Édition du 12 septembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

Trump au pouvoir : les cent premiers jours

Le président Donald Trump n’est ni le champion populiste des travailleurs opprimés que certains de ses partisans espéraient, ni le dictateur fasciste que d’autres craignaient. Coopté par l’establishment républicain, il est dangereux, autoritaire, militariste et ses programmes menacent le peuple américain, la paix mondiale et la planète.

Lorsque Trump a pris ses fonctions, la majorité des Américains étaient inquiets et anxieux.

Son investiture n’a rien fait pour les tranquilliser. Beaucoup ont été choqués et effrayés par son discours, court et véhément, avec son allusion au « carnage américain » et sa vision dystopique des États-Unis peuplés de « mères et enfants piégés dans la pauvreté de nos quartiers défavorisés ; des usines délabrées répandues comme des pierres tombales dans le paysage de notre nation ; un système éducatif, plein d’argent, mais qui laisse nos jeunes et beaux étudiants privés de savoir ; et le crime, les gangs et la drogue qui ont volé tant de vies et spolié notre pays de tant de potentiel non réalisé. » (1) Son appel à mettre « l’Amérique d’abord » – le slogan du mouvement de la droite du début des années 1940 dont l’aviateur antisémite Charles Lindberg avait été un porte-parole, a alarmé beaucoup de gens. Comme l’a déclaré l’ancien président George W. Bush, « c’était une sorte de bizarrerie merdique » (2).

Populaire seulement auprès de sa base, Trump a pris ses fonctions avec l’indice d’approbation publique le plus bas dans l’histoire du scrutin. Seulement 44 % d’Américains ont approuvé Trump au cours de son premier mois en fonction – à comparer à l’approbation à 51 % du président Ronald Reagan et de George W.H. Bush, 57 % de George W. Bush, 58 % de Bill Clinton, 59 % de Richard Nixon, 66 % de Jimmy Carter, 68 % de Dwight D. Eisenhower, 72 % de John F. Kennedy et enfin 76 % de Barack Obama (3).

Cette très faible approbation de Trump n’est pas si étonnante quand on considère que Trump n’a gagné que 19,5 % des voix de tous les électeurs possibles, Hillary Clinton gagnant 19,8 %, d’autres candidats 2,2 % ; 29,9 % n’ont pas voté et 28,6 % ne peuvent pas voter, n’étant pas inscrits sur les listes électorales ou ayant perdu leur droit de vote par jugement (4). Trump était si impopulaire que, au cours des 12 premiers jours de sa présidence, quelque 12 000 messages de Twitter contenant les termes « assassiner Trump » ont été enregistrés. Il s’agit vraisemblablement de spéculations, de suggestions ou d’espoirs (5). Néanmoins, aussi impopulaire qu’il puisse être (53 % le désapprouvent), Trump a prêté serment et a emménagé dans la Maison Blanche. Et cela a suscité la crainte de beaucoup d’Américains.

Dans l’esprit de nombreux libéraux et des gens de gauche, Trump allait installer un gouvernement autoritaire et réactionnaire, ou bien son administration pourrait constituer un tremplin vers un nouveau fascisme. Le fait que beaucoup d’Américains qui ont voté pour Trump ne semblent pas partager ces préoccupations, renforçait ces inquiétudes. Les Américains de toutes les opinions politiques ne savaient pas ce qu’on peut attendre d’un président qui avait été à ce point un démagogue, venimeux, enclin à encourager la violence, impétueux et imprévisible.

Les psychologues ont spéculé sur ses possibles problèmes mentaux. Le diagnostic le plus fréquent était le narcissisme, mais il y en a eu aussi d’autres. Le psychologue Dan P. McAdams a écrit le magazine The Atlantic que « les traits fondamentaux de la personnalité de Donald Trump suggèrent une présidence qui pourrait être très combustible. Il est possible qu’il soit un président énergique et militant, qui a une relation moins que cordiale avec la vérité. Il pourrait être un décideur audacieux et impitoyablement agressif qui désire désespérément créer le résultat le plus fort, le plus grand, le plus brillant et le plus génial – et qui ne pense jamais deux fois aux dommages collatéraux qu’il laissera derrière lui. Dur. Belliqueux. Menaçant. Explosif. » (6) Une analyse effrayante.

John Gartner, un autre psychologue ayant vingt ans d’expérience à l’Université Johns Hopkins, a fait circuler une pétition signée par 25 000 personnes : « Nous, professionnels de la santé mentale soussignés, croyons en tant que professionnels que Donald Trump manifeste une maladie mentale grave qui le rend psychologiquement incapable de s’acquitter efficacement des fonctions de président des États-Unis. Et nous demandons respectueusement qu’il soit retiré de ce poste, conformément à l’article 3 du 25e amendement à la Constitution, qui stipule que le président sera remplacé s’il est “incapable de s’acquitter des pouvoirs et fonctions de sa tâche” » (7).

D’autres ont suggéré que Trump avait eu une tumeur cérébrale, un accident vasculaire cérébral ou était aux premiers stades de la démence ou de la maladie d’Alzheimer, une maladie héréditaire dont son père avait souffert. Quels que soient les mérites de ces diverses analyses et spéculations, elles démontrent les grandes appréhensions publiques à l’égard du nouveau président.

Il y a eu aussi une prolifération d’articles comparant Trump et ses partisans à Adolf Hitler et à la montée des nazis. Les intellectuels, les seuls Américains en dehors des immigrants et des militaires qui connaissent beaucoup d’autres pays, ont comparé Trump à Viktor Orban et au Mouvement Jobbik pour une meilleure Hongrie ou à Marine Le Pen et au Front national en France. Mais la plupart des Américains, plus familiers avec Hitler, se sont demandés si Trump ne se révélerait pas une figure autoritaire similaire. Les lecteurs ont pillé les bibliothèques et les librairies pour se procurer des histoires d’Hitler et des nazis pendant que les pages Facebook étaient remplies de discussions sur Trump et le fascisme. D’autres se sont tournés vers la lecture de romans sombres et futuristes comme 1984 de George Orwell et le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, ou des romans américains sur la montée du fascisme aux États-Unis, tels que Cela ne peut arriver ici de Sinclair Lewis ou Le complot contre l’Amérique de Philip Roth. Les ventes de tous ces ouvrages ont augmenté dans les librairies et sur Amazon.

Trump est peut-être fou et réactionnaire, mais il est aussi malin. Au cours de sa quatrième journée de présidence, il a rencontré des dirigeants syndicaux du bâtiment qui se sont extasiés sur les vastes projets d’infrastructures du nouveau président : les autoroutes, les ponts et, bien sûr, le mur frontalier. Sean McGarvey, président du Syndicat du bâtiment de l’Amérique du Nord (NABTU), ressemblait à Trump lorsqu’il parlait d’un « rendez-vous incroyable », le « meilleur qu’il ait jamais eu à Washington ». « Nous avons un lien commun avec le président », a déclaré Garvey. « Nous venons de la même industrie. Il comprend la valeur du développement qui conduit les gens vers la classe moyenne. » (8) Trump a également tenté de courtiser le président du Syndicat unifié des travailleurs de l’automobile (UAW), historiquement libéral, alors que les syndicats des employés publics et des services lui sont ouvertement opposés. Trump s’est ainsi adressé à la base historique des Démocrates et y a trouvé des alliés.

La résistance commence

Mais beaucoup sont passés à une opposition active. Le choc de l’élection de Donald Trump à la présidence en novembre 2016 a provoqué l’irruption d’un nouveau mouvement social et politique qui s’est nommé « Résistance ». La campagne islamophobe, raciste et misogyne de Trump et la politique populiste autoritaire et de droite qui a caractérisé ses premiers jours de présidence a mis en mouvement des millions d’Américains qui ont crié : « Il n’est pas mon président ! » Préoccupés par le cabinet de milliardaires et généraux de Trump, en colère du fait de ses projets de mettre fin à l’Obamacare (loi sur les soins abordables), déconcertés par son admiration pour le dictateur Vladimir Poutine, choqués par ses insultes répétées adressées aux dirigeants et aux gouvernements étrangers, et épouvantés par le bannissement des musulmans, partout en Amérique des dizaines de milliers de personnes ont commencé à marcher et à manifester, ce qu’elles n’avaient pas fait depuis deux générations.

