Édition du 17 octobre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Blogues

Le blogue de Pierre Beaudet

Vimy - La célébration d’un carnage

Justin Trudeau a décidé de « célébrer » la bataille de Vimy qui a mené au carnage que l’on sait le 9 avril 1917. Plus de 60 000 soldats sont morts dans cet affrontement futile, dont 3 600 Canadiens et Québécois. En fait, tout le monde ou à peu près avait oublié cela, jusqu’à temps que Stephen Harper, qui cherchait à mousser sa vision militarisée du monde au moment où il était au pouvoir, en fasse état. En continuant dans ce sillon, Trudeau, comme sur tant d’autres dossiers, démontre la continuité entre son gouvernement et les néoconservateurs qui nous avaient menés vers les aventures guerrières pendant une décennie.

Au moment de la Première Guerre mondiale, les divers pays impérialistes, Angleterre et Allemagne en tête, avec la France, la Russie, les États-Unis et d’autres, s’affrontent. C’est un effroyable bain de sang. Des millions de victimes, civiles et militaires et des pays ravagés, tout cela sur le dos des peuples. Dans les tranchées, dans les villes et les villages, la révolte gronde. Se faire tuer pour des empereurs et des riches, non merci !

Dans plusieurs villes du Québec, on sort dans les rues. L’armée tire dans le tas à Québec, faisant plusieurs morts et blessés. Rompant ses promesses, le gouvernement conservateur impose la conscription obligatoire. La grande majorité de la population québécoise refuse ce virage, ce qui en fait un acte fondateur de la lutte d’émancipation contemporaine.

En Europe, les soldats abandonnent les champs de batailles, surtout en Russie et plus tard en Allemagne, en France et ailleurs. On châtie les déserteurs, en exécutant des centaines. Mais en Russie, trop c’est trop. En février 1917, des centaines de milliers de femmes font la grève, à la fois pour célébrer le 8 mars, à la fois pour demander le pain et la paix. Les soldats refusent de tirer et le régime s’écroule et dès lors, la révolution européenne éclate. Peu de temps après, les militaristes allemands sont renversés, ce qui est la véritable cause de l’arrêt des combats, plutôt que l’interminable guerre que les impérialistes voudraient bien continuer.

En fin de compte à Vimy, les soldats canadiens sont morts dans une sinistre foire d’empoigne. Pendant que les combats font rage en Europe, l’armée anglaise tire sur des manifestants non-armés en Inde, faisant des centaines de victimes. L’impérialisme britannique, pour conforter son empire africain, réprime tout ce qui bouge au Kenya, au Ghana et en Afrique du Sud où des milliers de zoulous et d’autres peuples qui réclament la fin du colonialisme sont tués comme des bêtes.

La France coloniale entre-temps s’empêtre au Maroc et en Algérie : massacres de populations sans fin, mépris, racisme. C’est aussi ce que fait le roi belge, bien connu pour avoir causé un génocide au Congo, suivant le chemin que l’Allemagne impériale avait fait en Namibie (1 million de morts).

En participant à cette guerre impérialiste, l’État canadien voulait faire plusieurs choses en même temps :

- Continuer dans son rôle supplétif de l’Empire britannique, sachant qu’il devait respecter les termes de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique (ce qu’on commémore, faussement, comme l’acte de naissance du Canada).

- Faire accepter par la population canadienne, de gré ou de force, que le Canada allait maintenant s’impliquer directement, sous son propre drapeau dans les guerres impérialistes. Ce qui impliquait de créer quelques « mythes héroïques », la plupart du temps totalement faussés (comme la bataille de Vimy qui fut, militairement parlant, inutile).

En vérité, l’État canadien est né dans la boue et dans le sang, celui des Patriotes, celui de Louis Riel, celui des peuples opprimés par l’Empire britannique dont l’État canadien était un allié-subalterne, avant de se transformer (après la Deuxième Guerre mondiale) en larbin des États-Unis.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Sur le même thème : Blogues

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...