Édition du 18 septembre 2018

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Le blogue de Benoît Renaud

Trump : un an de résistance

« Donald Trump est président des États-Unis. » Cette phrase, vraie depuis le 20 janvier 2017, est encore difficile à entendre ou à prononcer. L’incrédulité et le choc de la soirée électorale ont depuis cédé la place à l’horreur face à des politiques cruelles, discriminatoires et ploutocratiques comme on n’en avait pas vues au moins depuis Reagan. Sans oublier un renouvellement constant de l’incrédulité de départ face à des déclarations (verbales ou tweettées) à l’emporte-pièce qui se suivent à un rythme essoufflant.

Ma réaction initiale, comme dans les phases du deuil, avait été celle du déni. Trump ne pouvait pas vraiment gouverner comme il avait fait campagne : sur la base d’un racisme et d’un sexisme flagrants, d’un étalage sans gêne d’ignorance et d’incompétence, d’un manque total d’empathie, même feinte. Les institutions stables et solides que sont le Parti républicain, le Congrès, le système judiciaire et les bureaucraties des divers Départements allaient avoir raison de cet énergumène et limiter les dégâts.

J’avais publié – dès le lendemain de l’élection - un billet qui mettait l’accent sur les éléments de continuité entre Trump et ses prédécesseurs. Ce ne serait pas le premier président à faire peur pas sa rhétorique guerrière, à servir les intérêts des plus riches ou à jouer avec les sentiments xénophobes d’une partie de la population. J’étais manifestement dans l’erreur. Trump n’est pas un président normal, même pour les États-Unis, même pour les Républicains.

Ce qui ressortait de l’analyse des sondages de sortie des bureaux de votes (exit polls) était l’importance des questions d’immigration. La base de Trump était clairement identifiable aux segments de la population qui approuvaient des restrictions face à l’immigration, incluant le fameux mur à la frontière avec le Mexique. Les autres indicateurs étaient statistiquement à égalité ou presque avec ceux de l’électorat de George W. Bush ou des Républicains battus pas Obama.

Un président raciste et misogyne

Nous savons maintenant ce que ces données signifiaient. La présidence de Trump, au-delà des recettes habituelles du Vieux Grand Parti (baisses d’impôt pour les riches, militarisme, conservatisme « moral », etc.) se caractérise par son racisme de plus en plus évident. Un de ses premiers décrets a consisté à interdire l’entrée aux États-Unis aux ressortissants d’une poignée de pays musulmans au nom de la lutte contre le terrorisme. Le fait qu’aucun attentat n’ait été commis sur le territoire étasunien par des citoyens des pays en question ne serait pas la première entorse au principe de la gouvernance basée sur des preuves (evidence based decision making) de cette administration.

Les déclarations du président suite aux violences de l’extrême-droite à Charlottesville, N.C. à l’effet qu’il y avait « du bon monde » parmi les manifestants suprémacistes blancs ou que les antifascistes avaient autant à se reprocher que les fascistes, ont marqué l’imaginaire. Plus récemment, sa caractérisation vulgaire de pays à majorité noire (« shithole countries ») a ponctué un sabotage de toute entente bilatérale possible sur la question de l’immigration. Cette nouvelle impasse législative explique en grande partie l’incapacité du Congrès et de la Maison Blanche à s’entendre sur un budget pour 2018.

La première grande mobilisation contre son administration avait été une journée de marches des femmes, coïncidant avec l’inauguration. Qu’un homme reconnu pour sa misogynie et ayant été accusé par de nombreuses femmes de comportements criminels divers soit élu face à la première femme ayant une sérieuse chance de devenir présidente en avait choqué plusieurs. Qu’il soit en poste à l’époque du mouvement #moiaussi malgré cette litanie d’accusations crée un contraste saisissant.

Le mépris pour les droits des femmes véhiculé dans les rangs républicains par la droite chrétienne s’est maintenant sécularisé pour ne devenir qu’un mépris sexiste sans justifications idéologiques, une arrogance mâle bête et sans scrupules.

Espoir, humour et résistance

De cette marche des femmes aux mobilisations pour les droits des personnes migrantes en passant par les jugements de cour bloquant certaines initiatives, les moyens de contestation de ce gouvernement profondément réactionnaire ne manquent pas. La société étasunienne, dont la grande majorité n’a pas voté pour ça, n’a pas dit son dernier mot. Sur le plan électoral, les Démocrates ont déjà profité du ressac anti-Trump pour remporter plusieurs victoires, malgré leur propension à négocier toutes sortes de compromis sans principes avec les Républicains et même avec la Maison Blanche, au nom de l’intérêt supérieur de la « nation » (lire la classe dirigeante…).

Des signes d’une mobilisation campée à gauche, en continuité avec la campagne Sanders et les mouvements de masse des dernières années, sont bien visibles. La lutte contre l’abrogation de la loi Obama sur la santé en a été un bon exemple. Les efforts pour préserver la réforme face aux assauts de Trump et des Républicains se prolongent maintenant dans une campagne pour un véritable système public (Health Care for All).

Mais pour survivre aux attaques quotidiennes venant de l’intimidateur en chef, qu’elles soient législatives, administratives ou simplement discursives, il faut plus que de l’organisation et de la mobilisation. Il est essentiel de préserver notre capacité à nous moquer de son arrogance sans fond et à ne pas se laisser déstabiliser. C’est pourquoi je consomme, comme des millions de nos voisins, une dose presque quotidienne de satire. C’est en compagnie des spécialistes de la contre-attaque humoristique (Colbert, Noah, Bee, McKinnon, Oliver…) que nous allons pouvoir survivre aux trois autres années de ce régime atroce sans y perdre notre santé mentale. Quand la réalité dépasse la fiction, la satire est essentielle à la réflexion !

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