Le 21 janvier, le lendemain de son investiture, plus de 500 000 personnes se sont rassemblées pour la Marche des femmes à Washington pour dénoncer la présidence de Trump, son langage, ses comportements vulgaires et misogynes ainsi que ses politiques anti-femmes. La manifestation de Washington était la marche principale, et il y a eu environ 700 marches dans des villes grandes et petites des États-Unis, regroupant entre des centaines et des dizaines de milliers de manifestantes. Au total, environ quatre millions de personnes se sont mobilisées, faisant de ces marches la plus grande protestation nationale dans l’histoire du pays (9). La protestation des femmes a réveillé un mouvement de femmes endormi.

Lors de la fin de sa première semaine de présidence, dans l’après-midi du 27 janvier, Donald Trump a émis un décret sur les migrants et les réfugiés, populairement connu selon ses propres termes comme le « Muslim ban » (bannissement des musulmans). Le 28 janvier 2017, de New York à Seattle, des milliers de gens ont investi les principaux aéroports du pays pour protester contre ce décret. Les manifestations, initiées dans les médias sociaux par les groupes de défense des droits des immigrés, se sont déroulées non seulement dans les grands aéroports, comme l’aéroport John F. Kennedy à New York – où la protestation a rassemblé des milliers de personnes – ou celui de Los Angeles, mais aussi dans les petites villes comme Portland. Des dizaines de milliers de personnes se sont jointes aux manifestations contre l’exclusion des musulmans les 28 et 29 janvier. Une résistance s’est répandue dans les rues du pays.

Les premières semaines de la présidence Trump ont peu contribué à apaiser les craintes du public. Il a continué à envoyer à l’aube des tweets attaquant ses adversaires politiques, parfois des dirigeants étrangers, et souvent avançant des demandes brutales et sans fondement. En même temps, il a commencé sa carrière politique par des coups audacieux.

Un cabinet de milliardaires et de généraux

Donald Trump était candidat à la présidence sur une plateforme économique nationaliste et nativiste (10), promettant de « rendre l’Amérique à nouveau grande » à la fois en encourageant l’emploi dans la production et en défendant ces emplois contre les capitaux et les travailleurs étrangers. Il a promis de reconstruire l’infrastructure nationale et de faire pression sur les entreprises pour qu’elles maintiennent des emplois industriels ou les relocalisent aux États-Unis. Il s’est engagé à protéger ces emplois contre des Mexicains et d’autres « immigrants illégaux » ainsi qu’à protéger les États-Unis de la concurrence économique de la Chine et du terrorisme islamique. Tout en promettant de protéger la sécurité sociale et l’assurance maladie, il a promis d’abroger « l’Obamacare » vilipendé et de le remplacer par un plan de soins de santé « plus grand et meilleur ». Enfin, Trump a juré de mettre fin aux guerres étrangères américaines et à la politique américaine de changement de régime dans les pays étrangers, en se concentrant sur « l’Amérique d’abord ». C’est cette plateforme économique nationaliste qui a permis à Trump de gagner les élections dans quelques États clefs pour avoir la majorité au Collège électoral et remporter la victoire.

Pour mener à bien son programme, Trump avait promis de « drainer le marais de Washington », c’est-à-dire d’éliminer la corruption qui résultait des lobbyistes et des élus qui se sont mis en collusion pour mettre leurs intérêts privés devant ceux du peuple américain. Au cours de sa campagne, Trump a défié les banquiers de Wall Street, pointant souvent du doigt Goldman Sachs, une entreprise financière proche des Clinton. Il a promis de limiter le mandat du Congrès, d’interdire aux anciens élus de devenir lobbyistes durant cinq ans et d’exclure les lobbyistes étrangers (11). Avec le marécage drainé, selon Trump, son programme nationaliste rendrait l’Amérique de nouveau grande. Lorsque Trump a pris ses fonctions en janvier 2017, les gens se demandaient : Qui choisirait-il pour son équipe ? Comment gouvernerait-il ? Va-t-il réaliser ses promesses ? La formation de son gouvernement devait être le premier indice.

Parce qu’il était un franc-tireur et non un politicien – une identité d’« outsider » qui l’a propulsé à la présidence – il n’avait pas les infrastructures politiques habituelles de la plupart des présidents entrants : aucun conseiller politique éclairé, aucun cercle de partisans du parti, aucun allié législatif, pas de liens étroits avec le leadership militaire, pas d’amis de confiance dans les médias. Ce manque de liens politiques l’obligeait à dépendre de sa famille et de ses amis comme sa fille Ivanka et son mari Jared Kushner ou son ami récemment acquis, le journaliste de l’extrême droite radicale Steve Bannon. Sans consigliore fiable et sans entourage politique, il a dû se tourner vers le Parti républicain et l’establishment pour obtenir de l’aide afin de choisir son cabinet. Ils étaient plus qu’heureux de le faire.

Comme Grover Norquist, un leader conservateur des Americans for Tax Reform (Américains pour la réforme fiscale), un groupe qui s’opposait pratiquement à toute sorte d’impôts, l’a commenté en 2012 : « Tout ce que nous avons à faire c’est de remplacer Obama. (...) Nous ne cherchons pas un leader sans peur. Nous n’avons pas besoin d’un président pour nous dire dans quelle direction aller. Nous savons où aller. Nous voulons le budget de Ryan (12). (...) Nous avons juste besoin d’un président pour signer ce genre de choses. Nous n’avons pas besoin de quelqu’un pour le penser ou le concevoir. Le leadership actuel pour le mouvement conservateur moderne pour les 20 prochaines années viendra de la Chambre et du Sénat. » (13)

Maintenant, en 2017, les Républicains ont trouvé cet homme, dont les doigts, bien que courts, suffisent pour tenir un stylo. Le Trump populiste a été rapidement coopté par l’establishment qu’il avait promis de renverser, mais à qui il avait dès son élection donné les clés du royaume.

Trump avait promis de mettre fin à la corruption à Washington, mais dès ses premiers jours en tant que président faisant les nominations initiales de son Cabinet, presque toutes facilement approuvées par la majorité républicaine au Congrès, il est devenu évident qu’au contraire il repeuplait les marécages de Washington avec de nouveaux monstres. Beaucoup de membres du cabinet de Trump sont des banquiers de Wall Street et plusieurs sont des milliardaires – la richesse totale du cabinet est estimée à 14 milliards de dollars. Il a nommé plusieurs généraux, ce qui a amené ses critiques à dire que son gouvernement ressemblait davantage à une junte militaire qu’à un gouvernement civil.

Comme dans tous les pays, les quatre postes clés du Cabinet aux États-Unis sont le Trésor, les Affaires étrangères (Department of State), la Défense et la Justice (Attorney General). Pour trois de ces quatre postes, Trump a choisi des individus de l’establishment qui représentent la continuité avec la politique passée, et pour le quatrième il a choisi un droitier raciste qui représente un retour au passé bigot du pays et sur qui il pourra compter s’il veut restreindre les droits de vote des noirs et des pauvres. Pour les postes moins importants, il a choisi des conservateurs riches, grands contributeurs du Parti républicain et de sa propre campagne, qui sont des ennemis de l’État providence et promeuvent le marché libre.

En tant que candidat, il était agressif contre Wall Street et en particulier contre Goldman Sachs, mais en tant que président, il a nommé une foule d’associés Goldman Sachs à des postes plus ou moins élevés dans son cabinet et parmi ses conseillers. Comme Matt Taibbi l’a écrit : Goldman Sachs « est partout. La banque d’investissement la plus puissante du monde est une pieuvre géante et vampire qui, derrrière une façade humaine, oriente sans relâche son entonnoir sanguinolent vers tout ce qui ressemble à de l’argent. » (14) Trump a placé cette pieuvre au sommet de son administration, permettant à ses tentacules de saisir le pays.

