes du gouvernement américain. Il s’est engagé dans une guerre contre l’État islamique sous prétexte de lutte contre le terrorisme. Cette guerre contribue au démantèlement de l’ordre international existant et constitue une menace pour la paix et la sécurité. Elle répond aux volontés de forces de reconquête néocoloniale du Proche-Orient et de ses richesses en pétrole. Elle satisfait aux intérêts du complexe militaro-industriel qui voit là des possibilités d’affaires. Elle crée dans l’État canadien un climat d’obsession sécuritaire et de restrictions des droits démocratiques de toute opposition sociale et politique à ce gouvernement. Elle permet le détournement de « ressources publiques colossales pour faire la guerre, promouvoir l’industrie militaire, glorifier l’armée et le passé militaire du Canada, alors même que depuis des années des « mesures d’austérité » frappent l’éducation, la santé, les services publics, la promotion des droits des femmes, la protection de l’environnement, la coopération internationale, etc. » (Échec à la guerre)

Mépris des Premières nations et de la nation québécoise et dénégation de leur droit à l’autodétermination

Le gouvernement conservateur maintient les peuples autochtones dans une situation coloniale. Leurs conditions de vie sont celles de peuples du tiers-monde et ce gouvernement refuse de s’attaquer à cette situation et d’accorder des droits essentiels. Il permet aux pétrolières de piller leurs territoires et de menacer leur environnement et leur survie.

Le gouvernement conservateur n’a pas reconnu le Québec comme une nation ayant droit à l’indépendance et jouissant du droit à l’autodétermination. La reconnaissance comme nation par le PCC n’est accordée qu’à la condition que la nation québécoise se définisse dans le cadre de l’État canadien. Et cette reconnaissance n’a aucun impact juridique. Bref, c’est de la pure manipulation. Les politiques du gouvernement conservateur foulent au pied la langue française, les compétences provinciales telles que définies dans la constitution et le droit du Québec de faire les choix économiques et sociaux fondamentaux concernant son avenir. C’est ainsi que le peuple du Québec se voit nier le droit de décider du passage ou non des oléoducs sur son territoire. La stratégie de Nation Building des gouvernements à Ottawa passe par la négation de l’existence de nations opprimées dans l’État canadien et de leur droit à l’autodétermination.

Chasser ce gouvernement, la tâche essentielle...

Pourtant, les bloquistes et autres nationalistes n’hésitent pas à sous-estimer l’importance d’en finir avec le gouvernement conservateur pour justifier l’envoi de quelques députéEs à Ottawa. Cette attitude relève d’une irresponsabilité qui nie la tâche de l’heure : utiliser les élections fédérales pour se débarrasser de ce gouvernement et démontrer à l’ensemble de l’oligarchie que la majorité populaire au Canada et au Québec veut en finir avec l’offensive actuelle menée par un gouvernement au service de la classe dominante.

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com. Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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