Édition du 11 décembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Point de mire du 8 mai 2018

« Mal nommer les choses, c’est ajouter à la misère du monde ». (Albert Camus)

Dans ces points de mire, Presse-toi à gauche présente synthétiquement des éléments d’analyses d’articles publiés dans l’édition de la semaine et explicite ses partis-pris sur les points d’actualité et les débats en cours. Points de mire, pour bien marquer où nous voulons en venir !

Québec solidaire
 
La décision d’Amir Khadir de ne pas être candidat à la prochaine élection générale nous amène à revoir le chemin parcouru au cours de 10-12 dernières années dans la construction d’un véhicule politique pour la gauche québécoise. René Charest y contribue tout comme Pierre Mouterde. Le premier rappelle son implication dans la campagne qui a mené à l’élection du premier député solidaire en 2008 et comment Amir a joué un rôle important dans cette période de sa vie. Quant à Pierre Mouterde, il y voit « le passage de bâton entre une génération et une autre, expression de ce nécessaire renouvellement dont tout parti doit faire preuve s’il veut rester... vivant ».
 
Quant au débat sur la réforme des institutions de la gouvernance parlementaire quii se pointe à l’horizon du prochain Conseil national de Québec solidaire, Bernard Rioux souligne que la tâche principale du parti de gauche doit être d’expliquer les limites de la démocratie actuelle, de lutter contre l’abstention lors des échéances électorales et pour un mode de scrutin réellement représentatif des sensibilités et des groupes d’opinion. Il rappelle l’importance de la représentativité des classes populaires dans les institutions, non pas de réformes cosmétiques des institutions actuelles mais de leur dépassement vers une démocratie authentique de délibération collective, du principe de révocabilité qui permet de « contrôler » les élu-e-s qui ont trop souvent tendance à s’écarter de leurs mandats.
 
Canada, un État pétrolier
 
La mobilisation autour du pipeline Kinder Morgan est toujours en attente de l’occasion de confronter Justin Trudeau. Les libéraux doivent déposer un projet de loi qui bulldozera l’opposition et laissera le champ libre à ce projet honni de la majorité en Colombie-Britannique mais qui est au coeur des projets de l’élite économique.Il faut demeurer vigilants et à l’affût d’un appel du Front commun pour une transition énergétique.
 
Gerard Di Trolio analyse la situation dans laquelle le projet Kinder Morgan a plongé le NPD. Le NPD de l’Alberta défend le projet alors que le NPD de la Colombie-Britannique au pouvoir grâce à son alliance avec les Verts, s’oppose au pipeline. Le NPD canadien tente de ménager la chèvre et le choux mais maintient son appui à la filière pétrolière. « L’approfondissement de la crise de la social-démocratie canadienne pointe à l’horizon » avertit l’auteur.
 
Environnement, les écologistes interviendront dans la campagne électorale qui vient
 
Les écologistes québecois lancent la campagne « Vire au vert ». Question de mettre de l’avant les enjeux environnementaux lors de la prochaine campagne électorale au Québec, les groupes présentent leurs 23 priorités et veulent des engagements fermes de la part des partis politiques. Ils souhaitent mobiliser la population afin de mettre de la pression sur les élu-e-s du scrutin du 1er octobre prochain afin d’aller « au-delà des petits pas ». Louise Morand rappelle quant à elle que la priorité est à l’élimination des gaz à effet de serre. Que nous sommes au chevet d’un malade qui n’a que 5% des chances de guérir et que les deux principaux partis PLQ et CAQ (personnellement j’ajouterais le PQ qui, en matière d’énergie fossiles, n’a pas de leçons à donner à personne) en liste pour le prochain scrutin sont en faveur de l’exploitation des énergies fossiles et nous avons devant nous un énorme défi.
 
Québec, quelle orientation contre la mondialisation capitaliste
 
Une longue liste de militant-e-s ont lancé le « Manifeste pour la démondialisation » la semaine dernière. Ce manifeste un appel à reconquérir la souveraineté des peuples et à construire un nouvel ordre politique et économique. Bernard Rioux mentionne toutefois les limites de cet appel. Parler de mondialisation sans mettre en contexte le capitalisme comme trame de fonds de cette mondialisation ni même le mentionner, c’est d’une timidité qui frôle l’aveuglement volontaire. Ce n’est pas que la « mondialisation » qui est responsable de la dépossession des classes populaires, du peu de démocratie sur laquelle elles peuvent s’appuyer pour contester l’ordre établi mais bien des personnes en chair et en os, membres de la classe capitaliste dans le cadre d’Etats nationaux. Un projet de repli dans le cadre national n’enrayera pas la crise de civilisation, que « le monde a besoin d’un nouvel universalisme mettant tous les humains à égalité, un sens profond de l’altermondialisme pour arriver au partage juste des richesses planétaires. »
 
Labor Notes, l’importance de construire un syndicalisme par le bas
 
Importante rencontre pour la gauche américaine, Labor Notes () tenait sa rencontre annuelle du 6 au 8 avril derniers. La plupart des organisations syndicales des Etats-Unis y sont présentes ainsi que plusieurs militant-e-s de l’étranger dont une délégation canadienne et québécoise. Rappelant l’objectif de la rencontre de favoriser la construction d’un « syndicalisme par le bas », l’auteur montre comment cette organisation favorise l’appropriation du syndicalisme par la base militante. Il invite à réfléchir suer la pertinence de mettre sur pied une telle organisation au Québec afin de favoriser la recomposition d’un mouvement syndical démocratique et combatif.