Les hommes de Sachs sont légion. Trump a choisi Steven Mnuchin, un vétéran de Goldman Sachs depuis 17 ans, pour être son secrétaire au Trésor, l’un des postes les plus importants. Stephen Bannon, également ancien banquier de Goldman Sachs, a été choisi par Trump pour être son stratège en chef, un nouveau titre. Le président en exercice de Goldman Sachs, Gary Cohn, devient directeur du Conseil économique national, l’organisme qui fournit au président des conseils sur les questions économiques. Jay Clayton, avocat de l’agence Sullivan & Cromwell, travaillant pour Goldman Sachs, est nommé président de la Securities and Exchange Commission, l’agence gouvernementale qui contrôle Wall Street. La femme de Clayton est également vice-présidente de Goldman Sachs. Et plusieurs autres banquiers de Goldman Sachs occupent des postes gouvernementaux importants (15). En plaçant Goldman Sachs au centre de l’administration, tout comme l’avaient déjà fait les anciens présidents Bill Clinton et Barack Obama, Trump a montré qu’au niveau le plus fondamental – celui des relations des financiers de la classe capitaliste au gouvernement – les choses sont demeurées inchangées (16).

Pour les trois autres postes clés du cabinet, Trump a choisi un PDG, un général à la retraite et un politicien de droite. Rex Tillerson, PDG d’Exxon Mobil, l’une des plus grandes sociétés américaines, est devenu Secrétaire d’État (ministre des Affaires étrangères). Pour le Secrétariat à la Défense, Trump a choisi le général James « Mad Dog » Mattis, qui avait été le chef du Commandement central responsable des opérations militaires américaines au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Asie centrale. Ce choix a été controversé, parce que le contrôle civil des militaires a longtemps été considéré comme fondamental pour la démocratie américaine (17). Le choix de Mattis suggère la continuité de la politique étrangère des administrations Clinton, Bush et Obama. Les trois premières positions clés du Cabinet — Trésor, Affaires étrangères et Défense – représentent tous un choix de l’establishment. Pour le quatrième poste clé, l’Attorney General, Trump a rompu avec cinquante ans de politiques (depuis le mouvement des droits civils) en choisissant Jeff Sessions, ultra-conservateur, nativiste et raciste atavique, qui est également un adversaire de l’avortement, des droits LGBT et des lois contre l’incitation à la haine (18).

Comme Secrétaire au Commerce, un poste de premier plan particulièrement important compte tenu de ses promesses de campagne sur le commerce extérieur, Trump a nommé Wilbur Ross, un banquier et un « investisseur vautour », qui possède 2,5 milliards dollars et est connu comme le « roi des faillites ». Ross s’est spécialisé dans la réduction des effectifs des entreprises industrielles, souvent licenciant la moitié et laissant les autres s’inquiéter des pensions, tout en en tirant profit, seul ou avec d’autres investisseurs. Ross, qui avait fait du business dans des douzaines de pays au fil des ans, avait parfois été un défenseur du libre-échange, mais maintenant il aura à faire avec les promesses de Trump : l’Amérique d’abord et la création des emplois (19).

Les postes de sécurité nationale – externes et internes – sont également, bien sûr, extrêmement importants et tout au long de l’histoire américaine souvent dirigée par des civils. Mais, contrairement à ses prédécesseurs, Trump n’y a nommé que des militaires. En tant que conseiller à la sécurité nationale, Trump avait d’abord choisi le lieutenant-général à la retraite Michael T. Flynn, imprévisible, belligérant, islamophobe, mais lorsqu’il est apparu clairement que Flynn avait menti au vice-président Mike Pence au sujet des contacts avec des représentants du gouvernement russe, il a été obligé de démissionner après seulement quelques semaines. Pour remplacer Flynn, Trump a ensuite choisi un autre général, le lieutenant-général H. R. McMaster, un stratège militaire bien connu pour son rôle dans la première guerre du Golfe. À la tête de la Sécurité intérieure, Trump a nommé un autre vétéran militaire, John F. Kelley, un général quatre étoiles de la Marine retraité, qui avait commandé la Force multinationale-Ouest en Irak. Pour diriger la CIA, Trump a choisi un civil, un politicien républicain, mais avec des qualifications militaires, Mike Pompeo, diplômé de l’Académie militaire américaine de West Point en 1986, qui avait servi dans la première guerre du Golfe. Pris ensemble, la nomination par Trump de tant de galonnés suggère une importante militarisation du gouvernement civil.

Le stratège en chef de Trump, Steve Bannon, a suggéré que plusieurs autres membres du cabinet avaient été choisis afin de mener à bien la « déconstruction de l’État administratif », c’est-à-dire pour détruire les organismes de réglementation ou de services sociaux qu’ils doivent diriger (20). Rich Perry, un ancien gouverneur républicain du Texas, l’État américain qui produit le plus de pétrole, a été choisi pour diriger le ministère de l’Énergie, qu’il avait promis d’éliminer lors d’une campagne présidentielle précédente. Perry n’a ni diplôme académique, ni une expérience qui le préparerait à gérer les 17 laboratoires nationaux, à surveiller les stocks nucléaires du pays, à nettoyer les sites d’armes de la guerre froide et à favoriser la non-prolifération nucléaire.

Pour diriger l’Agence de protection de l’environnement (EPA), Trump a choisi Scott Pruitt, un politicien républicain d’Oklahoma, également un grand État pétrolier, un homme qui à plusieurs reprises a poursuivi en justice l’EPA pour limiter ses droits et l’affaiblir. Les nominations de Perry et de Pruitt seront certainement bonnes pour les compagnies pétrolières et charbonnières, et mauvaises pour toute tentative de faire face à la crise environnementale.

Les nominations à la direction des organismes de protection sociale sont tout aussi horribles. En tant que Secrétaire du développement urbain, Trump a nommé l’archéo-conservateur afro-américain Dr. Ben Carson, un homme sans expérience des questions urbaines et de logement et un opposant aux lois antidiscriminatoires de l’agence. Le choix de la milliardaire Betsy DeVos, ancienne membre du Comité national républicain et une ennemie bien connue de l’éducation publique et des syndicats d’enseignants, pour diriger le ministère de l’Éducation est peut-être la nomination la plus scandaleuse de Trump pour ces organismes de réglementation et de services sociaux (21). Pour le Secrétariat au travail, Trump avait d’abord choisi Andrew Pudzer, le PDG de CKE Restaurants, la société mère des marques de restauration rapide Hardee et Carl’s Jr., un opposant aux lois du travail et au salaire minimum qui a dénigré les travailleurs de sa propre entreprise. Pudzer a été obligé de retirer sa nomination après avoir révélé que pendant plusieurs années, il avait employé au noir une femme de ménage sans papiers, et à cause des accusations par son ex-femme de violences conjugales. Pour le remplacer, Trump a choisi un Latino, Alexander Acosta, un républicain conservateur qui a siégé au Conseil national des relations du travail et qui a travaillé pour l’administration George W. Bush en tant que procureur du ministère de la Justice.

Pour diriger le Bureau de la gestion et du budget, Trump a choisi Mick Mulvaney, un homme qui avait omis de payer plus de 15 500 dollars de taxes pour l’emploi d’une nounou. Il va prouver qu’il est un individu particulièrement réactionnaire et mal intentionné. Défendant les réductions budgétaires proposées par Trump dans les programmes alimentaires scolaires – une partie importante de l’alimentation de plusieurs millions d’enfants pauvres – il a déclaré qu’il n’y avait aucune preuve que les enfants qui ont reçu la nourriture ont réellement eu de meilleurs résultats à l’école.

Le népotisme dans l’équipe de direction de Trump confère un caractère quasi monarchique à son administration. Trump a nommé son gendre de 36 ans, Jared Kushner, un magnat de l’immobilier sans expérience politique ou gouvernementale préalable, Conseiller principal de la Maison Blanche et l’a chargé de diverses tâches : gérer le Bureau de l’innovation américaine, être envoyé spécial pour négocier la paix au Moyen-Orient et servir de contact principal aux diplomates de plus de deux douzaines de pays (22). Ivanka, fille de Trump et femme de Kushner, est également devenue une conseillère de son père à la Maison Blanche, à temps plein et non rémunérée (23). En propulsant ses enfants à des postes dirigeants, Trump a également jeté les bases de sa future dynastie politique.

