Édition du 24 avril 2018

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Québec

Un peu de lumière dans l’irréparable

« Si au moins en plaidant coupable je peux faire un peu de bien dans tout ça, alors ça sera déjà ça de fait. C’est pour ça que j’ai plaidé coupable devant vous. » (fin du texte lu en cour par Alexandre Bissonnette, le 28 mars 2018)

Le Mal existe dans notre monde. Souvent horrible et irréparable. Les nouvelles nous en donnent trop souvent des exemples. La tuerie à la Mosquée de Québec, le 29 janvier 2017, en fait partie.

La présomption d’innocence est un acquis précieux de notre droit criminel. Et le droit de se défendre, qu’on soit coupable ou non, est aussi un droit fondamental. Alexandre Bissonnette a plutôt choisi de plaider coupable : c’est un geste qui l’honore et qui introduit un peu de lumière dans une tragédie par ailleurs terriblement sombre.

Ce choix d’admettre et d’assumer son geste, aussi incompréhensible qu’il soit toujours à ses propres yeux, est un acte de courage et un premier pas vers une rédemption. Car sur le plan humain comme sur le plan chrétien, contrairement à ce que dit Alexandre Bissonnette dans son texte, tout geste est pardonnable, même ce que nos réflexes humains jugent spontanément « impardonnable ». La non violence nous apprend d’ailleurs, et c’est un patient apprentissage, à voir chez l’ennemi ou l’adversaire ce qu’il peut se cacher de bon en lui, à faire appel à ce qu’il a de meilleur plutôt qu’à le figer dans ce qu’il nous montre de plus détestable.

Chacun de nous porte en lui du meilleur et du pire, de la lumière et de l’obscurité. Alexandre Bissonnette, dont plusieurs aimeraient faire un monstre ou un bouc-émissaire (ce qui a l’avantage de nous éviter de nous questionner nous-mêmes), est un humain comme vous et moi, le fils de parents sans doute aussi dévoués et dévastés que nous le serions nous-mêmes à leur place. Un humain dont la trajectoire personnelle a pris un tournant horriblement tragique, pour lui comme pour toutes ses victimes innocentes, directes ou indirectes.

La populaire série Unité 9 nous en donnait, hier même, un autre puissant exemple, fictif celui-là : comment l’enfant né d’un viol peut se révéler une source d’amour pour beaucoup, et donc comment la lumière peut surgir même des pires conditions de noirceur.

Malgré son désir de « revenir dans le temps et de changer les choses », Alexandre Bissonnette devra vivre avec son geste « à chaque minute de son existence ». Accepter de l’assumer pleinement, ouvertement, devant ses très nombreuses victimes était pour lui la seule chose qu’il pouvait maintenant faire pour mettre un peu de baume et d’humanité sur les plaies vives qu’il a ouvertes.

Non, Alexandre, ton geste n’est pas impardonnable. Et en plaidant coupable, tu as fait le premier pas vers ce pardon. La communauté musulmane du Québec nous en a montré, depuis plus d’un an, le chemin difficile. Nous sommes maintenant invités, nous aussi, à l’accompagner sur ce chemin. Merci de nous en donner l’occasion et l’exemple.

Dominique Boisvert
Scotstown
le 28 mars 2018

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