Édition du 15 janvier 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le mouvement des femmes dans le monde

Violences institutionnelles contre les femmes

La République Fédérale d’Autriche a aujourd’hui cent ans, si on compte aussi les cinq années « austro-fascistes » sous Dollfuss (1933-1938) et les sept années d’annexion par l’Allemagne hitlérienne (1938-1945). Depuis un an, le pays est gouverné par une coalition entre l’ÖVP (Parti Populaire Autrichien, droite classique) et le FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs, extrême-droite).

Des élections parlementaires d’octobre 2017 l’ÖVP (chrétiens démocrates) est ressorti comme parti le plus fort avec 62 sièges sur 183. Pour pouvoir gouverner, Sebastian Kurz, le leader de l’ÖVP devenu chancelier (Premier Ministre), a formé une coalition avec les 51 députés du FPÖ. Vice-chancelier est le président du FPÖ Heinz-Christian Strache ; son parti a obtenu en tout six ministères, dont ceux de l’Intérieur, de la Défense, des affaires étrangère ainsi que le Ministère du Social (travail, santé, assurances sociales et protection des consommateurs). et le Ministère Femmes-Famille-Jeunesse.

Sebastian Kurz déclare qu’il veut rendre l’économie autrichienne compétitive et se précipite dans des réformes néolibérales : sans consulter ni les syndicats ni même les représentant-e-s patronaux-ales, il a fait voter le 5 juillet 2018 au parlement la Loi sur la flexibilisation et l’allongement de la journée de travail. En vigueur depuis le 1er septembre dernier, elle permet à l’employeur-e d’imposer au personnel jusqu’à douze (!) heures de travail par jour et jusqu’à 60 heures par semaine.

Beate Hartinger-Klein, la ministre du social n’a rien eu à redire contre l’allongement du temps de travail, dont elle salue l’effet d’« assainissement » de l’économie, au nom duquel elle promet de économiser de son côté 500 millions d’euros de dépenses pour l’assurance maladie-accidents, et ceci tout en baissant la participation patronale.

En bonne logique, l’extension des heures de travail des parents devrait être accompagnée d’un élargissement des heures d’accueil des structures de garde des enfants, ce qui impliquerait la création de places supplémentaires. Or, c’est le contraire qui se passe  : des garderies sont supprimées, et d’autres deviennent payantes. Le gouvernement fédéral entend réduire ses dépenses pour ce poste et tente à les faire supporter aux Länder. Aussi assistons-nous depuis des mois à une guérilla entre Vienne et les services régionaux à ce sujet, dont les parents font les frais.

Des modifications importantes sont déjà appliquées aux pratiques de l’assurance-chômage, d’autres sont à l’étude. On limite la durée et l’étendue des prestations financières, et leur montant est diminué si le ou la bénéficiaire est déjà aidé-e par une subvention publique. L’accès aux stages ou cours de réinsertion devient de plus en plus sélectif  ; la tendance est de les réserver aux candidat-e-s ayant des chances de retrouver un travail, ce qui n’est que rarement le cas des femmes mariées, qui ont les charges domestiques et éducatives. Celles qui élèvent seules leurs enfants n’ont aucune chance d’en bénéficier.

Beat Hartinger-Klein n’est pas seule à s’engager pour « l’assainissement  ». Elle est aidée par sa collègue du ÖVP Juliana Bogner-Strauss, la chef du Ministère Femmes-Famille-Jeunesse depuis que Sebastian Kurz l’a débauchée de l’université où elle était enseignante et chercheuse en biologie moléculaire. Elle tente de justifier les coupes budgétaires décidées par sa collègue du Social en soutenant qu’il incombe aux parents d’assumer la garde de leurs enfants et en mettant en question l’existence de structures publiques de prise en charge des petits. Dans son propre ministère, Juliana Bogner réduit aussi le budget avec des coupes qui se traduiront par la fermeture de plusieurs centres de conseil et d’information pour femmes. Une autre victime de ces coupes sera le programme de prévention et de gestion de la violence sexuelle, qui existe depuis une dizaine d’années en Autriche et constitue une source d’inspiration pour d’autres pays, car ce programme ne se limite pas à éloigner l’auteur de la violence physique et d’héberger la victime, mais se propose de détecter les raisons du dysfonctionnement familial et d’y porter remède.

Nous sommes bien loin de 1918, quand l’Autriche fut un des premiers pays européens à avoir accordé le droit de vote et d’éligibilité aux femmes.****

Anna Spillmann
le 12 décembre 2018

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