Édition du 11 décembre 2018

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Afrique

Mohammed ben Salmane est plus ou moins le bienvenu au Maghreb

Le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed ben Salmane, est attendu en Tunisie le mardi 27 novembre dans le cadre d’une tournée dans les pays arabes, avec en toile de fond l’affaire de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. Une initiative qui n’est pas du goût de tout le monde.

Tiré de Courrier international.

Le futur roi d’Arabie Saoudite, Mohammed ben Salmane (MBS), critiqué en Europe et en Amérique du Nord et défendu par le président américain Donald Trump, a commencé sa tournée [le 22 novembre] par les Émirats arabes unis, principal allié de Riyad parmi les États arabes du Golfe. Les deux pays, qui qualifient leurs relations d’historiques, mènent ensemble des opérations militaires au Yémen et coordonnent leurs actions militaro-politiques en Syrie et en Libye.

Après Abou Dhabi, MBS s’est rendu à Bahreïn [le 25 novembre] et en Égypte [le 26 novembre]. Il est attendu en Tunisie [le 27 novembre], en Algérie (https://www.tsa-algerie.com/pourquoi-le-prince-heritier-saoudien-mbs-vient-en-algerie/) [visite annoncée pour le 6 décembre] et en Mauritanie [à noter que le Maroc n’est pas inclus dans cette tournée]. Il va également se rendre en Argentine pour assister au 13e sommet du G20, prévu les 30 novembre et 1er décembre prochains. À Buenos Aires, MBS doit rencontrer le président turc Recep Tayyip Erdogan pour la première fois depuis l’éclatement de l’affaire Khashoggi.

S’assurer de l’appui arabe

La tournée arabe de MBS suscite un vif débat dans les médias et sur les réseaux sociaux au Maghreb et au Moyen-Orient. Il y a, d’abord, les experts qui estiment que le prince héritier saoudien a besoin de “s’initier” au travail diplomatique avant son installation sur le trône et de s’assurer de l’appui arabe face aux nombreuses critiques internationales après l’assassinat, dans des conditions horribles, du chroniqueur du Washington Post au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul, le 2 octobre dernier.

Mis à part Abou Dhabi, Manama, Le Caire et Nouakchott, les autres capitales arabes se sont montrées prudentes sur la question. Alger n’a pas réagi [jusqu’au 25 novembre] à l’affaire Khashoggi. Tunis a timidement condamné l’assassinat du journaliste. “L’affaire ne doit pas constituer une occasion pour déstabiliser le royaume”, a nuancé Khemaies Jhinaoui, ministre tunisien des Affaires étrangères.

Nouakchott a clairement pris position en faveur de Riyad en dénonçant “la campagne d’allégations fallacieuses qui ne sert ni la transparence de l’enquête ni sa crédibilité”. Nouakchott s’est dit également confiant en la justice saoudienne, en sa capacité et en sa volonté de “parvenir à dévoiler toutes les circonstances qui ont entouré l’incident”. La Mauritanie a également soutenu l’Arabie Saoudite dans sa campagne contre le Qatar, en juin 2017. [Toutefois, le chef du parti Rafah, de la majorité présidentielle, ainsi que des internautes et blogueurs ont dénoncé cette visite et ont appelé à la boycotter.]

“Véritable ennemi” de la liberté d’expression

En Tunisie, cinquante avocats menés par Nizar Boujelal ont déposé plainte, à la demande d’un groupe de journalistes et de blogueurs, pour empêcher la visite du prince héritier saoudien, prévue mardi 27 novembre. “Nous voulons savoir pourquoi Khashoggi a été tué”, a déclaré le journaliste Khalil Hanachi à la chaîne qatarie Al-Jazira. Le syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a saisi, par lettre, le président Béji Caïd Essebsi pour lui exprimer son refus de la venue de MBS en Tunisie. Le SNJT a qualifié le prince héritier de “véritable ennemi” de la liberté d’expression. Un rassemblement de protestation est prévu devant le palais de Carthage [le mardi 27 novembre] pour dénoncer une visite considérée comme “une provocation” (certains ont rappelé que l’Arabie Saoudite héberge toujours l’ex-dictateur tunisien Zine Al-Abidine Ben Ali).

