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    AUTEUR


    Denis Bourque

    Professeur Travail social Université du Québec en Outaouais Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en organisation communautaire


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    Le CSSS de la Montagne fait fausse route

    jeudi 6 décembre 2007, par Denis Bourque

    Le CSSS de la Montagne a pris la décision le 1er novembre 2007 de remplacer tous les postes d’organisateur communautaire par des postes d’agent de planification, de programmation et de recherche. Cette décision est incluse dans une note de service de trois pages qui fait état des orientations qui animeront le CSSS dans ses activités avec son milieu.

    Ces orientations sont généralement des plus intéressantes comme la reconnaissance de l’expertise et de l’autonomie des organismes communautaires et de la mission qui les concerne ; l’importance de la concertation intersectorielle et le désir du CSSS d’en être un acteur de premier plan ; l’affirmation d’un rôle de soutien, d’expertise et de contenu en appui aux organismes et aux tables de concertation, etc. Ces orientations conduisent d’ailleurs à la création immédiate d’un poste d’adjoint au directeur général qui sera précurseur d’une nouvelle direction du partenariat dans le nouveau plan d’organisation du CSSS.

    On pourrait dès lors s’attendre à lire que l’équipe d’organisation communautaire relèvera de ce nouveau cadre et que ses effectifs seront augmentés compte tenu de l’importance stratégique que le CSSS entend donner au partenariat avec la communauté. Contre toute logique, on y lit au contraire que les postes d’organisateurs communautaires seront remplacés par des agents de planification, de programmation et de recherche. Ou bien le CSSS ne connaît pas la différence entre ces titres d’emploi, ou alors cette décision illogique est fondée sur des motifs non expliqués. Comparons les titres d’emploi selon les conventions collectives en vigueur :

    1- Organisateur communautaire : Personne qui fait l’identification et l’analyse des besoins de la population avec des groupes concernés. Elle conçoit, coordonne et actualise des programmes d’organisation communautaire afin de répondre aux besoins du milieu et de promouvoir son développement. Elle agit comme personne ressource auprès des groupes.

    2- Agents de planification, de programmation et de recherche : Personne qui est chargée d’un ou plusieurs programmes dans le but de fournir une assistance professionnelle au développement des services. Elle assure les activités de recherche nécessaires à l’identification et à l’évaluation des ressources et des besoins. Elle conçoit et propose les plans et programmes de développement en vue d’assurer une planification adéquate des services. Elle fournit ses conseils relativement à l’implantation ou à l’amélioration de programmes et/ou de services. Elle peut participer aux différentes activités d’enseignement et de formation.

    À l’évidence, le second titre d’emploi renvoie à des fonctions de développement de services institutionnels et non au travail de développement du partenariat avec la communauté que veut promouvoir le CSSS de la Montagne et qui fait partie des tâches du titre d’emploi d’organisateur communautaire. La définition généralement admise de l’organisation communautaire est celle de Kramer (1983) pour qui elle : Réfère à différentes méthodes d’intervention par lesquelles un agent de changement professionnel aide un système d’action communautaire composé d’individus, groupes ou organisations à s’engager dans une action collective planifiée dans le but de s’attaquer à des problèmes sociaux en s’en remettant à un système de valeurs démocratiques.

    L’organisation communautaire soutient et développe l’action communautaire et collective, alors que les agents de planification en font autant pour des programmes. Ils sont nombreux et utiles au MSSS, dans les Directions de santé publique et dans les Agences régionales là où s’élaborent les programmes.

    Ce qui manque au Québec, ce ne sont pas des planificateurs, mais des intervenants et des experts du travail terrain avec les communautés pour qu’elles s’approprient ces programmes et les adaptent pour mieux répondre à leurs besoins et à leurs aspirations. Bien plus, l’organisation communautaire vise à transformer les problèmes collectifs en solutions collectives qui ne proviennent pas seulement de programmes planifiés, mais de processus d’identification des priorités d’un milieu et de réponses innovantes et co-construites avec les pouvoirs et les services publics. Le partenariat, tout comme la responsabilité populationnelle des CSSS, est un processus qui ne relève pas principalement d’une expertise de planification, mais d’une expertise professionnelle de développement et de mobilisation des communautés.

    Les CSSS, grâce à leur mission CLSC, ont développé une expertise unique en organisation communautaire depuis les 35 dernières années avec leurs organisateurs communautaires dont le travail se situe à la jonction de la société civile et des services publics. Le réseau de santé et de services sociaux ne peut se priver de cette expertise qui représente une condition essentielle à la réalisation de la mission préventive et de première ligne des CSSS, mais surtout à l’amélioration de l’état de santé de leur population qui implique la capacité d’une communauté locale d’agir sur les déterminants sociaux de la santé et de prendre en charge son développement avec comme conséquence positive d’améliorer sa santé et son bien-être. En fait, le développement des communautés est un indicateur de santé en lui-même, car la santé est le corollaire de la mobilisation active des communautés comme le reconnaissait la Charte d’Ottawa (1986).

    La contribution des organisateurs communautaires en CSSS s’impose parce que les problèmes de santé que rencontre la population québécoise sont, dans une très large mesure, évitables comme l’a démontré le Directeur national de la santé publique. Ils découlent des conditions de vie, de l’environnement social et physique, ainsi que des comportements et des habitudes de vie, auxquels s’adresse précisément l’organisation communautaire par l’action collective.

    L’action communautaire est un outil puissant d’amélioration de la santé des personnes et des collectivités, mais c’est aussi un processus fragile et délicat qui peut facilement être enrayé même avec les meilleures intentions du monde. Ce processus exige soutien et expertises qui doivent résolument se mettre au service du processus plutôt que de chercher à le déterminer dans l’une ou l’autre de ses composantes ou de ses étapes. Aussi vaut-il mieux une initiative ou un projet qui mobilise les acteurs locaux plutôt qu’un programme évalué scientifiquement, mais auquel la communauté ne s’identifie pas ou qui ne correspond pas aux particularités du milieu. Voilà une des contributions stratégiques de l’organisation communautaire en CSSS.

    L’organisation communautaire est une pratique professionnelle qui compte sur un savoir et des dispositifs de recherche spécifiques dont une nouvelle Chaire de recherche du Canada en organisation communautaire qui débutera ses travaux en janvier 2008. Cette pratique est enseignée dans huit universités et 14 CEGEP. Malgré ces faits, et l’apparente incohérence de la décision du CSSS de la Montagne, il y lieu de s’inquiéter des conséquences de cette décision au-delà du CSSS concerné. Certains technocrates pourraient y voir une stratégie invitante pour la mise au pas d’une catégorie de professionnel qui n’est pas toujours facile à gérer et dont l’éthique et les pratiques ne cadrent pas toujours dans les ententes de gestion centralisées et surtout avec une vision du rôle des CSSS qui en ferait des gestionnaires des organismes communautaire locaux. Dans ces conditions, la décision du CSSS de la Montagne doit être revue. Dans le cas contraire, elle mérite d’être contestée localement, régionalement et provincialement dans l’intérêt même des CSSS et du mouvement communautaire. L’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal doit aussi intervenir pour faire en sorte que la population et les organismes communautaires du territoire du CSSS de la Montagne ne soient pas privés des services d’organisation communautaire sur lesquels le reste du Québec peut compter.


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