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    Jonathan Vallée-Payette

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    Une autre éducation est possible

    Le rôle de Québec solidaire

    lundi 19 novembre 2007, par Jonathan Vallée-Payette

    Le droit à une éducation accessible et de qualité est assailli par les tenants de « l’économie du savoir » pour qui il est avant tout nécessaire de faire fructifier son capital humain plutôt que d’acquérir des connaissances dans une perspective d’amélioration du vivre-ensemble. La connaissance y est ainsi perçue comme une marchandise dont l’emballage transigé sur les cours des marchés est composé des brevets et des lois sur la propriété intellectuelle. Face à cette tendance inhérente au système économique en place, quelle attitude devons-nous adopter, nous qui osons croire en cet autre monde possible ?

    Voilà quelques années, l’économiste Riccardo Petrella a publié un texte fort pertinent intitulé L’Éducation, victime de cinq pièges dans lequel il s’emploie à démystifier l’emprise du système néolibéral sur l’éducation. De tous les pièges, le premier est le plus important, celui dont sont justement tributaires tous les autres : « l’éducation pour la ressource humaine, prenant le pas sur l’éducation pour et par la personne humaine » [1] . Les grandes corporations et même une bonne partie des PME ont maintenant ces « Département des ressources humaines ». Les étudiantEs sont perçuEs comme des clientEs qui jouissent de services en achetant littéralement leurs cours. Le « package deal » est ainsi assuré, chaque programme étant coté selon ce qu’il rapporte au point de vue financier et selon le degré de flexibilité des étudiants-entrepreneurs. L’étudiantE est une indice, une cote sur les marchés : plus il rapporte, plus il est flexible, meilleur sera jugé le programme dans lequel il a étudié. Le contribuable (financier) prend le pas sur le citoyen. Le contribuable n’est pas un acteur politique. Le citoyen, si.

    La proposition de l’ADQ d’abolir les Commission scolaires, certes imparfaites, et à « enrichir les responsabilités des conseils d’établissement pour en faire de véritables conseils d’administration » [2] va dans le même sens. Et nous voilà aux prises avec un dégel des frais de scolarité (insidieusement appelés « droits » de scolarité ) qui s’inscrit dans cette vision marchande de l’éducation.

    Plus loin dans son texte, Petrella écrit : « Je pense […] que le point de départ pour une « autre » éducation est de donner au système éducatif l’objectif prioritaire d’apprendre à savoir dire bonjour à l’autre ». Et il explique : « Dire bonjour à l’autre, c’est aussi apprendre la démocratie et à vivre la démocratie » car ce geste reconnaît l’autre. « Dire bonjour à l’autre, c’est apprendre la solidarité, la capacité de reconnaître de la valeur à toute contribution – aussi peu qualifiée soit-elle par rapport aux critères de productivité et de rentabilité – de tout être humain au vivre ensemble ». Voilà la véritable essence de cette autre éducation possible, le fondement de nos propositions concrètes et de nos réflexions sur les moyens que nous voulons nous donner pour la formation de notre « moi » individuel et collectif.

    Nous devons conséquemment adopter des mesures résolument progressistes. La gratuité scolaire à tous les niveaux, de la pré-maternelle au post-doctorat ; un financement accru de l’État dans la recherche afin que cette dernière puisse être le plus possible indépendante des intérêts mercantiles ; le règlement du sous-financement de nos établissements publics, du primaire à l’universitaire ; une réforme de l’Aide financière aux études afin que cette dernière soit hors d’atteinte des banques qui cherchent à faire du profit sur le dos des étudiantEs ; la valorisation des CPE et des mesures concrètes afin de favoriser leur expansion, notamment afin que ces derniers soient de plus en plus accessibles aux parents étudiantEs. Nous devons sans cesse être audacieuses et audacieux. C’est le mandat que nous nous sommes donnéEs en fondant ce parti.

    Nous devons également appuyer nos QS-Campus. Ces instances étudiantes doivent se multiplier, prendre le relais des luttes étudiantes locales afin de les mener sur le terrain de la lutte politique institutionnelle. Nous devons leur donner les moyens, non seulement financiers mais également statutaires, d’exister. Une fois ces QS-Campus bien installés, ne doutons point de leur audace et de leur efficacité : ils pourront contrer localement les cellules étudiantes des autres partis politiques selon lesquels l’éducation doit fonctionner sur le modèle des grandes corporations privées et en faire une composante intégrale afin de faire fructifier un capital quelconque. Les QS-Campus démontrent qu’il peut en être autrement et que c’est justement possible.

    Nous devons aussi appuyer les mouvements et les organisations qui militent pour cette autre éducation possible, sans nous ingérer dans leur fonctionnement et en respectant scrupuleusement leur autonomie. Arborons fièrement le carré rouge en solidarité avec les organisations étudiantes qui luttent contre le marchandage de l’éducation, qui manifestent et qui travaillent sans relâche à élaborer des propositions concrètes, qui refusent la fatalité. Le carré rouge, ce symbole exemplaire du refus de la démagogie et du paternalisme corporatiste, de la « réduction à l’insignifiance » comme l’a écrit M. Jean-Guy Lacroix, professeur à l’UQAM, doit nous servir d’inspiration.

    Nous vivons des temps difficiles. Dégel des frais de scolarité, plan de redressement financier menaçant la mission d’éducation critique de l’UQAM, sous-financement chronique des Cégeps et des Universités, privatisations, cynisme envers le mouvement, etc. La grève étudiante nous redonne courage, l’humanité reste bien vivante malgré le fatalisme imposé des latifundistes de l’éducation.

    Me voici avec des mots, des peuples, des chemins qui à nouveau m’attendent, et dont les mains constellées frappent à ma porte.

    Pablo Neruda, Je vais vivre (1949)

    L’auteur est porte-parole en éducation pour Québec solidaire

    Notes

    [1] Les autres pièges sont : 2- « Du non-marchand au marchand » ; 3- « l’éducation comme instrument de survie à l’ère de la compétitivité mondiale » ; 4- « l’éducation au service de la technologie » (et non l’inverse) ; 5- de l’égalité à l’équité, où […] le système éducatif est utilisé comme moyen de légitimation de nouvelles formes de stratification et de division sociales ». L’éducation est ainsi perçue comme un instrument qui ne doit pas contribuer à régler les inégalités sociales, mais être équitable envers toutes les classes sociales et ainsi éviter la question éminemment politique de l’égalité.

    [2] Programme de l’ADQ, p. 11


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