Édition du 18 avril 2017

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Le blogue de Pierre Beaudet

Un triste anniversaire

En 1867, les élites anglo-canadiennes et leurs subalternes franco-canadiens ont collaboré avec la monarchie britannique pour créer un nouvel État. Ottawa veut qu’on célèbre ce triste anniversaire de la confédération. Les médias sont évidemment dans le coup. Comme l’histoire a été pratiquement sortie des écoles, la population ne sait pas trop de quoi cela retourne. Sauf qu’on se méfie :il doit y avoir anguille sous roche !

Alors d’où vient ce Canada qu’on nous dit de célébrer ?

En 1837-38, 50 ans après la conquête du territoire par l’armée britannique, une vaste révolution démocratique prend forme au « Bas-Canada ». Sous l’égide des Patriotes, plus du quart de la population participe aux mobilisations. Les Patriotes recueillent 80 % des votes aux élections pour l’assemblée législative. Au départ, les revendications sont modestes : un gouvernement « responsable », qui a son mot à dire dans la conduite des affaires publiques et du budget, alors que tout est décidé par le gouverneur. Le temps passant, les Patriotes se rendent compte que le régime colonial ne veut rien savoir.

Le projet devient alors républicain et indépendantiste. Fait à noter, les Patriotes ne sont pas un parti « ethnique », puisqu’un grand nombre d’Irlandais en font partie, comme Robert Nelson, le rédacteur de la déclaration d’indépendance. En plus, ils sont alliés aux républicains du Haut Canada (l’Ontario d’aujourd’hui) qui veulent également en finir avec le pouvoir colonial. D’autre part, les Patriotes demandent des droits égaux pour les autochtones. Fait à noter enfin, les Patriotes sont appuyés par les syndicats en Angleterre qui estiment que le pouvoir des capitalistes anglais repose en grande partie sur l’exploitation des colonies.

Sous la provocation de l’Angleterre, une lutte armée est déclenchée prématurément par les Patriotes, d’où leur défaite (ils croyaient naïvement que les États-Unis leur viendraient en aide). Par la suite, pour plusieurs longues années, une grande vague de répression disloque le mouvement. Entre-temps, les colonialistes se réorganisent et imposent l’unification du Haut et du Bas Canada.

L’Angleterre et ses amis les capitalistes anglo-canadiens sont déterminés à imposer une structure centralisatrice pour parachever leur contrôle du territoire et exploiter ses riches ressources. Ils sont assez réalistes pour savoir qu’il faut faire attention aux canadiens-français (qu’on appelle aussi les « canayens »), quitte à leur accorder des pouvoirs résiduels dans le cadre de provinces dépourvues et assujetties.

Des discussions sont entamées avec des ex patriotes qui ont décidé de collaborer avec le pouvoir, comme Louis-Hippolyte Lafontaine. Ces collabos sont bien appuyés par l’Église catholique (qui avait condamné la rébellion). Le Canada est alors « fondé » sous la gouverne de deux politiciens corrompus, John A. Macdonald et Wilfrid Laurier. La population n’est même pas consultée.

Le nouvel État promet de respecter les droits linguistiques de la « minorité » canadienne-française (c’est comme cela que nous sommes nommés), mais il s’efforce d’anéantir les communautés francophones en dehors du Québec (interdiction des écoles françaises). Surtout, il détruit la nation métisse franco-autochtone et assassine son leader Louis Riel (1885). Dès son avènement, le pouvoir fédéral est blanc, anglo et raciste.

Avec un peu d’objectivité, on comprend alors que cette « célébration » n’est pas la nôtre. Ce n’est certainement pas le cas pour les Premières nations. J’ai même des doutes du côté des Canadiens-anglais qui, dans leur majorité, vivent dans une pseudo-démocratie où les leviers du pouvoir appartiennent depuis 150 ans à une très petite élite.

À quand la prochaine révolution démocratique ?

PS. Du 17 au 19 août prochain, les Nouveaux Cahiers du socialisme organisent une série de discussions sur l’État canadien et son triste anniversaire, de même que sur les résistances qui le confrontent. Il ne faut pas manquer cela.

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