Le cabinet de Trump, composé de milliardaires et de généraux, de pleins aux as et de droite extrême, de famille et d’amis est sans aucun doute l’un des plus réactionnaires de l’histoire américaine moderne. On pourrait prévoir des scandales de corruption qui rivaliseraient avec ceux de l’administration du président Grant ou de la présidence de Warren Harding. Mais la nomination qui a le plus dérangé et effrayé de nombreux Américains fut le choix de Trump de faire de son ancien directeur de campagne, Steve Bannon, son stratège en chef. Bannon, un ancien officier de la marine et ancien banquier de Goldman Sachs, a été fondateur de Breitbart News, une publication radicale de la droite extrême, identifiée avec les organisations européennes d’extrême droite et les groupes américains de pouvoir blanc. Breitbart a non seulement pris des positions nationalistes et nativistes, mais a aussi promu des suprématistes blancs comme Richard Spencer. Il a fabriqué tous les jours des rapports de presse hystériquement antimusulmans, anti-LGBT et misogynes (24). Certains ont décrit Breitbart comme crypto-fasciste (25).

Pendant quelques semaines, Bannon a été membre du Conseil de sécurité nationale, terrifiant bon nombre de gens. La présence de Bannon à la Maison Blanche en tant que main droite du président a créé une énorme anxiété non seulement chez les militants de gauche et chez les libéraux, mais même parmi les conservateurs et l’establishment. Pourtant, depuis que l’establishment a pris Trump en main, les choses sont revenues à une assez réactionnaire normalité. Bannon a été retiré du Conseil national de sécurité et le Congrès a contrecarré le programme populiste de Trump (26). Les tweets tardifs de Trump et ses divers rassemblements dans le style d’une campagne post-électorale ont continué à offrir son programme populiste à sa base, même s’il s’est accommodé avec l’establishment républicain. Les animateurs de radio et les écrivains conservateurs ou d’extrême droite ont commencé à suggérer que Trump se vendait.

L’imbroglio russe

Au cours de sa campagne, Trump a choqué de nombreux Américains avec son enthousiasme et ses éloges pour le dictateur russe Vladimir Poutine, connu pour avoir emprisonné ou assassiné ses opposants politiques, pour avoir défié le droit international en occupant la Crimée et en intervenant militairement dans l’est de l’Ukraine. Trump a même suggéré que les États-Unis et la Russie pourraient surmonter leurs différences et peut-être devenir des alliés.

De plus, il y avait le soupçon, plus tard confirmé par les agences de sécurité américaines, que le gouvernement russe était intervenu dans les élections américaines. Beaucoup d’associés de Trump, comme son ancien président de campagne Paul Manafort, ont une longue histoire de relations avec la Russie et de rencontres avec des responsables russes de haut niveau (27). Jared Kushner, le gendre de Trump, a également rencontré le banquier Sergey N. Gorkov, un associé proche de Poutine. Roger J. Stone Jr., un vétéran républicain, a eu des contacts avec Guccifer 2.0, un compte en ligne censé être lié au service de renseignement russe. Et Carter Page, qui avait été conseiller en politique étrangère de la campagne Trump, a été impliqué dans des affaires commerciales de grande envergure en Russie (28). Le conseiller à la sécurité nationale de Trump, Michael T. Flynn, a eu des conversations avec des responsables russes, a menti en les réfutant, ce qui a conduit à l’ouverture d’une enquête sur son partage d’informations classifiées et son acceptation du paiement des Russes (29). Naturellement, la question a surgi : les associés de Trump ont-ils travaillé avec la Russie pour intervenir dans les élections américaines ? Le Département de la Justice des États-Unis a autorisé une enquête du FBI sur les contacts entre l’équipe Trump et la Russie avant les élections. Le Sénat et la Chambre ont également créé des comités chargés d’enquêter sur les relations Trump avec la Russie.

Certains Démocrates ont été motivés par le désir de prouver qu’en travaillant avec les Russes, Trump et les Républicains avaient volé l’élection à Hillary Clinton. Mais les membres des deux partis et de nombreux Américains ordinaires s’inquiétaient de ce qui pourrait être interprété comme un comportement perfide qui aurait mis en danger la souveraineté américaine. En tout cas, l’imbroglio russe n’a pas disparu.

La stratégie et le programme de Trump

Depuis le premier mandat du démocrate Franklin D. Roosevelt en 1933, les « cent premiers jours » d’un nouveau président sont devenus un important symbole d’une nouvelle administration. Et c’était peut-être encore plus important pour un novice politique qui avait fait campagne sur un programme populiste. Prenant ses fonctions le 20 janvier, les cent premiers jours de Trump se sont achevés le 29 avril et il a rapidement pris des mesures, poursuivant une stratégie visant à réaliser les promesses de campagne faites à son électorat majoritairement blanc : il ne laisserait pas entrer les Mexicains qui ont menacé leurs emplois et arrêterait les Musulmans qui ont menacé leurs vies. Ainsi, cinq jours à peine après son investiture, Trump a signé une ordonnance pour commencer immédiatement la construction d’un mur à la frontière mexicaine et pour chercher et expulser plus agressivement des immigrants sans papiers, en étendant la définition d’immigrants criminels (30). Deux jours plus tard, Trump a émis un ordre qui interdit temporairement l’immigration de sept pays musulmans et suspend le droit d’entrée des réfugiés pendant 120 jours – alors qu’un grand nombre de Syriens réfugiés de guerre ont besoin d’aide. Son ordre a également imposé un test religieux, permettant aux réfugiés chrétiens des pays musulmans d’entrer aux États-Unis.

Le « bannissement des musulmans » – terme utilisé par Trump devenu populaire – a conduit à des manifestations massives dans les aéroports de tout le pays. La Cour d’appel fédérale des États-Unis a annulé l’interdiction. Comme l’a rapporté le New York Times, « Le groupe de trois juges, suggérant que l’interdiction n’a pas fait progresser la sécurité nationale, a déclaré que l’administration n’avait “aucune preuve” que des personnes venant de ces sept pays – Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen – avaient commis des actes de terrorisme aux États-Unis » (31). Mal planifiée et mal exécutée, la première grande initiative de Trump a complètement échoué. Trump a poursuivi, émettant une deuxième ordonnance, mais les tribunaux l’ont également annulée.

La deuxième initiative majeure de Trump a été une tentative d’abroger et de remplacer la loi sur les soins abordables, connue sous le nom d’Obamacare, un programme d’assurance et de soins privés coordonné et subventionné par le gouvernement. Paul D. Ryan, le président républicain de la Chambre, a commencé la procédure d’abrogation avant même l’investiture de Trump et a tenté de faire passer l’abrogation en mars, mais il n’a pas réussi à obtenir une majorité à la Chambre en raison des désertions des conservateurs à droite, qui voulaient une destruction plus profonde de l’Obamacare, et des défections de modérés soumis à la pression de leurs électeurs, qui craignaient de perdre leur assurance maladie. Les manifestations devant les mairies ont largement mobilisé et ont exercé une grande pression sur les législateurs républicains modérés, dont plusieurs ont refusé de voter l’abrogation (32). L’incapacité d’abroger immédiatement l’Obamacare fut pour Trump et le Parti républicain une nouvelle défaite. Trump a fait une deuxième tentative pour un projet de loi sur les soins de santé, dans l’espoir de le faire adopter au cours de ses cent premiers jours, mais il a également rencontré une opposition. À l’heure actuelle, le texte reste bloqué au Congrès (33).

La seule victoire que Trump a remportée au cours de ses premiers mois de fonction a été la confirmation par le Sénat de son candidat à la Cour suprême, Neil Gorsuch, un juge extrêmement conservateur qui pourrait voter pour limiter les droits des homosexuels, maintenir des restrictions de l’avortement, invalider les programmes d’action positive et réduire le pouvoir des syndicats (34). Gorsuch a été préparé pour ce poste par Leonard Leo, le chef de la très conservatrice Federal Society, qui a joué un rôle démesuré dans le façonnage de la Cour suprême et dans le choix de trois de ses juges actuels (35). Évasif à propos de son point de vue lors des audiences du Sénat, Gorsuch a été confirmé lors d’un scrutin très partisan par les Républicains, auxquels se sont joints trois Démocrates (pour 54, contre 45).

