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mardi 19 mars 2013, par Bernard Rioux

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Question nationale

Option nationale : derrière le couronnement de Jean-Martin Aussant


Option nationale réunit 1000 déléguéEs à son congrès. Jacques Parizeau y prononce un discours et les invite à ne pas avoir peur et à réaliser leur rêve. Le parti connaît une croissance significative du nombre de ses membres. Un récent sondage leur accorde une montée importante dans les intentions de vote. La tournée de Jean-Martin Aussant dans les universités est marquée par des succès d’assistance. Option nationale a le vent dans les voiles.

Enthousiastes et reconnaissants, les militantEs accordent un vote de confiance de 97 % à leur chef et un bon salaire avec ça. Ce dernier a le courage de se tenir debout, de refuser les compromissions et les tergiversations sans fin des dirigeantEs péquistes. Il est clairement pour l’indépendance. Il prétend même qu’Option nationale est le seul parti indépendantiste face aux partis du non et du peut-être. Il ne se veut ni de gauche ni de droite. Il se veut moderne, compétent, réaliste et pragmatique. Sans négliger la dimension identitaire du discours nationaliste, il place la reprise en main de l’économie du Québec au centre de son discours. Il avance une série de propositions progressistes : gratuité scolaire, mesures écologiques, plan d’indépendance énergétique, mise sur pied de Pharma-Québec, nationalisation des richesses naturelles. Ses positions reflètent en grande partie certaines aspirations des jeunes qui le rejoignent. Au dernier congrès, la moyenne d’âge des délégué-E-s étaient de 30 ans. La direction élue (Bureau national et conseil national) est formée de professeurs, d’avocatEs, d’économistes et d’étudiantEs aux études supérieures... Un parti porteur d’avenir, un parti de gagnantEs.

C’est ce qui explique son pouvoir d’attraction pour des secteurs de la population qui ont été convaincus, pour beaucoup, à la faveur de la grande mobilisation du printemps dernier, de la nécessité de reprendre la politique en mains, d’en finir avec la domination fédéraliste sur le Québec, qui ont reconnu l’impérative nécessité de s’investir pour apporter une contribution à la reprise en mains par la nation québécoise de son destin collectif,

Voilà pour la surface des choses, pour la rhétorique. Mais pour mieux comprendre la nature de ce parti, il vaut la peine de regarder attentivement les débats de ce dernier congrès autour de la Résolution principale. En examinant cette Proposition principale, les nouvelles propositions adoptées comme celles qui ont été soient rejetées ou non prises en considération, un portait beaucoup plus précis de ce parti se dessine.

Discussion sur la proposition principale... Ce qu’elle révèle, ce qu’elle tait !

La proposition principale reprend la plate-forme présentée par Option nationale aux dernières élections... Elle se décline en six parties : 1. Pour un Québec souverain. 2. Pour une économie du Québec qui enrichit les Québécois. 3. Pour le meilleur système d’éducation et de formation ; 4. Pour une nation en santé. 5. Pour une langue et une culture nationales ; 6. Pour des institutions et un État modernes.

1. Option nationale fera en sorte.... que la souveraineté soit !

Sur la question nationale, l’objectif est clairement affirmé. « Option nationale fera en sorte que toutes les lois qui s’appliquent aux citoyens du Québec soient votées par l’Assemblée nationale du Québec. (...) Fera en sorte que tous les impôts, taxes et contributions fédéraux payés sur le territoire québécois soient dorénavant perçus par le gouvernement du Québec. (....) Fera en sorte que tous les traités qui lieront les Québécois aux autres nations du monde soient signés par le gouvernement du Québec. » C’est le LIT d’Option nationale (LOIS - IMPÔTS - TRAITÉS). Option nationale fera aussi en sorte qu’une « constitution du Québec soit écrite avec la plus grande participation possible de la population du Québec ». Enfin, « la souveraineté et la constitution du Québec seront entérinées par la population par voie de référendums simultanés ou séparés. »

Si la proposition donne une certaine définition somme toute limitée et très institutionnelle de l’indépendance d’un peuple, elle se contente d’une formule nébuleuse comme toute stratégie : faire en sorte... Mais que cache donc cette expression passe-partout qui évite de poser la question des modalités de construction du rapport de force à établir avec le fédéral, sur la construction du ralliement de la majorité du peuple québécois à la perspective de l’indépendance ? Quels sont les moyens de la plus grande participation possible de la population à l’écriture de la constitution ? Pourquoi ne pas dire un mot sur la perspective de constituante ? Avec une telle proposition, on doit se contenter de prêter des stratégies à Option nationale, dans lesquelles ce dernier ne se reconnaîtra pas nécessairement.

