Édition du 18 septembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Élections 2018

Un plan de transition économique qui heurte les intérêts et le pouvoir de l’oligarchie capitaliste

Depuis le début de la campagne électorale, la question environnementale a été portée uniquement par Québec solidaire. Le silence assourdissant ou les propos superficiels des autres partis s’expliquent. Ils reflètent l’absence de volonté politique sérieuse de faire de cette question un enjeu essentiel. Et c’est sur le fondement de ce choix qu’il importe de réfléchir.

Québec solidaire, un parti différent, un parti de l’alternative

Québec solidaire a placé l’environnement au coeur de ses priorités. Québec solidaire décline son « Plan de transition économique » dans une série de propositions : investissements massifs dans les transports en commun et réduction de 50% du prix du transport en commun, plan de réduction/élimination de l’utilisation des véhicules à combustion interne, proposition de protection des aires marines, transformation des résidus forestiers et agricoles en carburants destinés au secteur industriel, investissement de 30 millions$ par année pour soutenir la conversion des entreprises au biocarburant... Québec solidaire a démontré qu’il prend au sérieux la question environnementale contrairement aux autres partis. Ces partis nous promettent d’y venir, mais ce n’est clairement pas une priorité dans leurs cas. Ils prendront sans doute des postures pour démontrer leur sérieux, mais il n’y a aucune illusion à se faire sur leurs intentions, une fois au pouvoir.

Le noir bilan des partis néolibéraux

Les bons mots de Trudeau envers l’environnement durant la campagne électorale fédérale ont alors semé des espoirs qu’un gouvernement libéral allait, sur ce terrain, rompre avec les pratiques antiécologiques du gouvernement Harper. Tel n’a pas été le cas. Le gouvernement Trudeau n’a pas relevé les cibles de réduction des GES fixés par Harper. Il a soutenu la construction des oléoducs. Il a même poussé le soutien aux pétrolières jusqu’à l’achat du pipeline TransMoutain avec l’argent public.

Le gouvernement de Philippe Couillard a soutenu l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste au Québec. Il a soutenu la construction du pipeline d’Énergie Est et c’est la mobilisation citoyenne qui est parvenue à bloquer sa construction. Aujourd’hui, en période électorale, il se prétend préoccupé par les changements climatiques, mais il essaie de nous fourguer le gaz naturel comme une énergie de transition.

François Legault a soutenu, tout au long de la dernière législature, les projets pétroliers et gaziers. Même durant cette campagne électorale, il défend que l’exploitation pétrolière serait une source d’enrichissement pour le Québec. En termes de réflexions et de propositions concrètes sur la lutte aux changements climatiques, c’est zéro plus une barre.

Le Parti québécois au pouvoir ne s’est pas opposé à l’exploitation pétrolière et gazière au Québec. Il a même financé l’exploitation du pétrole sur Anticosti. Aujourd’hui, il vire au vert, mais au pouvoir, il risque de changer de nouveau de couleur… Faire confiance à une telle formation politique en ce qui concerne l’environnement, c’est courir après les mauvaises surprises et les déceptions à répétition.

La réalité du basculement climatique

Les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), à de nombreuses reprises, nous ont avertis que sans une réduction majeure des émissions de gaz à effet de serre, les conditions de vie sur la planète seraient profondément bouleversées. Aujourd’hui, les canicules, les sécheresses, les inondations et les incendies de forêt, l’effondrement de la biodiversité, la montée du niveau des océans, les pollutions de toutes sortes montrent que le processus de basculement climatique est déjà en cours. Nous sommes appelés à vivre dans une planète surchauffée qui aura de plus en plus de difficultés à nourrir sa population.

La semaine dernière, 200 artistes affirmaient dans une lettre au journal Le Monde que « toute action politique qui ne ferait pas de la lutte contre le cataclysme sa priorité concrète ne serait pas crédible » [1]. Et pourtant, l’oligarchie dominante et la classe politique à son service procrastinent et refusent de s’attaquer sérieusement au problème. Les engagements manifestées par les gouvernements au moment de l’accord de Paris sur les changements climatiques n’étaient pas en mesure d’empêcher un réchauffement de la planète de moins de 2 degrés. Et ces objectifs insuffisants de réduction des gaz de serre ne sont même pas atteints. Comme le déclarait le ministre de l’Écologie du gouvernement Macron lors de sa démission, le pouvoir politique refuse d’agir fermement et immédiatement.