Le budget et le plan fiscal

L’autre initiative majeure de Trump au cours des cent premiers jours concernait le budget. Il devait être soumis au Congrès en tant qu’une résolution permanente avant le 28 avril. La proposition de budget de Trump pour l’année fiscale totaliserait plus de 4000 milliards de dollars, avec de fortes augmentations pour la défense (en hausse de 10 %), la sécurité intérieure (+ 7 %) et les anciens combattants (+ 6 %), tout en réduisant l’Agence de protection de l’environnement (baisse de 31 %), les départements de l’agriculture et du travail (baisse de 21 % chacun), de la justice (– 20 % avec des coupes pour les victimes des crimes, par exemple, alors que le budget du FBI augmente), la santé et services sociaux (– 16 %) et l’éducation (– 14 %) (36). Comme l’a observé le Washington Post : « Si vous êtes pauvre en Amérique, la proposition de budget du président Trump n’est pas pour vous. Trump a dévoilé un budget qui réduirait ou supprimerait les programmes qui ont aidé les Américains à faible revenu pratiquement sur tous les fronts, y compris les logements, les services bancaires, l’isolation des maisons, la formation professionnelle, le paiement des factures de fioul domestique et l’obtention de conseils juridiques en matière civile. » (37)

Ce budget élimine également dix-neuf petits programmes dont le coût est de seulement 500 millions de dollars, mais qui sont particulièrement détestés par les conservateurs. Il s’agit entre autres de la Corporation for Public Broadcasting (réseau de télévision et radio publiques), la Legal Services Corporation (qui vise à assurer l’égalité d’accès à la justice en assurant l’aide juridique civile), l’AmeriCorps (qui vise plusieurs buts, dont l’aide à l’éducation publique et le nettoyage environnemental) et le Fonds national pour les lettres et les sciences humaines (38). À l’heure actuelle, le budget de Trump semble se heurter à des problèmes au Congrès, à la fois de la part des Démocrates et du Caucus républicain de la liberté, ce qui ouvre la possibilité d’une autre crise des finances et éventuellement d’une paralysie du gouvernement.

Le plan fiscal de Trump vise également à enrichir davantage les plus riches. Proposé en avril, selon le New York Times, il « équivaut à un passage de plusieurs milliards de dollars des caisses fédérales à celles des familles les plus riches d’Amérique et à leurs héritiers » (39). Ce plan abrogerait la taxe de l’État (sur les ventes et les services), réduirait les impôts des sociétés de 35 à 15 %, et mettrait fin à une surtaxe qui finance la loi sur les soins abordables. Comme les présidents Ronald Reagan et George Bush avant lui, Trump soutient que les réductions d’impôt entraîneront une expansion économique qui permettra de récupérer les taxes perdues, de sorte qu’il n’y aura pas d’augmentation du déficit. Il s’agit encore d’une économie farfelue, et pratiquement personne ne le croit. Le budget est actuellement dans les mains du Congrès.

Trump fait volte-face sur presque tout

Le candidat Trump avait déclaré à ses partisans qu’il rejetait la politique étrangère américaine d’intervention militaire et les tentatives de changement de régime, et il a en particulier promis qu’il ne s’impliquerait pas en Syrie. Mais quand il a appris qu’une attaque chimique avait tué 72 hommes, femmes, enfants et nourrissons, et rendu malades des dizaines d’autres, Trump a ordonné une attaque de missiles sur la base aérienne supposée être à l’origine de l’attaque. Selon le Pentagone, 59 missiles de croisière Tomahawk ont été envoyés sur l’aéroport d’Al Shayrat en Syrie, bien qu’il n’y ait eu aucun rapport sur les dommages ou les pertes. En avril, trois autres frappes aériennes américaines, qui ont reçu moins d’attention des médias, auraient tué des douzaines de civils en Syrie.

Les Démocrates, tout en critiquant le processus, « ont toléré ou n’ont pas condamné l’action militaire » : « [Charles] Schumer, le chef de la minorité du Sénat, a déclaré jeudi soir que « c’était le bon choix de faire savoir à Assad qu’il payera le prix pour commettre de telles atrocités méprisables », alors que la leader de la minorité de la Chambre, [Nancy] Pelosi, a déclaré qu’une telle attaque semblait “être une réponse proportionnelle” à l’usage des armes chimiques. La sénatrice Elizabeth Warren a déclaré que “le régime syrien doit être tenu responsable”, alors que le sénateur Mark Warner a déclaré qu’Assad “ne pouvait pas rester impuni” et que le sénateur Dick Durbin a parlé d’une “réponse mesurée” » (40).

Les dirigeants du Parti démocrate ont appuyé la frappe aérienne de Trump, bien que les sondages indiquent que 61 % des Démocrates ont désapprouvé le dernier acte belliqueux de l’Amérique (41).

Le raid contre la base aérienne syrienne en représailles à l’attaque chimique et ses suites sont une série de changements spectaculaires dans la politique étrangère de Trump. Auparavant, Trump voyait la Syrie comme un allié de facto dans la lutte contre l’État islamique (Daesh). Maintenant, non seulement il a ordonné cette attaque aérienne, mais, quelques jours plus tard, son secrétaire d’État, Rex Tillerson, a déclaré que l’ère Assad « arrivait à sa fin » (42). De plus, Trump ne voudrait plus être un ami de la Russie, qui a condamné le raid aérien américain en tant que violation du droit international. La Russie a également nié que la Syrie avait été responsable de l’attaque chimique et a suggéré que celle-ci aurait été le fait d’opposants au régime. La Russie a également annulé l’accord visant à coordonner les opérations aériennes en Syrie afin d’éviter un éventuel conflit avec les États-Unis. Enfin, Trump, qui avait précédemment condamné l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), traitée d’obsolète, l’a saluée comme un rempart dans la défense de l’Europe et des États-Unis et « nullement obsolète » (43).

Trump a fait volte-face sur une multitude d’autres questions. Après avoir rencontré le président chinois Xi Jinping, il a annoncé, annulant une promesse de campagne, qu’il n’accusait pas la Chine de manipuler le cours des devises. Il a également déclaré que la Banque d’exportation et d’importation, qu’il avait précédemment qualifiée comme inutile, était maintenant « une très bonne chose ». Le journaliste du New York Times, Alan Rappeport, a écrit : « Les changements ont déconcerté beaucoup de partisans de M. Trump et ont suggéré que les financiers modérés qu’il a amenés de Wall Street éclipsent l’aile populiste de la Maison Blanche dirigée par Stephen K. Bannon, le stratège politique qui est de plus en plus mis sur la touche par le président. » (44) Trump, le populiste a plié devant l’establishment de Wall Street et de Washington.

Le langage agressif de Trump à l’égard de la Corée, affirmant récemment qu’un « conflit majeur, majeur » avec la Corée du Nord « socialiste » est possible, représente une continuité de l’hostilité américaine de longue date envers la Corée du Nord en raison de sa production d’armes nucléaires et de son développement de missiles de longue portée capables de prendre pour cible l’Amérique. Le président George W. Bush s’est fait remarquer en traitant la Corée du Nord, l’Irak et l’Iran, d’« axe du mal » et Obama avait prévenu son successeur que la Corée était la priorité numéro un de la sécurité nationale. Trump a adopté une attitude plus menaçante, accompagnée de l’envoi de forces navales dans la région, mais sa politique n’a rien de nouveau.

Quelle sorte d’administration ?