La discussion sur ce thème de l’indépendance a permis l’adoption d’amendements mineurs, si ce n’est une proposition qui affirme qu’Option nationale « reconnaîtra conformément à la déclaration des droits des peuples autochtones des Nations Unies, le droit à l’autodétermination de toutes les nations autochtones à l’intérieur d’un Québec souverain ». La formulation est pour le moins ambiguë, car on pourrait se demander si ce droit à l’autodétermination ne peut se faire qu’à l’intérieur d’un Québec souverain. Ici, un travail de clarification est absolument impératif si on ne veut pas se retrouver avec une proposition à la Harper qui reconnaît la nation québécoise dans un Canada uni. La discussion a permis également de rajouter « le respect des Premières nations et de la minorité historique anglophone » dans le cadre des valeurs fondamentales devant se retrouver dans la constitution d’un Québec souverain.

2. L’évaporation de la crise du capitalisme et des défis majeurs auxquels devra faire face le Québec.

À lire le Cahier du Congressiste d’Option nationale, on se demande si on vit dans le même monde. On n’y trouve rien sur la crise économique majeure du capitalisme, rien sur les politiques d’austérité menées par l’ensemble des gouvernements, rien sur la domination de l’oligarchie financière et sa volonté de tout privatiser, rien sur le capitalisme qui détruit la planète... même si un certain nombre de timides propositions environnementales sont avancées. Ici aussi, c’est l’absence de pensée stratégique qui frappe. Comment reprendre en mains le contrôle de l’économie tout en laissant aux banques et aux grands entrepreneurs privés le pouvoir de prendre les décisions essentielles sur les grandes orientations de l’économie ? Quelle place faut-il donner au secteur public et comment empêcher de le mettre au service de la minorité possédante ? Comment s’assurer de la sortie de la crise écologique, produit systémique du capitalisme ?

Y a-t-il un renforcement majeur de l’inégalité dans nos sociétés ? Certainement. Y a-t-il une concentration de richesse dans les sommets de la société ? Les classes dirigeantes ont-elles un comportement hautement irresponsable en ce qui concerne le réchauffement climatique ? Les grandes entreprises pétrolières, gazières et celles du secteur de l’automobile défendent-elles avec becs et ongles leurs choix antiécologiques ? Comment sera-t-il possible d’en finir avec les choix désastreux faits par ces groupes d’intérêt ?

Ces questions essentielles sont absentes de leurs débats. Option nationale se dit prête à imposer un « moratoire complet au secteur des gaz et pétrole de schiste », mais son dernier congrès ne soulève aucunement la question de la transition vers les énergies renouvelables et la sortie des énergies fossiles. Des amendements allaient dans ce sens, mais ils n’ont pas été retenus. En fait, le congrès ne s’est pas prononcé sur des enjeux majeurs pour les indépendantistes québécois qui se veulent écologistes, celui de se lancer ou non dans l’exploitation du pétrole dans le golfe St-Laurent et en Gaspésie, celui du développement ou non de la filière pétrolière ? Est-ce que nous allons assumer notre dépendance comme peuple aux projets antiécologiques des pétrolières ou allons-nous affirmer une indépendance énergétique à ce niveau ? On obtient comme réponse qu’un silence assourdissant bien peu indépendantiste.

L’autre grand choix, pour les indépendantistes, est celui d’une prise de position claire face au libre-échange et particulièrement face au libre-échange Canada-Europe. Ce traité du libre-échange menace nos services publics. Il menace notre environnement. Ce traité de libre-échange vise à ouvrir le marché européen au pétrole tiré des sables bitumineux en contrepartie de l’ouverture aux entrepreneurs européens de notre secteur public et de nos richesses naturelles. Ce traité va affaiblir notre pouvoir souverain sur nos décisions économiques. On ne peut garder le silence sur un tel enjeu... Option nationale se range-t-elle ou non sur la position péquiste à cet égard ?

La réforme de la fiscalité proposée s’inscrit dans la logique de la fiscalité compétitive qui vise à « faire augmenter les investissements des firmes locales en équipement...  » Mais, la fiscalité comme instrument de redistribution de la richesse semble une problématique méconnue. Le caractère inique d’une fiscalité où les riches ne paient pas leur part n’est pas évoqué. La baisse de la contribution des grandes entreprises et des banques à l’impôt qui est au fondement de l’endettement des gouvernements n’est pas évoquée. Croit-on ce mythe néolibéral qui prétend que l’enrichissement de quelques-uns est la condition de l’enrichissement du plus grand nombre ? La réalité économique actuelle n’en est-elle pas le démenti le plus flagrant ? Si on ajoute à cela que l’amendement sur l’instauration d’un impôt minimum pour les grandes sociétés n’a pas été retenu, on se demande quelle place occupe la justice sociale dans les plans de ce parti. Le rejet de faire de « la lutte à la pauvreté une priorité nationale » vient renforcer les inquiétudes sur le projet de société que nous concocte Option nationale.