“Mohammed ben Salmane va visiter la Tunisie le 27 novembre, et il est le bienvenu, comme tous les frères arabes”, a réagi Noureddine Ben Neticha, conseiller du président tunisien Béji Caïd Essebsi.

En Algérie, des voix se lèvent pour dire non à cette visite. Le président du MSP [Mouvement de la société pour la paix, islamiste et allié au pouvoir], Abderrazak Makri, a jugé que “les conditions actuelles ne permett[aient] pas de recevoir le prince héritier Mohammed ben Salmane. Il est responsable de la mort de beaucoup d’enfants au Yémen, de prédicateurs et d’intellectuels et de l’assassinat, à la façon de Daech, du journaliste Jamal Khashoggi”, a déclaré M. Makri, ce samedi 24 novembre. “Il veut faire de l’Algérie une république bananière”, a-t-il dénoncé, et les Algériens “disent non”.

L’implication de l’Arabie Saoudite dans la guerre au Yémen

Une pétition a été lancée sur Internet pour s’opposer à la venue de MBS. “L’héritier le plus en vue du trône, pour être le futur gardien des lieux saints de l’islam, a montré un visage de réformiste. Mais il est poursuivi d’une ombre fallacieuse. Elle est encore indéchiffrable, car il est jeune et des faits récents en disent long sur les méthodes criminelles de son pays. À cause des nombreuses victimes qui, comme nos frères du Yémen, doivent ressentir notre solidarité d’Algériens dignes à leur vulnérabilité”, est-il écrit dans cette pétition contre la venue de MBS qui a déjà récolté plus de 1 800 signatures.

Sur Facebook et Twitter, de nombreux internautes ont rappelé l’implication de l’Arabie Saoudite dans la guerre au Yémen, “livrée à la famine et aux maladies”, et en Syrie. La retentissante affaire Khashoggi n’a pas échappé aux internautes algériens, qui ont publié des photomontages montrant MBS dans la position d’un tueur muni d’une scie mécanique, sous l’appellation parodique d’“Abou Minchar” [“Abou scie”].

MBS susceptible d’être arrêté en Argentine ?

En revanche, un hashtag en arabe a été lancé pour contrer cette campagne : “Bienvenue au prince héritier saoudien dans son deuxième pays”. Un texte accompagne le hashtag pour dire que les Algériens qui sont hostiles à la visite de MBS sont “les moutons d’El-Bana” [Hassan El-Bana, fondateur du mouvement des Frères Musulmans en Égypte, combattu par le royaume saoudien] et d’“El-Khenzira” [“la cochonne”, pour désigner la chaîne satellitaire qatarie Al-Jazira]. L’universitaire Abdelali Rezagui a confié à Al-Jazira que MBS souhaite que l’Algérie serve d’“intermédiaire” entre lui et la France et entre lui et l’Afrique pour “améliorer son image auprès des opinions” après l’affaire Khashoggi.

En Égypte, des blogueurs ont lancé, pour leur part, la campagne contre “The Killer” (“le tueur”) pour dénoncer la seconde visite du prince héritier saoudien à leur pays (la première était en mars 2018) qualifiée de “honteuse”. Le journal britannique The Guardian a souligné que MBS pourrait être mis aux arrêts en Argentine en cas de dépôt de plainte contre lui pour “le meurtre de Jamal Khashoggi” quelque part dans le monde, selon le principe de “justice universelle”. L’ONG Human Rights Watch a rappelé que le prince héritier n’a pas d’immunité puisqu’il n’est pas encore chef d’État, il n’est donc pas couvert par les conventions internationales.

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