Édition du 16 octobre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

La campagne de QS à coeur ouvert

La campagne de QS à cœur ouvert

Sherbrooke : comme une odeur de changement

Cette ville de l’Estrie a une histoire particulière. C’était pendant des décennies la capitale d’une région industrielle, avec des luttes syndicales épiques, et une base populaire qui a basculé plusieurs fois vers le PQ. C’est devenu une ville avec beaucoup d’étudiant-es et de profs (pratiquement 20 % de la circonscription de Sherbrooke-centre), avec des mouvements populaires en abondance (le taux de pauvreté est parmi les plus élevés au Québec), des immigrant-es et des réfugié-es en masse, des enjeux environnementaux devant lesquels les jeunes, en particulier, sont très sensibles. L’élection du premier octobre sera de toute évidence très chaude, avec quatre candidatures pas très loin les unes des autres (entre 25 et 27 % des intentions de votes pour chacune). Le gros enjeu pour QS, nous dit la candidate Christine Labrie, c’est justement de faire sortir le vote des jeunes. Christine du haut de ses trente ans connaît bien le milieu où elle enseigne à l’université tout en finissant son doctorat (en études féministes à Ottawa), avec ses trois jeunes enfants et son conjoint prof de cégep. Elle nage dans ce milieu remuant, ouvert et à la recherche, de jeunes familles qui regardent QS comme une réelle alternative.

Ça bouge à Sherbrooke …

Ça se passe très bien, aussi bien dans la rue que dans des rencontres où il y a généralement plein de monde, comme ce qu’on a fait lors du débat des chefs. C’était tellement plein que le café a refusé plusieurs dizaines de personnes. On a un très gros comité de plus de 350 personnes, qui déborde d’enthousiasme et qui travaille 7 jours sur 7 ! L’hypothèse de gagner est présente !

Quand même, on doit remonter une grosse côte…

En 2014, la campagne de QS avait assez bien marché (12,9 % du vote), mieux en tout cas que dans d’autres régions. Sherbrooke, du moins la ville centrale, a une tradition progressiste. Avec le grand nombre d’étudiant-es, on a une base solide, même si elle se renouvelle à tous les 2-3 ans. Le milieu communautaire est réceptif. Et de plus en plus, on fait le lien avec des communautés immigrantes et réfugiées, qui sont nombreuses ici. Pour autant, le PLQ, et aussi le PQ, a une longue histoire ici.

Comme d’autres villes, Sherbrooke est polarisée socialement …

Dans la ville centre, il y a les quartiers assez cossus, qui ne sont pas nécessairement « riches », avec les profs notamment. L’université est également en soi un milieu privilégié bien que, il ne faut pas l’oublier, beaucoup d’étudiant-es vivent très modestement, compte tenu des frais élevés.

Les étudiant-es sont avec QS…

En tout cas, on fait des assemblées avec plus de 1000 personnes. Et ça bouge. Le défi, c’est que la majorité de ces étudiants ne sont pas originaires de Sherbrooke, ils ne sont pas inscrits sur la liste électorale d’ici. C’est possible pour les individus de changer cela, mais il faut le notifier au bureau électoral. C’est une petite procédure, donc un petit obstacle, mais on travaille sur cela…

Parlons des autres partis …

Il est frappant d’entendre tellement de gens qui se disent indécis, je parle de gens qui ont été de traditionnels partisans du PQ ou du PLQ. Le PLQ est certainement très usé. Les images de CHSLD où on ne peut plus donner les douches aux résidents et des écoles fermées parce qu’elles sont trop pourries leur collent à la peau. Le candidat du PLQ, le ministre Luc Fortin, essaie de nous faire oublier son parti. À côté de cela, le jeune péquiste Guillaume Rousseau (lui aussi prof à l’Université) fait à peu près la même chose, pour s’éloigner de ce qui est associé à son parti. Il reste le candidat de la CAQ, un businessman de la région, avec le discours de droite habituel (il faut privatiser, dérèglementer, etc.). Le jeu de ces candidats est essentiellement d’ignorer QS, de faire comme si on n’était pas là, ou encore, qu’on restait confinés à une bande de marginaux. Mais comme je le disais, beaucoup de gens sont sceptiques. Avec ma candidature, il y a certainement un air de fraîcheur qui fait du bien, en tant que jeune femme et en tant qu’environnementaliste …

Le discours identitariste ne vole pas trop haut …

C’est peut-être qu’on est habitués à Sherbrooke à vivre avec des communautés culturelles, plus en tout cas que dans d’autres régions (à l’exception de Montréal). Il y a beaucoup de gens venus d’ailleurs, récemment de Syrie et d’Afghanistan, de Colombie, du Congo, même du Népal ! On les connaît, ils nous connaissent, les relations sont très bonnes. Avec ces communautés, la proposition de QS à l’effet de mettre en place des carrefours d’accueil à l’immigration passe très bien. Le problème pour plusieurs immigrants, c’est la confusion entre les programmes et les services, qui ne sont souvent pas préparés à adapter leurs réponses à des situations spécifiques où des gens cherchent à se réinventer une vie. D’ailleurs, après quelques années, plusieurs immigrant-es et réfugié-es quittent Sherbrooke. Si notre proposition était retenue, on augmenterait sensiblement le taux de rétention. Entretemps en tout cas, les débats aigris autour de la Charte dite des « valeurs » n’intéressent pas grand monde ici.

Quels sont les plus grands défis d’ici l’élection ?

On l’a dit, « sortir » le vote étudiant est une des clés pour QS. L’appui est là, mais ils doivent aller voter. Les assemblées de QS au cégep et à l’Université sont pleines à craquer, mais arrivés au Jour J, c’est une autre histoire. On a quand même une bonne machine, qui, si elle performe bien, ira chercher pleins d’insatisfaits par rapport au gouvernement Couillard, mais aussi, des péquistes déçus, même des caquistes déçus, qui nous découvrent ! D’ici le 1er octobre, il y aura aussi des débats publics. J’en ai fait un à Montréal sur l’éducation, organisé par Le Devoir, qui s’est bien passé. Entretemps, cela se passe bien avec les médias régionaux, dont le principal journal, La Tribune. La confiance est palpable.

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