Si la Proposition principale d’Option nationale se préoccupe d’indemniser les investisseurs victimes de fraude, elle ne dit pas un mot sur l’amélioration des conditions d’existence des travailleurs et les travailleuses : rien sur l’augmentation du salaire minimum, sur l’élargissement des droits syndicaux, sur la réduction du temps de travail et l’allongement des congés, sur l’équité salariale entre les hommes et les femmes... Le vide à ce chapitre est abyssal et désastreux. C’est comme si l’ensemble des classes subalternes, celles qui ne font pas partie de l’oligarchie et qui constituent la majorité de la population n’étaient pas celles capables de réaliser l’indépendance du Québec.

Tout le chapitre sur les revendications concernant l’égalité économique des femmes fait aussi cruellement défaut : inégalité salariale, ghettoïsation de l’emploi, relégation pour beaucoup dans des emplois à temps partiel.... Ce sont là des problèmes essentiels qui sont l’expression de la domination patriarcale qui marque cette société et auxquels, il faudra bien s’attaquer. Somme tout, une vision bien étroite de l’économie qui évite d’aborder les problèmes les plus essentiels. La déclaration de Jean-Martin Aussant selon laquelle le capitalisme est le meilleur des systèmes expliquerait-il ces silences.

3. Élitisme et marchandisation de l’éducation, en dehors de l’écran radar

Option nationale parle de « gratuité scolaire de la maternelle au doctorat ». Il veut faire de « la réussite scolaire une priorité nationale ».... Ce sont là des positions importantes. Mais, la Résolution principale ne fait malheureusement pas d’analyses sérieuses du système d’éducation et n’identifie pas les problèmes qu’ils rencontrent. Le système d’éducation au Québec, comme dans l’ensemble des pays capitalistes avancés, est marqué par une marchandisation des savoirs et une soumission du développement des connaissances aux besoins des entreprises privées. La recherche fondamentale est négligée dans les universités. Le développement de l’esprit critique permettant de former des citoyens et citoyennes capables d’agir dans les affaires de la cité est de plus en plus marginalisé.

À cette marchandisation des savoirs se combinent un élitisme qui a mené le renforcement du secteur privé dans l’école québécoise d’une part, et d’autre part, à l’éclatement du secteur public en écoles à vocation particulière et à recrutement sélectif (sur une base académique et monétaire) qui mène à la relégation des plus démuniEs dans certaines écoles où les chances de réussite sont moindres. Le décrochage est particulièrement important dans les écoles qui se retrouvent dans les quartiers défavorisés de certaines villes. Pour favoriser la réussite, il faut en finir avec cet élitisme. Un premier pas serait de mettre d’en finir avec les subventions aux écoles privées qui jouent un rôle moteur dans le développement de cet élitisme et dans l’affaiblissement et la dislocation de notre secteur public d’éducation...

Les propositions avancées dans la Proposition principale d’Option sont souvent intéressantes, mais elles ne vont pas à l’essentiel, car elles ne semblent pas procéder d’une analyse le moindrement rigoureuse des problèmes et des choix importants qui sont devant notre système d’éducation.

4. Pour une nation en santé... ou savoir aller à l’essentiel

Cette partie du programme s’ouvre par le rappel suivant : il faut savoir « faire face aux lobbys médicaux et pharmaceutiques et ... faire une priorité « de la prévention et de l’action sur les déterminants de la santé une priorité nationale. » Et ici les propositions tiennent cette promesse : création de Pharma-Québec, société d’État responsable de la gestion des produits pharmaceutiques dans le réseau québécois de la santé. Option nationale veut aussi « favoriser la rémunération des médecins par salaire plutôt qu’à l’acte médical quand le contexte s’y prêtera » .

5. Pour une langue et culture nationales...

En ce domaine également... les revendications présentées sur la langue et sur la culture sont claires et nettes. Que ce soit l’interdiction des écoles passerelles, l’application de la Charte de la langue française à toutes les entreprises du Québec, ou l’extension au cégep de la loi 101. Mais le fait de traiter la question de l’immigration dans un tel cadre conduit à se contenter de formuler des exigences à l’égard des immigrantEs ce qui est tout a fait insuffisant et dangereux pour traiter de la réalité de l’immigration. En ce domaine, des miliantEs indépendantistes devraient avoir la préoccupation de préciser leur politique pour être véritablement audibles dans ces milieux, sans parler du nécessaire combat contre les discriminations de tous genres (emplois, salaires, logement...) qui est, lui aussi, malheureusement oublié.