L’administration de Trump ne s’est pas avérée être l’administration populiste que ses partisans avaient espérée pas plus qu’un régime fasciste que craignaient de nombreux libéraux et gauchistes. Cela ne signifie pas que nous ne devrions pas voir les tendances clairement autoritaires de son gouvernement. Ce qui semble avoir eu lieu, au moins dans les 100 premiers jours, c’est que manquant d’expérience et subissant les événements, il a été coopté par l’establishment. Guidé par les Républicains plus modérés mais toujours conservateurs, Trump a adopté une politique étrangère plus conforme à celles des administrations précédentes, Bush, Clinton et Obama. Si elle est plus affirmée – comme le montrent le raid sur la base aérienne syrienne et la « mère de toutes les bombes » larguée sur un site de Daesh en Afghanistan – ses politiques sont basées sur la même vision sous-jacente du rôle de l’Amérique en tant que « nation indispensable », comme le secrétaire d’État de Bill Clinton l’avait indiqué.

De même, la politique intérieure de Trump, malgré son langage populiste, poursuit la version républicaine affirmée des budgets d’austérité que les deux partis ont mis en place au cours des dernières décennies. À l’heure actuelle, nous ne sommes pas confrontés à une poigne de fer, bien que nous puissions nous attendre à ce que la main gantée de l’État écrase ceux d’en bas de manière continue. Le plus à craindre est la combinaison de la sécurité publique, telle que la conçoit Jeff Session, et d’une attaque contre les droits de vote des Noirs et des pauvres.

La résistance croît

La population a conscience de la dangerosité de l’administration Trump. La résistance, qui a commencé le lendemain de l’inauguration de Trump, a continué pendant les cent premiers jours. Divers groupes se sont impliqués dans des manifestations de rue ou ont exercé une pression politique sur leurs représentants.

* Journée sans immigrés. Le 16 février, des milliers d’immigrants dans les villes du pays ont pris leur journée de congé pour protester contre les politiques du président Trump en matière d’immigration et de réfugiés. Certains employeurs, soit parce qu’ils sont eux-mêmes des immigrés, soit parce qu’ils sympathisent avec la cause des migrants, ont fermé leurs entreprises afin que leurs travailleurs puissent participer. Dans d’autres cas, les travailleurs immigrés ne sont pas venus au travail dans le cadre d’une grève des travailleurs immigrés et au moins 100 travailleurs dans différentes villes ont été licenciés pour leur participation. Dans certaines villes, comme Milwaukee, le Jour sans immigrés impliquait des manifestations de masse de milliers d’immigrés et de leurs partisans qui ont protesté contre les politiques de Trump.

* Journée Ce n’est pas mon président. Moins d’une semaine plus tard, des milliers de manifestants à New York, Chicago, Atlanta, Los Angeles et dans deux douzaines d’autres villes ont défilé en s’opposant au président Donald Trump et à ses politiques lors de la traditionnelle « journée du président » (lundi 20 février). Cette année, cette occasion a été marquée par beaucoup comme la « Journée Ce n’est pas mon président ». Ce qui était un beau jour de printemps dans le Midwest et l’Est – du fait du changement climatique et du réchauffement mondial – les manifestants ont défilé pour protester contre les politiques environnementales et d’immigration de Trump et contre à peu près tout ce que défend le nouveau président.

* Manifestations devant les mairies. Des milliers de personnes ont également assisté aux réunions municipales, plus tard en février, pour défier les représentants et les sénateurs républicains du Congrès. Les électeurs en colère se sont levés pour exiger que les caractéristiques fondamentales du plan de soins de santé soient préservées, que les droits des immigrants soient respectés et que l’Agence de protection de l’environnement soit financée. Rien de tel n’avait eu lieu lors des assemblées municipales depuis les manifestations du Tea Party de droite en 2009 et 2010 – manifestations qui ont fourni le modèle pour les protestations actuelles du centre-gauche.

Beaucoup de manifestations ont été coordonnées par un mouvement anti-Trump lié au Parti démocrate, appelé « Indivisible », qui revendique 7 000 groupes affiliés dans tout le pays. Le groupe tire son nom du manuel publié récemment, intitulé « Indivisible : un guide pratique pour résister au programme Trump », écrit par d’anciens membres du personnel du Congrès, Leah Greenberg et Angel Padilla. À New York, le Working Families Party, qui soutient les candidats progressistes du Parti démocratique, a également participé à l’organisation de protestations. L’Union américaine des libertés civiles (ACLU) a également fourni des ressources.

Alors qu’elles se chevauchaient politiquement avec des manifestations antérieures – comme la Marche des femmes, les manifestations pour les droits des immigrants dans les aéroports et les manifestations de la Journée sans immigrés – les protestations dans les mairies représentaient une autre partie de la population. Les personnes âgées et d’âge mûr étaient souvent présentes en grand nombre, bien que les 20-30 ans qui ont formé la majorité des manifestations de rue étaient également présent.e.s en nombre important dans de nombreux endroits. Dirigées en grande partie par des organisations liées au Parti démocrate, les manifestations militantes dans les hôtels de ville étaient souvent plus modérées politiquement que les foules dans les rues au cours du mois précédent. Néanmoins, on a vu dans les mairies des pancartes pour « l’assurance de santé financée par l’État » et « Pas de bannissement des musulmans » et, dans certaines villes, on a entendu non seulement des discours anti-entreprises, mais parfois aussi des discours anticapitalistes. En février, en mettant l’accent sur les réunions municipales, le Parti démocrate semblait prendre la tête de la Résistance – le nom donné à toutes les formes d’opposition à Trump.

* Protestations contre la guerre. Après que Trump a bombardé la Syrie, il y a eu un certain nombre de manifestations contre la guerre dans les grandes villes du pays, mais les manifestants ne se comptaient que par centaines et les organisateurs étaient des partisans d’Assad, de la Russie et de l’Iran, venant de groupes comme Answer. Au contraire des manifestations de masse des femmes, des immigrants et des rassemblements dans les mairies, les manifestations contre la guerre avec leur direction sectaire n’avaient pas un caractère véritablement populaire. Le nécessaire mouvement antiguerre, celui qui pourrait s’opposer à l’impérialisme américain, mais aussi à Poutine, au Hezbollah et à Assad, n’est pas encore apparu.

* Marche pour la science. Des dizaines de milliers de manifestants, dont beaucoup de scientifiques, ont rejoint les Marches pour la science le 22 avril, le Jour de la Terre, dans les villes des États-Unis et dans le monde. Il y a eu environ 400 marches aux États-Unis avec des foules estimées à 20 000 à New York et à Los Angeles, environ 15 000 personnes se sont rassemblées sur l’Esplanade de Washington et 10 000 dans plusieurs autres villes. D’autres marches ont eu lieu dans des centaines d’autres villes à travers le monde, de Londres à Tokyo.

La marche a été largement motivée par le budget proposé par le président Donald Trump qui réduirait le financement de nombreux programmes scientifiques, dont celui de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), en baisse de 31 %. Les marcheurs à Washington portaient des pancartes « Sauvons l’EPA » et « Sauvons le NIH ». Le NIH est l’Institut national de la santé, dont le budget doit également être réduit de 18,3 %, c’est-à-dire de 5,8 milliards de dollars. D’autres manifestants dans diverses villes portaient des pancartes « Il n’y a pas de planète B » et « Rendez la science de nouveau grande » et beaucoup d’autres.

La marche a été parrainée par diverses organisations scientifiques parmi lesquelles l’Association américaine pour l’avancement des sciences, l’Union géophysique américaine, la Société américaine de la chimie et la Société paléontologique. Les médecins de la santé publique, les infirmières et d’autres agents de santé ont participé en nombre important. Beaucoup de scientifiques ont défilé avec leurs familles sous les pluies de printemps de la côte Est.

Organisée à l’origine à travers le site des médias sociaux Reddit puis par un événement Facebook, en une semaine les supporters passaient de 200 à 300 000. Bill Nye « The Science Guy », célèbre vulgarisateur scientifique, Mona Hanna-Attisha, la pédiatre qui a révélé la contamination de l’eau potable à Flint dans le Michigan (Flint Water Crisis), et Lydia Villa-Komaroff, biologiste cellulaire et parmi les premières mexicano-américaines des États-Unis à recevoir un doctorat en sciences, ont été les porte-parole de la marche.

