Édition du 19 juin 2018

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Asie/Proche-Orient

Syrie. La Ghouta orientale, « Un enfer sur terre »

Un massacre. Comment appeler autrement ce qu’il se passe dans la Ghouta, cette zone naguère agricole, ancien poumon vert de Damas, transformée ces derniers jours en enfer sur terre ? Depuis dimanche 18 février, quelque deux cents civils, dont une soixantaine d’enfants, ont perdu la vie dans le déluge de feu venu du ciel. L’artillerie et l’aviation du régime syrien, aidée par les forces aériennes russes, bombardent la région sans relâche. Une offensive terrestre serait imminente…

Tiré de À l’encontre.

« Un bain de sang, des crimes de guerre ! », s’est exclamé Nasr Hariri, chef de la délégation de l’opposition aux négociations de Genève, qui avait réuni la presse à Bruxelles ce mardi.

« C’est le massacre du XXIe siècle, témoignait de son côté dans le quotidien britannique The Guardian un médecin de la Ghouta. Si Srebrenica a été le massacre des années 90, Sabra et Chatila et Halabja les massacres des années 80, alors celui de la Ghouta orientale est celui de ce siècle… Y a-t-il plus grand terrorisme que tuer des civils avec toutes sortes d’armes ? Est-ce une guerre ? Ce n’est pas une guerre. Cela s’appelle un massacre. » 

Avec une centaine de morts pour la seule journée de lundi, « ce fut l’un des pires jours de l’histoire de la crise actuelle », a déclaré à l’AFP un médecin de la Ghouta qui s’est identifié sous le nom d’Abou al-Yousr. Les rares centres de santé et hôpitaux de fortune encore fonctionnels sont submergés de blessés soignés à même le sol, alors que les opérations chirurgicales se succèdent à bon rythme.

La Ghouta s’était soulevée en 2011, comme bien des campagnes et petites agglomérations syriennes, après la réponse sanglante du régime aux manifestants qui réclamaient dignité et liberté. Depuis 2012, la région qui touche la capitale par l’est, subit un siège drastique accompagné de bombardements plus ou moins intensifs selon les moments. Les rebelles sur place, qui ne sont pas affiliés aux principales organisations djihadistes, résistent tant bien que mal, tirant en réponse et de manière sporadique vers Damas des roquettes qui tuent parfois également des civils.

« Ils ont tout subi » 

Le siège s’est resserré au fil des ans et les images d’enfants squelettiques mourant littéralement de faim ont commencé à inonder les réseaux sociaux en 2017. François Delattre, l’ambassadeur français au Conseil de sécurité de l’ONU, a récemment estimé que la Ghouta orientale connaissait « un siège digne du Moyen Âge ». Pas de vivres, pas de médicaments, rien. Et pas d’espoir de secours international, malgré les appels.

« Nous sommes en contact avec la population, disait Nasr Hariri hier à Bruxelles. Les gens se demandent pourquoi personne ne vient à leur aide. Ils ont tout subi ces dernières années, les armes chimiques, les barils largués par hélicoptères, les bombardements aériens, les tirs d’artillerie, un siège inhumain, la faim. Et maintenant, ces bombardements meurtriers sans relâche… Il faut mettre un terme à cette situation ! La Ghouta était censée devenir une zone de désescalade, selon les vœux de Moscou, eh bien on y assiste à la pire des escalades ! » 

Hariri et la délégation de l’opposition syrienne ont rencontré lundi Federica Mogherini, cheffe de la diplomatie européenne, pour plaider la cause d’une intervention. « L’Union européenne n’est pas sans moyens de pression, explique-t-il. Elle peut remettre la légitimité du régime en cause, appliquer de nouvelles sanctions, conditionner l’aide à la reconstruction, faire avancer des résolutions à l’ONU… » 

Le Syrien ne le dira pas, mais ses espoirs sont sans doute minces de voir Bruxelles agir. A Sofia, le 16 février, la même Mogherini n’écartait pas une aide à la reconstruction de la Syrie, « s’il y a des améliorations sur le terrain, mais on n’en constate pas, bien au contraire ». L’Italienne, qui dit souhaiter une opposition unie face au président Assad, ajoutait que l’UE n’avait « aucune influence, aucun contact avec le régime syrien », avouant chercher plutôt à peser de manière indirecte en s’adressant à Moscou voire à Téhéran : « Ce que nous faisons en ce moment, bien plus qu’avant, c’est discuter avec ceux qui peuvent avoir de l’influence sur Damas afin que le régime s’engage de manière crédible dans les discussions de Genève ». 

Genève…

Ce processus diplomatique lancé en 2012 n’a jamais cessé de piétiner. « Le régime n’a aucune envie d’arriver à une solution politique, il veut en finir sur le terrain » , estime Hariri comme d’ailleurs nombre d’observateurs.

Alors, pourquoi l’opposition continue-t-elle à faire acte de présence dans un théâtre diplomatique soutenu par les Nations unies, méprisé par le régime ? Ne serait-il pas opportun, au point où en sont les choses et les massacres, de s’en retirer avec dignité ? « Nous sommes engagés dans ce processus diplomatique pour sortir la Syrie de cette crise, pour mettre fin aux souffrances des Syriens, mais, c’est vrai, nous n’excluons plus aucune option à ce stade », répond l’intéressé. (Pour information. Article publié dans le quotidien Le Soir, daté du 21 février 2018)

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