6. Pour des institutions et un État modernes en deça d’une démocratie véritable ?

Réforme du mode de scrutin afin d’y insérer une composante de proportionnalité, financement public des partis politiques, élections à date fixe, restriction de l’accès des lobbys aux instances gouvernementales, mise sur pied d’une commission se penchant sur la concentration des médias...

La résolution principale présente certaines réformes... Mais, cela reste un programme minimal. En fait, la proposition ne fait aucune critique de la perversion de la démocratie représentative et la volonté de l’oligarchie régnante de réduire les espaces démocratiques. La proposition ne questionne pas la concentration des pouvoirs dans les mains du premier ministre. Elle ne tranche pas sur la nature républicaine du futur État indépendant et la place de la souveraineté populaire en son sein. Toute la préoccupation visant à empêcher la formation d’une classe politique qui s’éloigne et agit à l’encontre des intérêts de la majorité de la population n’est pas abordée (nombre de mandats maximums, la rémunération de la députation, la nécessité des éluEs d’être redevables devant leurs électeurs et les électrices, le pouvoir de révocation...). Des amendements concernant des mécanismes pétitionnaires ou des référendums d’initiative populaire étaient présents dans le cahier de résolutions, mais elles n’ont pas encore dégagé un soutien significatif dans le parti. On a pourtant mis en priorité la discussion et l’adoption de la mise en place d’une armée québécoise. Cela relève d’un réalisme bien superficiel.

Encore une fois, l’inégalité politique des femmes devant la politique (nombre de députées à l’Assemblée nationale) semble, en ce domaine également, en dehors des préoccupations de ce parti. On se rappellera qu’aux dernières élections, il n’y eut qu’un tiers de femmes dans les candidatures d’Option nationale.

Que conclure ? Que faire ?

La résolution principale ne part pas d’une analyse de la réalité des groupes sociaux qui structurent et définissent la réalité québécoise. Il n’y a que la nation présentée comme un grand tout indifférencié. Difficile dans un tel cadre d’analyser les problèmes qui traversent la société aux niveaux local, national ou international. Alors que nous vivons une crise systémique du capitalisme, alors que la crise écologique menace l’humanité d’importants fléaux, alors que l’oppression de genre prend des formes de plus en plus hideuses, on nous esquisse quelques réformes... Cette dénégation des défis essentiels qui touchent la population du Québec conduit à vouloir nier que les réponses que l’on peut leur apporter, y compris celle de l’indépendance du Québec, vont s’organiser selon une axe gauche-droite où à gauche cherche à rassembler les forces de transformation sociale, alors qu’à droite campent les forces du statu quo.

C’est ce refus d’Option nationale qui est au fondement de ses dénégations et de ses silences sur des problèmes cruciaux. La majorité québécoise est une majorité populaire. La mobilisation de cette majorité pour l’indépendance du Québec ne se fera pas par une ralliement à un Québec mal ou peu défini. Cette mobilisation se fera pour un projet de pays qu’elle contribuera à définir et qui répondra à ses aspirations dans tous les domaines.

Québec solidaire et Option nationale partagent certaines revendications communes dont l’objectif de réaliser l’indépendance du Québec. Ce n’est pas rien. Mais, nous faisons une analyse différente de la société. Nous croyons que les classes possédantes ont intérêt à défendre le statu quo qui leur assure richesse et pouvoir. Nous ne faisons pas d’une indépendance de gauche une condition de la souveraineté. Mais, nous croyons que la mobilisation des classes subalternes qui forment l’immense majorité de la société québécoise est un levier essentiel pour parvenir à l’indépendance du Québec. Nous rejetons la thèse que le capitalisme est le meilleur système qui soit comme le prétend Jean-Martin Aussant. Nous croyons que le combat pour l’indépendance nous mènera à affronter l’oligarchie régnante qui est, dans vaste sa majorité, fédéraliste. Nous pensons même que c’est le refus de penser et d’organiser cet affrontement qui a mené le Parti québécois à sa politique de démission nationale. Son ralliement au néolibéralisme et son culte du déficit zéro ont joué un rôle clé dans l’affaiblissement du soutien à l’indépendance du Québec ces dernières années. Si Option nationale ne veut pas s’engager sur une voie similaire, il doit identifier clairement les bases des reculs et de la démission des péquistes face au combat indépendantiste...

Nous partageons l’objectif central de l’indépendance du Québec. C’est pourquoi, même si nos analyses et nos stratégies divergent, il nous semble essentiel de discuter à fond des problèmes auxquels a fait, fait et fera face le peuple québécois dans sa lutte pour l’indépendance.