Bien que ne jouant pas un rôle central dans la direction de la Marche pour la Science, alors qu’ils l’ont été dans d’autres manifestations, les politiciens du Parti démocratique ont parlé lors des rassemblements dans plusieurs villes. À Los Angeles, le député démocrate Brad Sherman a déclaré aux manifestants : « Depuis que Galilée a été condamné par l’Inquisition, les négationnistes de la science n’ont pas eu d’amis aussi puissants. »

À San Francisco, cependant, aucun politicien n’a été autorisé à parler. « La science n’est pas partisane. C’est la raison pour laquelle nous la respectons, car elle vise à réduire les préjugés. C’est pourquoi nous avons la méthode scientifique. Nous étions très convaincu.e.s qu’en impliquant des politiciens, nous biaiserions d’une façon ou d’une autre notre action », a déclaré au Club national de presse Caroline Weinberg, chercheuse en santé publique et co-organisatrice de la marche.

Il faut un mouvement politiquement indépendant

Si l’opposition à l’administration Trump s’est répandue dans la société et implique maintenant de nombreux groupes sociaux, le mouvement ne dispose pas d’une position politique claire et indépendante. Le Parti démocrate, toujours un parti patronal, néolibéral, et donc peu fiable comme le démontre son incapacité à soutenir l’assurance de santé financée par l’État (« assistance médicale pour toutes et tous ») a pris la tête de l’organisation d’une grande partie de la résistance, et en particulier dans ses expressions les plus politiques. Si la résistance doit remporter la victoire non seulement en bloquant Trump et le Parti républicain, mais aussi dans la lutte contre les entrepreneurs Démocrates et, plus important, contre le système capitaliste, nous devons construire un mouvement qui crée sa propre identité politique, même si nous n’avons aucun parti politique. ■

New York, le 30 avril 2017

* Dan La Botz, militant syndicaliste, chauffeur de camion puis professeur d’université et journaliste, est militant de l’organisation socialiste Solidarity (organisation observatrice au sein de la IVeInternationale). Il a été un des fondateurs de la tendance Teamsters for a Democratic Union au sein du syndicat des camionneurs. Il a publié de nombreux livres sur les droits des travailleurs aux États-Unis et au Mexique. Il est co-rédacteur en chef de la revue New Politics. Cet article a d’abord été publié sur le site web de New Politics : http://newpol.org/content/trump-power-first-100-days#_edn31 (Traduit de l’anglais par JM).

Notes

1. « L’intégralité du discours d’investiture de Donald Trump », Paris Match (publié le 20/01/2017) : http://www.parismatch.com/Actu/International/L-integralite-du-discours-d-investiture-de-Donald-Trump-1169698

2. « That was some weird shit », cite par Brooke Seipel, The Hill, 29 mars 2017 : http://thehill.com/blogs/blog-briefing-room/news/326438-george-bush-after-inauguration-that-was-some-weird-s-t-report

3. Jennifer Agiesta, « First Trump approval rating lags behind past presidents », CNN, 7 février 2017 : http://www.cnn.com/2017/02/03/politics/donald-trump-approval-rating/

4. Dave Wasserman, « How America Participated in the Election » : https://me.me/i/how-america-participated-in-the-election-data-from-u-s-election-4676847

5. Sasha Lekach, « 12,000 assassination tweets : Trump’s social media presence is a new challenge for the Secret Service », Mashable, 2 février 2017 : http://mashable.com/2017/02/02/threatening-posts-secret-service/#fl2doz6dM5qJ

6. Dan P. McAdams, « The Mind of Donald Trump », The Atlantic, Juin 2016 : https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2016/06/the-mind-of-donald-trump/480771/

7. Emily Willingham, « The Trump Psych Debate : Is It Wrong To Say He’s Mentally Ill ? » : https://www.forbes.com/sites/emilywillingham/2017/02/19/psychologist-calls-on-colleagues-to-sign-petition-for-trumps-removal/#448c2daf64f3

8. Noam Scheiber, « Union Leaders Meet With Trump, Construction on Their Minds », The New York Times, 23 janvier 2017 : https://www.nytimes.com/2017/01/23/business/economy/labor-leaders-trump-.html

9. Erica Chenoweth et Jeremy Pressman, « This is what we learned by counting the women’s marches » Washington Post, 7 février 2017 : https://www.washingtonpost.com/news/monkey-cage/wp/2017/02/07/this-is-what-we-learned-by-counting-the-womens-marches/?utm_term=.a36c86e03daa

10. Le nativisme est un mouvement politique qui s’y oppose à une nouvelle immigration. La distinction est faite entre les personnes immigrantes et les personnes nées sur le territoire, parfois à l’échelle de plusieurs générations (le mouvement n’est pas exempt de racisme). Aux États-Unis, le nativisme s’est notamment manifesté dans le mouvement Know Nothing, une organisation qui prônait les discriminations contre les catholiques et les immigrants.

11. « Campaign 2016 Updates » Los Angeles Times, 16 octobre 2016 : http://www.latimes.com/nation/politics/trailguide/la-na-trailguide-updates-donald-trump-proposes-congressional-1476820631-htmlstory.html

12. Du nom de Paul Ryan, républicain, président de la commission budgétaire de la Chambre des représentants (devenu en 2015 président de la Chambre), qui a proposé dès 2011 des lois visant à réduire les impôts, les dépenses et le déficit fédéral, ainsi que de totalement commercialiser les retraites et les aides médicales. Ses idées ont formé le cœur du programme budgétaire du Parti républicain.

13. Hunter, « Grover Norquist on the GOP candidates : All we need is someone who can “handle a pen” », Daily Kos, 13 février 2012 : http://www.dailykos.com/stories/2012/2/13/1064417/-Grover-Norquist-on-the-GOP-candidates-All-we-need-is-someone-who-can-handle-a-pen

14. Matt Taibbi, « The Great American Bubble Machine », Rolling Stone, 5 avril 2010 : http://www.rollingstone.com/politics/news/the-great-american-bubble-machine-20100405?utm_source=huffpostlive&utm_medium=referral&utm_campaign=partner

15. Pam Martens et Russ Martens, « Here’s How Goldman Sachs Become the Overlord of the Trump Administration », Wall Street on Parade : A Citizen Guide to Wall Street, 9 janvier 2017 : http://wallstreetonparade.com/2017/01/heres-how-goldman-sachs-became-the-overlord-of-the-trump-administration/

16. À propos de Bill Clinton et Sachs, voir : William D. Cohan, Money and Power : How Goldman Sachs Came to Rule the World (New York : Random House, 2012), p. 309-311 ; et sur Obama et Sachs, voir : Greg Gordon, « Goldman’s White House connections raise eyebrows », McClatchy Newspapers, 18 septembre 2013 : http://www.mcclatchydc.com/news/politics-government/article24580456.html

17. Steve Benen, « Why Trump’s Pentagon pick may prove to be deeply controversial » MSNBC, 2 décembre 2016 : http://www.msnbc.com/rachel-maddow-show/why-trumps-pentagon-pick-may-prove-be-deeply-controversial

18. Matt Apuzzo, « Specter of Race Shadows Jeff Sessions, Potential Trump Nominee for Cabinet », The New York Times, 16 novembre 2016 : https://www.nytimes.com/2016/11/17/us/politics/specter-of-race-shadows-jeff-sessions-potential-trump-nominee-for-cabinet.html ainsi que Erich Lichtbau et Matt Apuzzo, « Jeff Sessions Says He Would Be Independent and Stand Up to Trump », the New York Times, 20 janvier 2017 : https://www.nytimes.com/2017/01/10/us/politics/jeff-sessions-attorney-general.html

19. Max Abelson, « Wilbur Ross and the Era of Billionaire Rule », Bloomberg, 26 janvier 2017 : https://www.bloomberg.com/news/features/2017-01-26/wilbur-ross-and-the-cabinet-of-billionaires

20. David Z. Morris, « Steve Bannon Says Trump’s Cabinet Picks Are Intended to “Deconstruct” Regulation and Agencies », Fortune, 25 février 2017 : http://fortune.com/2017/02/25/bannon-trump-cabinet-cpac/

