Édition du 15 mai 2018

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Environnement

Un fléau sur le fleuve

Troisième plus grand fleuve du continent et véritable joyaux du patrimoine écologique mondial, le Saint-Laurent est au centre de l’histoire nord-américaine. Source d’eau douce pour plus de la moitié des québécois, le fleuve côtoie 53 M.R.C. et borde plus de 600 îles et archipels sur près de 4000 km, offrant un véritable oasis de paix aux plaisanciers et aux riverains. Toutes ses qualités sont désormais menacées par le transport des hydrocarbures. En septembre de 2014, un premier navire géant de 250 m de long et 44 m de large quittait Sorel avec à son bord 100 millions de litre de bitume dilué provenant du sous-sol albertain. Jamais des bateaux de cette taille n’avaient navigués sur le Saint-Laurent. Il faut savoir qu’à certains endroits, l’étroitesse du fleuve et ses eaux peu profondes laisse un espace critique d’un mètre seulement entre la coque du bateau et le fond marin. Selon l’organisme Équiterre, un déversement de seulement 10% de la cargaison d’un de ces superpétroliers dans le Lac St-Pierre (déclaré réserve de la biosphère par l’UNESCO) entraînerait des frais de 2.14 milliard de dollars aux québécois en décontamination. À ce jour le fleuve sert de passage à environ 110 pétroliers, le nombre de navires-citernes chargés de pétrole brut pourrait passer à 280 dans quatre ans.
Aux fins de comparaison, rappelons-nous le naufrage du pétrolier Exxon Valdès en 1989. Le déversement de plus de 40 000 tonnes de pétrole brute engendra la formation d’une nappe de 700 km carré au large de l’Alaska, souillant près de 800 km de côtes vierges. Quelques 80 000 L de pétrole continueraient de polluer aujourd’hui la région sans que l’on ne sache par qui, et quand les environs de Prince William Sound seront enfin nettoyés. Cette catastrophe écologique causa la perte de près 250.000 oiseaux marins, 2.800 loutres de mer, 300 phoques, 250 rapaces et 22 orques. Ce ne sont que les conséquences immédiates. Vingt-cinq ans plus tard, les moyens de subsistance traditionnels n’étant plus viables, les villages de pêcheurs qui persistent sont aux prises avec de graves problèmes sociaux et économiques.

Le Saint- Laurent, qui tend à devenir une artère importante dans le transport des hydrocarbures, n’est aucunement à l’abri d’une catastrophe semblable. Une catastrophe écologique sonnerait le glas des activités de pêches déjà fragilisée par la diminution des bancs de poissons, en plus d’affecter grandement les populations de mammifères marins dont l’observation est tant prisée par les touristes de partout dans le monde. N’oublions pas la mort par collision des baleines noire l’été dernier, l’augmentation du traffic dans le golf ne peut que nuire au rétablissement de cette population fragilisée.

Sachant que l’industrie touristique rapporte plus de 12.8 milliards et que le gouvernement québécois prévoit investir 77 millions de dollars pour favoriser l’essor du tourisme maritime d’ici 2020, il serait temps de nous questionner sur la direction économique de la province. Nos dirigeants doivent faire preuve de cohérence et nous avons le devoir de leur rappeler lorsqu’il est impossible de concilier des objectifs profondément opposés. Nous ne pouvons pas protéger et mettre en valeur la biodiversité du Saint-Laurent tout en l’exposant aux risques associés au transport des hydrocarbures.
Billie Marcuzzo-Roy
Le 17 janvier 2018

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