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    AUTEUR


     pressegauche.com"> Pierre Mouterde

    Professeur de philosophie au Collège de Limoilou. S’est spécialisé à l’occasion de fréquents voyages de recherche, dans l’étude des mouvements sociaux en Amérique latine et des enjeux relatifs à la démocratie et aux droits humains. Auteur notamment de Repenser l’action politique de gauche -Essai sur l’éthique, la politique et l’histoire (Écosociété, 2005), et de Quand l’utopie ne désarme, les pratiques alternatives de la gauche latino-américaine (Ecosociété, 2002).


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    3% pour QS au dernier sondage CROP

    Les deux chemins de Québec solidaire

    lundi 10 décembre 2007, par Pierre Mouterde

    C’est une petite phrase assassine de Gilles Courtemanche dans sa chronique hebdomadaire au Devoir qui m’a donné l’envie d’écrire ces quelques lignes. Interprétant le dernier sondage CROP publié dans La Presse et s’essayant à déchiffrer le maigre score qu’y obtient Québec solidaire (3%, alors que les verts récoltent 6%) , il conclut sans précaution : " Ce qui prouve (...) qu’à force de vouloir faire de la politique absolument autrement, on cesse absolument d’être un joueur". Peut-on lui donner raison ?

    Gilles Courtemanche devrait pourtant le savoir, lui qui se plaît à se présenter comme un auteur ouvert et progressiste : quand on cherche à définir aujourd’hui ce que devrait être une politique de gauche, on ne peut pas en rester à quelques formules certes frappantes, mais qui n’en viennent qu’à conforter les lieux communs les plus ressassés. Surtout si on imagine qu’être de gauche, ce n’est pas être "social-libéral", c’est-à-dire se contenter d’accoler un vague volet social aux politiques néolibérales existantes. Parce qu’à l’aune de telles politiques, on ne produit plus guère de changement social et on se montre incapable de répondre aux grands défis de notre époque, notamment ceux des inégalités croissantes et du saccage systématique de la biosphère.

    Un autre monde possible

    En fait, être de gauche, c’est beaucoup plus que cela. C’est travailler —comme disent les altermondialistes— à préparer les conditions d’un "autre monde possible" tant dans les rapports qu’on entretient avec les autres qu’avec la nature. C’est aussi oser se confronter au mode de production de biens qui est le nôtre, le mode de production capitaliste et marchand, ne serait-ce qu’en cherchant à le réformer en profondeur. N’est-ce pas ce qu’a fait dans le passé la social démocratie, sans parler bien sûr des tentatives communistes ou national-populaires de le transformer plus en profondeur ?

    Dilemme

    Et en ce sens, les gens de gauche d’aujourd’hui se trouvent pris dans un dilemme qui est loin d’être simple : un dilemme qui, il est vrai, a toujours existé, mais qui prend à l’époque néolibérale une forme exacerbée.

    Soit la gauche joue le jeu de la démocratie consensuelle, représentative et libérale, en se pliant purement et simplement à ses routines et mascarades, à ses mensonges ; et cela en rêvant à un hypothétique scrutin proportionnel ou à une attention plus équitable des médias envers son projet. Mais en agissant ainsi, elle se condamne à plus ou moins long terme à revêtir les couleurs fades et cyniques des partis néolibéraux (ou sociaux-libéraux) ainsi qu’à sombrer peu à peu dans l’immobilisme de la politique spectacle, de cette "démocratie d’opinion et de sondage" qui ravale chaque fois plus les citoyens à l’état de consommateurs passifs.

    Soit la gauche —tout en se faisant connaître auprès de larges secteurs de la population et en participant aux joutes électorales— cherche à construire un vaste courant social et politique oppositionnel —une sorte de contre pouvoir en marche !— qui ne se définit pas seulement dans le champ électoral, mais aussi à l’extérieur, dans la rue, dans le quotidien des luttes sociales et syndicales.

    Une tâche beaucoup plus vaste

    Certes en agissant ainsi, la gauche s’oblige à penser son action sur le long terme et surtout à envisager son intervention à plusieurs niveaux : par exemple, pas seulement en faisant élire un ou deux députés, mais en formant, rassemblant, mettant en réseau, organisant tous ceux et celles qui vivent au quotidien les frustrations ou souffrances causées par le néolibéralisme. Et cela dans le champ du travail, de l’écologie, des rapports hommes femmes, de l’éducation, etc. La gauche se trouve donc devant une tâche beaucoup plus vaste, mais elle s’ouvre ainsi à la possibilité de faire "effectivement" de la politique autrement, d’incarner l’espoir, de représenter une véritable alternative —non virtuelle et faite de promesses spectaculaires qu’on ne tient jamais—, mais réelle parce que s’appuyant sur les aspirations profondes de ceux et celles qui souffrent des plaies néolibérales, permettant du même coup de construire un véritable rapport de force social et politique, condition préalable à tout changement digne de ce nom. En ce sens, ne pas tomber dans les travers de "l’électoralisme", ce n’est pas refuser la joute électorale et ses inévitables exigences, bien au contraire. C’est plutôt refuser que son intervention ne se réduise qu’à cela, ne se colore que de cette seule préoccupation.

    Et Québec solidaire ?

    Et si cette distinction pouvait éclairer certaines difficultés et certains débats qui traversent aujourd’hui Québec solidaire ?

    On le sait tous : la direction de Québec solidaire se démène et fait de son mieux. On sait aussi que ses deux porte-parole sont au four et au moulin et s’acharnent à percer le barrage médiatique, à ne plus savoir où donner de la tête. On sait en outre qu’il y a environ 150 à 200 militantEs qui sont très actifs et se réunissent régulièrement dans les diverses commissions thématiques du parti pour préparer sa future plate-forme électorale. On sait en même temps que le parti a peu de moyens financiers, de la difficulté à financer des permanents, à rembourser ses emprunts, etc. On sait bien sûr qu’aux probables élections du printemps, rien ne sera automatiquement gagné, ni dans le cas de Françoise David, ni même dans le cas d’Amir Khadir. On sait enfin que beaucoup sont à bout de souffle... et qu’un tel sondage n’a rien de bon —dans le contexte actuel— pour raviver les forces de chacun.

    Recentrer l’axe de son discours

    A moins d’imaginer que Québec solidaire décide de recentrer l’axe de son discours actuel : en se sentant moins pris par l’urgence de faire absolument un bon score électoral aux prochaines élections, et en orientant parallèlement ses efforts dans la formation et l’éducation de ses militantEs sur le moyen terme ainsi que dans le réseautage, la coordination et la stimulation de ce "contre pouvoir social" qui doit lui aussi émerger peu à peu et se constituer partout.

    Peut-être ainsi pourra-t-on impliquer plus activement ces milliers d’autres militantEs de Québec solidaire qui à la base et dans chaque comté... en sont réduits à attendre...souvent passivement... la prochaine campagne électorale ?

    Peut-être pourra-t-on aussi se préparer, à Québec solidaire, à perdurer et résister par delà les inévitables hauts et bas des échéances électorales ?

    Peut-être et surtout préservera-t-on ainsi l’âme de Québec solidaire qui va... bien au-delà du spectaculaire ?

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