21. Kristina Rizga, « The Senate Just Confirmed Betsy DeVos as Education Secretary. Every Single Democrat Voted Against Her », Mother Jones, 7 février 2013 : http://www.motherjones.com/politics/2017/02/breaking-senate-confirmed-betsy-devos-our-nations-education-chief

22. Alana Abramson, « Here Are All the Jobs Jared Kushner Is Doing at the White House », Fortune, 27 mars 2017 : http://fortune.com/2017/03/27/jared-kushner-white-house-roles/

23. Maggie Haberman, Rachel Abrams, « Ivanka Trump, Shifting Plans, Will Become a Federal Employee », New York Times, 29 mars 2017 : https://www.nytimes.com/2017/03/29/us/politics/ivanka-trump-federal-employee-white-house.html?_r=0

24. Elizabeth Sherman, « 10 Most Despicable Stories Breitbart Published Under Bannon », Rolling Stone, 23 novembre 2016 : http://www.rollingstone.com/culture/pictures/10-most-despicable-stories-breitbart-published-under-bannon-w452226 ainsi que « Breitbart News Worst Headlines », Media Matters, 17 août 2016 : https://mediamatters.org/blog/2016/08/17/breitbart-news-worst-headlines/212467

25. Jim Naureckas, « A Guided Tour of the Racist, Crypto-Fascist “Alt-Right” By Breitbart News », In These Times, Aug. 31 août 2016 : http://inthesetimes.com/article/19417/trumps-new-campaign-ceos-website-wants-to-introduce-you-to-the-alt-right

26. Kyle Cheney, « Freedom Caucus thwarts Boehner, Ryan — and now Trump », Politico, 26 mars 2017 : http://www.politico.com/story/2017/03/freedom-caucus-trump-ryan-boehner-236504 et Daniel Stid, « Why the GOP Congress Will Stop Trump from Going Too Far », Washington Monthly, janvier-février 2017 : http://washingtonmonthly.com/magazine/januaryfebruary-2017/why-the-gop-congress-will-stop-trump-from-going-too-far/

27. Michael S. Schmidt, Mark Mazzetti, Matt Apuzzo, « Trump Campaign Aides Had Repeated Contacts With Russian Intelligence », The New York Times, 14 février 2017 : https://www.nytimes.com/2017/02/14/us/politics/russia-intelligence-communications-trump.html

28. Scott Shane and Mark Mazzetti, « Trump Adviser’s Visit to Moscow Got the F.B.I.’s Attention » ; 19 avril 2017 : https://apps.washingtonpost.com/g/documents/national/read-the-military-investigation-into-michael-flynn-trumps-national-security-adviser/2246/

29. Emmarie Huetteman et Mathew Rosenberg, « Pentagon Inquiry Seeks to Learn if Flynn Hid Foreign Payment », New York Times, 27 avril 2017 : https://www.nytimes.com/2017/04/27/us/politics/michael-flynn-trump-investigation-defense-department.html ainsi que « Read the military investigation into Michael Flynn, Trump’s national security adviser », Washington Post : https://apps.washingtonpost.com/g/documents/national/read-the-military-investigation-into-michael-flynn-trumps-national-security-adviser/2246/

30. Julie Hirschfeld Davis, David E. Sanger, Maggie Haberman, « Trump to Order Mexican Border Wall and Curtail Immigration », New York Times, 24 janvier 2017 : https://www.nytimes.com/2017/01/24/us/politics/wall-border-trump.html et Jennifer Medina, « Trump’s Immigration Order Expands the Definition of “Criminal” » : https://www.nytimes.com/2017/01/26/us/trump-immigration-deportation.html

31. Adam Liptak, « Court Refuses to Reinstate Travel Ban, Dealing Trump Another Legal Loss », The New York Times, 9 février 2017 : https://www.nytimes.com/2017/02/09/us/politics/appeals-court-trump-travel-ban.html

32. Robert Pear, Thomas Kaplan, Maggie Haberman, « In Major Defeat for Trump, Push to Repeal Health Law Fails », New York Times, 24 mars 2017 : https://www.nytimes.com/2017/03/24/us/politics/health-care-affordable-care-act.html

33. Thomas Kaplan, Robert Peara, « Health Law Repeal Will Miss Trump’s 100-Day Target Date », 27 avril 2017 (https://www.nytimes.com/2017/04/27/us/politics/republicans-propose-short-term-funding-plan-to-avert-shutdown.html). Depuis l’écriture de cet article, le 4 mai 2017, la Chambre des représentants a adopté à une courte majorité (217 voix contre 2013) une proposition de loi visant à abroger l’Obamacare. Selon le Washington Post, le vote de la Chambre des représentants représente « une victoire significative, bien qu’incomplète, pour le président Trump ». La contre-réforme doit encore être examinée par le Sénat, où les Républicains n’ont qu’une étroite majorité. Rien n’est donc encore joué, même si le Wall Street Journal considère que « la première étape, essentielle, » a été réalisée.

34. Alicia Parlapiano, Karen Yourish, « Where Neil Gorsuch Would Fit on the Supreme Court », The New York Times, 1 février 2017 : https://www.nytimes.com/interactive/2017/01/31/us/politics/trump-supreme-court-nominee.html

35. Jeffrey Toobin, « The Conservative Pipeline to the Supreme Court », The New Yorkers, 17 mars 2017 : http://www.newyorker.com/magazine/2017/04/17/the-conservative-pipeline-to-the-supreme-court

36. Alicia Parlapiano, Gregor Aisch, « Who Wins and Loses in Trump’s Proposed Budget », The New York Times, 16 mars 2016 : https://www.nytimes.com/interactive/2017/03/15/us/politics/trump-budget-proposal.html

37. Tracy Jan, Steven Mufson, « If you’re a poor person in America, Trump’s budget is not for you », The Washington Post, 16 mars 2016 : https://www.washingtonpost.com/news/wonk/wp/2017/03/16/if-youre-a-poor-person-in-america-trumps-budget-is-not-for-you/?utm_term=.5a5e0fc92659

38. Sharon LaFraniere, Alan Rappeport, « Popular Domestic Programs Face Ax Under First Trump Budget », The New York Times, 17 février 2017 : https://www.nytimes.com/2017/02/17/us/politics/trump-program-eliminations-white-house-budget-office.html et Aaron Blake, « The 19 agencies that Trump’s budget would kill, explained », The Washington Post, 16 mars 2016 : https://www.washingtonpost.com/news/the-fix/wp/2017/03/16/the-19-agencies-that-trumps-budget-would-kill-explained/?utm_term=.b23fc0191ffe

39. Julie Hirschfeld Davis, Patricia Cohen, « Trump Tax Plan Would Shift Trillions From U.S. Coffers to the Richest », The New York Times, 27 avril 2017 : https://www.nytimes.com/2017/04/27/us/politics/individual-business-tax-wealth.html

40. Aaron Bernstein, « Trump’s Support From Democrats on Syria », Reuters, The Atlantic, 7 avril 2017 : https://www.theatlantic.com/politics/archive/2017/04/syria-strike-trump-democrats-congress/522312/

41. Jeff Stein, « Few Democratic voters back Syria bombings. So why do so many Democrats in Congress ? », Vox, 14 avril 2017 : http://www.vox.com/policy-and-politics/2017/4/14/15289772/democratic-voters-politicians-syria

42. Gardiner Harris, « Tillerson Warns Russia on Syria, Saying Assad Era Is “Coming to an End” » The New York Times, 11 avril 2017 : https://www.nytimes.com/2017/04/11/world/europe/russia-syria-rex-tillerson.html

43. Peter Baker, « Trump’s Previous View of NATO Is Now Obsolete », The New York Times, 13 avril 2017 : https://www.nytimes.com/2017/04/13/world/europe/nato-trump.html

44. Alan Rappeport, « Trump Reversals Hint at Wall Street Wing’s Sway in White House », The New York Times, 12 avril 2017 : https://www.nytimes.com/2017/04/12/us/politics/export-import-bank-janet-yellen-china-currency.html

Dan La Botz

L’auteur est un professeur d’université américain et un militant de l’organisation socialiste Solidarity.

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