C’est bien cette triste réalité de l’irresponsabilité des partis néolibéraux qui s’invite dans la campagne électorale. Ces politicien-ne-s gardent les yeux rivés sur les sondages qui nous disent que la question environnementale n’est une priorité que pour une minorité de la population. Leur seule préoccupation c’est de courtiser des segments du corps électoral pour leur permettre d’engranger des votes. Les engagements sur la lutte aux changements climatiques, eux, ne sont pas au rendez-vous et ces engagements ne sont surtout pas à la hauteur du caractère dramatique de la situation.

Les fondements de la dénégation de l’urgence du problème [2]

Il faut bien constater, que ce soit Trump, Macron, Trudeau, Couillard ou Legault, les connaissances scientifiques de la réalité du basculement climatique et la répétition effective des catastrophes de tout genre n’ont, jusqu’à maintenant, qu’ une incidence marginale sur l’orientation des politiques défendues par ses représentants de la classe capitaliste. Leur principale préoccupation est de continuer à exploiter les ressources le plus longtemps possibles afin d’en tirer le maximum de profits. Ils n’envisagent des investissements verts que dans les secteurs où il sera possible d’élargir les débouchés tout en évitant la dévalorisation des énormes capitaux investis dans les énergies fossiles et le complexe autopétrole. Reproduire sur de nouvelles bases technologiques l’énorme parc automobile peut être envisagé, pour autant, que cela fasse à un rythme qui protège leur capitalisation actuelle dans les énergies fossiles tout en leur permettant d’élargir leurs marchés et leurs profits.
Pour les capitalistes, il ne s’agit pas de satisfaire aux besoins, mais de soutenir le désir d’acheter en permanence et l’accroissement continu des achats. « Que des écologistes persistent encore aujourd’hui à concevoir leur projet hors d’une alternative au capitalisme indique une régression vers une écologie apolitique qui conçoit la sauvegarde de la nature comme une fin en soi, indépendante du système social. »  [3] La classe capitaliste et ses lieutenants politiques a le pouvoir d’imposer le primat des ses intérêts aux dépens de la majorité de la société, et au mépris des processus catastrophiques qui sont en cours et ils exercent ce pouvoir. Les années récentes devraient nous l’avoir enseigné. Il n’y aura aucune possibilité de faire face aux basculements climatiques et à ses conséquences sans que soit aboli ce pouvoir exorbitant dévolu aux gestionnaires de capitaux.

Des partis politiques liés à l’oligarchie se conduisent en écocidaires irresponsables

À regarder les partis politiques au Québec, au Canada et aux États-Unis, nous sommes gouvernés par des partis politiques bien décidés à ne rien changer radicalement du système qui nous a menés au désastre. Si les choix des productions des moyens de transport, des industries énergétiques, et plus largement des modes de production et de consommation ne sont pas le fait de la majorité populaire, mais d’une minorité de profiteurs, il n’est pas vrai que l’on pourra assurer une véritable transition économique et écologique. La démocratie économique est nécessaire à une planification écologique et démocratique. Et cette démocratie économique ne peut faire l’impasse sur la nécessaire propriété sociale des grands moyens de production (des secteurs stratégiques).

Des élections où l’oligarchie mène encore le jeu !

Les élections que nous vivons relèvent pour une bonne part d’une politique spectacle marquée par les coups bas et la démagogie pour faire trébucher l’adversaire, par des engagements conçus sur mesure pour des segments précis de la population dans une logique globalement clientéliste, et par la marginalisation des débats sur les enjeux les plus essentiels. Ces élections risquent de sélectionner un gouvernement composé d’incompétents, d’orgueilleux voués à la défense des affairistes qui leur sont proches.

Mais, ce moment électoral, permet aussi, pour un parti de gauche, de présenter largement, à la population du Québec, des choix alternatifs, et à les faire partager au plus grand nombre possible. C’est ce que fait Québec solidaire. Ce travail d’éducation écologiste et politique mérite un soutien militant et actif. Ce travail est d’autant plus important, qu’il va permettre de faire élire des député-e-s qui pourront continuer de porter ce discours dans le cadre de l’Assemblée nationale.

Plus important encore, et c’est aussi le travail d’un parti de gauche, cette campagne peut être un moment permettant l’élargissement du soutien aux luttes écologiques qui, au jour, le jour, s’opposent aux choix antisociaux et anti-écologiques des grands capitalistes qui ravagent sans vergogne la planète. Et les victoires que ces luttes ont permis d’engranger sont le fondement le plus solide de la poursuite d’une bataille essentielle pour en finir avec le pouvoir irresponsable de la classe dominante qui est prête au nom de la défense de ses intérêts les plus immédiats, à nous livrer aux plus grands périls.


[1Le monde, du 3 septembre 2018

[2Ce passage s’inspire de « La régression économique et écologique », chapitre 3, de La Grande régression, de Jacques Généreux, Seuil, 2010

[3Ibid. p. 151

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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