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lundi 31 mars 2014, par Guillermo Almeyra

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Europe

La Russie, les Etats-Unis et l’Union européenne attisent le chaos en Ukraine


Depuis l’effondrement de l’ex-Union soviétique, les gouvernements des Etats-Unis ont cherché à redimensionner le pouvoir russe et à enserrer Moscou à l’intérieur d’un réseau de bases agressives à ses frontières, notamment en élargissant sans cesse l’OTAN vers l’orient. La Russie, on s’en souvient, avait déjà réagi quand les Etats-Unis et l’OTAN tentèrent de s’installer en Géorgie, dans le Caucase, sur la route des républiques riches en hydrocarbures qui tournent dans l’orbite de Moscou. Aujourd’hui, elle réagi à nouveau quand, à travers la tentative de lier l’Ukraine à l’Union européenne, la Maison Blanche souhaite étendre le rayon d’action de l’OTAN vers l’est et fermer l’accès à la Méditerranée à la flotte russe de la mer Noire (basée à Sébastopol, en Crimée).

Cette réaction, totalement prévisible, a du être calculée par Washington et ce rôle provocateur de la diplomatie étatsunienne contredit les tentatives antérieures de coopter la Russie, avec sa participation au G8 par exemple, afin de la séparer de la Chine et des dites « puissances émergentes » comme l’Inde. Soit dit en passant, ces deux derniers pays rejettent les mesures antirusses et appellent à agir avec prudence et à résoudre la crise par la voie diplomatique.

Les capitalistes mafieux de Moscou ont soutenu le régime impopulaire, corrompu et servile de l’ex-président ukrainien Viktor Yanukovytch, déposé par un coup parlementaire surfant sur de grandes manifestations populaires auxquelles se sont ajoutés les fascistes et les néonazis ukrainiens (qui ne les dirigèrent pas mais qui les ont utilisé à leur profit). Cette mobilisation populaire a été encouragée par l’UE, qui a capitalisé le rejet de la corruption et l’incapacité de l’oligarchie ukrainienne subordonnée à Moscou, ainsi que les crimes historique de Staline et de ses partisans en Ukraine - le stalinisme ayant déporté tous les Tatares de Crimée et piétiné les droits nationaux ukrainiens. L’UE a canalisé ces sentiments derrière l’illusion d’obtenir de meilleures conditions de vie à venir si l’Ukraine entrait dans l’Europe unie du grand capital.

A ces masses démocratiques se sont ajoutés les bandes minoritaires fascistes, ultranationalistes et antirusses, de Svoboda et d’autres groupes d’extrême droite, qui tentent de tirer profit de la situation mais qui, contrairement à ce qu’affirme Moscou, ne furent ni ne sont à la base de la chute de Yanukovytch et de l’arrivée au pouvoir de l’actuel gouvernement hétérogène et extrêmement fragile de l’oligarchie pro-occidentale ukrainienne. Nous ne sommes donc pas face à l’alternative de choisir entre le fascisme ou Poutine. Ce dernier n’est d’ailleurs ni anticapitaliste, ni anti-impérialiste, ni démocratique. Des mesures comme l’annexion de la Crimée à la Russie (indépendamment des liens historiques multi-centenaires entre la péninsule et Moscou) ne servent qu’à unir les démocrates ukrainiens opposés au régime fantoche de Yanukovytch avec les fascistes de tous types manipulés par les services secrets occidentaux, alors qu’il est indispensable, au contraire, de séparer la protestation légitime et de gauche des manœuvres bellicistes antirusses de l’OTAN.

L’UE et les Etats-Unis pourraient se voir plus affectés que la Russie par leurs sanctions contre le gouvernement de Poutine. En effet, l’Europe dépend à hauteur de 30% du gaz et du pétrole russe ; la France construit deux porte-hélicoptères pour Moscou et l’Ukraine ne pourrait survivre économiquement sans la Russie. Moscou renforcera inévitablement ses liens politiques, économiques et militaires avec la Chine, que les Etats-Unis veulent également enserrer dans la Mer de Chine en utilisant leurs marionnettes à Taïwan et au Japon.

Les pays producteurs de pétrole regardent aussi avec préoccupation les menaces envers une Russie qui pèse lourd sur le marché énergétique. Le soutien, dans ce cas de l’Ukraine comme dans ceux de la Syrie ou de la Libye, de pays comme l’Argentine à la diplomatie des Etats-Unis, à l’UE et à Israël, démontre l’évolution vers la droite de ces gouvernements. Mais la majorité des pays dits « émergents » voient avec inquiétude la relance de la guerre froide par les Etats-Unis. Celle-ci pourrait avoir des effets démultiplicateurs sur la crise économique mondiale, tant dans l’Union européenne qu’aux Etats-Unis eux-mêmes, autrement dit dans leurs principaux marchés.

Le nationalisme grand-russe, ou la montée du chauvinisme ukrainien en réaction à la politique de Moscou, provoquent un tort énorme à la défense de la Russie et de la paix mondiale. La realpolitik a toujours des effets contraires : Avec l’invasion de dizaines de petits Etats allemands, Napoléon a stimulé le nationalisme allemand, fortifié le nationalisme russe et autrichien et a indirectement contribué à forger la Sainte-Alliance de toutes les monarchies réactionnaires, jusqu’à ce que les luttes de classes surgissent dans les barricades ouvrières de 1848.

La Russie ne pourra se défendre de l’impérialisme que si les peuples se détachent de leurs gouvernements capitalistes, y compris parmi eux celui de Poutine lui-même, qui veut que les Ukrainiens choisissent entre son autocratie et le capitalisme mafieux russe ou le capitalisme dépendant et servile de l’UE et de ses partisans ukrainiens. Seule une mobilisation démocratique et pour la réorganisation de l’Ukraine peut empêcher la manœuvre de l’Union européenne, des bandes fascistes à son service et des apprentis sorciers du Département d’Etat.

Les peuples d’Europe (et le peuple des Etats-Unis) rejetteront la préparation de la guerre et l’escalade politico-militaire s’ils voient en Ukraine et en Europe une mobilisation massive en faveur d’une politique anticapitaliste et anti-impérialiste au lieu de la lutte entre divers secteurs oligarchiques qui se disputent le pouvoir pour faire payer aux travailleurs les frais de la crise. Il n’y a pas deux options – Poutine ou les impérialismes occidentaux – mais bien trois, parce qu’il est possible d’organiser une riposte mondiale des travailleurs contre tous les fauteurs de guerre.

Source :
http://www.jornada.unam.mx/archivo_opinion/autor/front/13

Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

 


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