Sur la scène internationale

Pour la situation internationale, nous mettons l’accent cette semaine sur des articles qui nous proposent des analyses plus globales et sur d’autres plus anecdotiques mais qui portent à réflexion malgré leur propos des plus concrets.

Nous commençons par un texte portant sur l’Asie du sud. C’est le résumé d’un atelier du CADTM (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes) tenu dernièrement au Sri Lanka. Asie du Sud : L’article commence par situer un peu historiquement la situation politique au Sri Lanka. Il aborde ensuite l’état actuel de l’économie srilankaise : « À hauteur de 7 000 milliards de roupies (47 milliards de dollars US), la dette publique totale du pays représente désormais 81,6 % du PIB , le forçant à consacrer la majeure partie de ses revenus au service de la dette. La dette publique externe représente 36 % du PIB, dont près de deux tiers sont des parts multilatérale et bilatérale. En prenant en compte la dette externe privée (due principalement par des entreprises privées), la dette externe totale représente 57 % du PIB. »

Inutile de vous dire que le Sri Lanka est sous pression pour appliquer les politiques d’ajustements structuraux. C’est pourquoi, il tente de développer de nouvelles stratégies financières. Il cherche du crédit du côté de la Chine et de la Russie. Et c’est là que l’article prend toute son importance. À partir de la situation srilankaise, nous avons droit à toute une description des manœuvres chinoises pour devenir le premier banquier de l’Asie.

L’autre article de fonds porte sur la crise économique imminente en Chine.
Commencé comme une description de voyage, le texte aborde les contradictions propres à l’économie chinoise. Et nous place le tout dans l’historique des dernières crises financières. « La crise financière est en train de s’inscrire dans le paysage mondial. Rappelons que l’acte 1 intervient en août 2007 avec comme déclencheur la crise de subprime et commence aux Etats-Unis, l’acte 2 touche l’Europe avec la crise de l’euro et la spéculation contre les dettes publiques de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal, l’acte 3 touche la Chine avec les chutes de Bourses surtout celle de Shanghai, un élargissement géographique continuel. Cet acte 3 n’est pas terminé. La crise a été reportée par l’intervention de toutes les banques centrales mais les doses ne peuvent plus être augmentées sinon c’est l’overdose. »

Autre thématique retenue pour la situation mondiale la répression policière. D’abord un coursarticle sur la situation française. L’auteure nous fait simplement un listing des événements répressifs en France au cours des derniers mois. C’est impressionnant. Elle conclut en ces termes : « Ce processus dépend d’un système qui vise la banalisation des opérations militaires et policières (sécuritaires), la tolérance de l’idée de « menace à l’intégrité nationale », l’invisibilité/impunité des crimes xénophobes, sexistes et homophobes, l’instauration de la peur comme mode de pensée. Il recherche l’éradication de la contestation en instituant la force, comme seule relation sociale possible. »

Suit un texte sur la répression en Israël. À la première lecture, l’écrit semble assez anecdotique. Mais à la réflexion, il montre tout le caractère pernicieux de la répression au jour le jour et ce, depuis des années.. C’est d’abord l’histoire d’une famille déchirée par l’expulsion de la mère vers Gaza après 17 ans à Jérusalem. Ce sont les difficultés pour la famille de survivre à cela. Vasim n’a rendu visite à sa femme qu’une seule fois depuis son expulsion. C’est compliqué pour lui de passer le contrôle de Qalandiyah, dit-il. Ce qui est illégal, déclare-t-il, c’est de déchirer une famille après 17 ans. « Je suis de Jésrusalem », dit-il. « Je suis né ici. Ma famille et mes amis sont ici. Mes enfants sont nés ici. L’école des enfants est ici. Leur clinique est ici. Ma vie entière s’est faite ici. C’est comme un poisson dans l’eau : si vous le sortez de l’eau, il mourra. »

Et puis, on trouve dans nos pages une série de débats et de thèmes revenant sur l’histoire des luttes pour l’émancipation.

Mentionnons tout le dossier historique sur le bicentenaire de la naissance de Karl Marx et sur mai 68. C’est sûr que la situation de mobilisation en France suscite bien des questionnements et le retour aux manifestations de mai 68 peut devenir important en termes de bilans à tirer. Daniel Bensaïd nous parle de l’importance de la construction du parti politique pour la gauche politique, ceux de Ernest Mandel et Pierre Mouterde tentent de tirer des leçons de ces expériences historiques.

Et enfin un tout petit article. Arrêtez de me demander « Mais que faites-vous des hommes… ? ». Il porte sur la symétrisation des questions d’oppressions des femmes et des hommes. L’auteure prend deux exemples, le taux de suicide des hommes, le mouvement november et le cancer de la prostate pour montrer que les réactions face aux spécificités des hommes sont différentes que celles face aux femmes qui parlent de leur situation à elles. « Je ressens ces jours-ci de plus en plus de colère face aux Mais que faites-vous des hommes… ? que me lancent tous ceux qui tentent de changer le sujet chaque fois que j’écris que je parle des femmes ou des filles. » Elle arrive à une conclusion un peu choc mais en même temps si vraie : « Nous n’avons pas besoin de placer les hommes au centre de toutes les conversations que nous avons. Les femmes et les filles sont des entités valides, indépendantes des hommes. Nous devons arriver à un point où nous pouvons parler des problèmes des femmes et obtenir le même niveau de respect lorsque nous parlons des problèmes des hommes. D’ici là, vos « Mais que faites-vous de… » ne sont pas les bienvenus. »

Bonne lecture

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