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mardi 13 mai 2014, par Eric Beaudry

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Sports

Les millionnaires de la puck et nous...


Je vois souvent des gens qui rejettent le hockey et LNH uniquement parce que les joueurs sont des millionnaires. On y ajoute des clichés comme « du pain et des jeux » ou donner le nombre de professeurs qu’on pourrait se payer avec un joueur du 3e trio du Canadiens pour bien paraître.

Avant de mélanger l’austérité future de Philippe Couillard et les salaires élevés des joueurs, j’invite ces gens, souvent à gauche politiquement, à regarder attentivement comment les joueurs ont obtenu ces salaires et pourquoi les nôtres augmentent au compte-goutte avec les revenus qui stagnent depuis plus de 10 ans.

Ce n’est pas seulement une question de millions, c’est comment on sépare la tarte et le pouvoir, qui est important. La situation d’un hockeyeur professionnel comparativement à monsieur et madame tout le monde est difficilement comparable, mais les joueurs et la LNH font quatre choses de mieux que la population et nos gouvernements que nous aurions intérêt à copier symboliquement à défaut de pouvoir le faire littéralement de la même façon.

Solidarité

Lors de la dernière grève de construction l’été dernier, on entendait déjà le discours : « Je dois retourner travailler demain ! J’ai des factures à payer la semaine prochaine », après trois jours de grève. Quiconque ne peut se permettre une semaine loin du travail sans être étouffé par les comptes devrait plutôt se demander pourquoi il est dans cette situation de combat quotidien au lieu de chercher à y retourner le plus vite possible en achetant la paix à rabais. Les conditions ne sont pas les mêmes, j’en conviens, il est plus facile de rester chez soi pendant un an quand on est déjà millionnaire qu’électricien divorcé père de deux enfants. Mais si personne est prêt à faire la grève plus d’une semaine, ce serait aussi bien ne pas en faire et accepter ce qu’on nous offre directement. Du temps de Maurice Richard, qui se faisait exploiter, jusqu’aux millions que gagnent un joueur marginal aujourd’hui, il y a eu un peu d’inflation, plusieurs grèves et de longues batailles pour les joueurs qui ont été solidaires entre eux. Je ne peux pas en dire autant de notre société dans les 40 dernières années qui a passivement accepté son sort sans réagir, même pour l’inflation...

Partage 50-50 des revenus entre patrons et employés

Le sport professionnel offre un bel exemple concret que le partage des richesses est la solution la plus logique pour que tous travaillent dans la même direction. Le propriétaire riche est nécessaire pour assurer la santé financière de l’équipe à long terme, les joueurs le sont encore plus pour assurer le spectacle. Si demain matin, les 30 propriétaires de la LNH disparaissaient dans le triangle des Bermudes, la ligue survirait facilement malgré un remous. S’il arrivait le même sort aux joueurs, je crois que le résultat serait différent. Il faudrait des années pour arriver à reconstruire une base de joueurs aussi solide avec cette expérience. Le même constat peut être fait dans presque toutes les entreprises. Il ne s’agit pas de viser un partage 50-50 exactement partout, mais bien de s’assurer que les employés récoltent le maximum dû.

On oublie que les joueurs ont mis les boss à genoux avec le temps pour leur faire réaliser que l’employé est l’égal du patron dans le bon fonctionnement d’une entreprise. Ils sont en position de force pour le faire, ils vont toujours gagner plus cher que le commun des mortels étant capable de faire des choses dont bien peu de gens sont capables en attirant les foules comme plusieurs artistes. Les gens devraient toutefois apprendre à mesurer leur vraie valeur dans le système comme les joueurs de la LNH l’ont fait avec le temps. Je me balance des millions qu’ils gagnent, ce qui m’intéresse c’est qu’ils amassent 50% des millions disponibles en séparant le reste avec leurs patrons. Quand la LNH fait moins d’argent, tout le monde en fait un peu moins, de façon aussi égale des deux côtés, au lieu de faire face à l’austérité. Voilà un modèle à copier le plus possible ! Bien sûr, que les joueurs ne font pas face aux délocalisations ou à une armée de chômeurs qui peuvent les remplacer demain matin, mais veuillez relire le point 1 et continuez vers le 3 si vous voulez trouver les raisons profondes de ce sentiment d’impuissance face aux riches patrons que nous avons collectivement. Les sportifs aussi se sont fait menacer de congédiement et remplacement à plus d’une reprise, mais ils n’ont pas mordu à l’hameçon et les propriétaires ont fini par céder.

Un puissant syndicat et des convictions syndicales

Le partage 50-50 des revenus dans la LNH n’est pas tombé du ciel. Les joueurs sont syndiqués depuis longtemps et ils se font un malin plaisir de s’assurer que la convention collective soit respectée de A à Z pendant le contrat. Les arbitres sont aussi syndiqués. Tout le monde protège ses intérêts avec des professionnels pour se défendre. Je doute que les gens en général soient assez efficaces pour bien négocier leurs salaires sans l’aide et la solidarité de leurs pairs pour s’unifier contre le patronat beaucoup moins nombreux mais très solidaire du profit entre eux. Une des raisons de la stagnation des revenus depuis plusieurs années est le manque de syndicalisme dans le secteur privé, et aussi l’inefficacité des syndicats en général. On voit pourquoi à la commission Charbonneau depuis des mois. En revanche, les joueurs s’occupent de leur syndicat, le surveillent, y participent activement, votent quand c’est le moment et n’ont pas peur de congédier les incompétents. Ce sont des raisons qui améliorent aussi l’efficacité de leur syndicat et qu’on aurait intérêt à copier.

Régulation

Dans la LNH, il y a un salaire minimum décent et un salaire maximum pour chaque employé. Il y a un partage des revenus entre les entreprises riches et les pauvres ce qui assure non seulement la survie des équipes et des emplois en difficultés, mais motive également tout le monde à participer au bien-être de l’entreprise puisque chaque nouveau dollar de revenu est séparé également à 50% avec les employés. Ces règles efficaces ne sont pas pour limiter les salaires des joueurs, mais bien pour empêcher les Rangers de New York et quelques autres équipes riches de s’acheter un monopole sur le championnat chaque année et ainsi menacer la survie de plusieurs autres équipes. Ces règles sont faites pour protéger le système contre l’austérité générale et les patrons les uns des autres. La régulation est un succès dans LNH et la ligue s’améliore avec le temps.

Dans cet univers qu’est la ligue de hockey, on combat l’oligarchie de quelques-uns pour donner une chance à tous de briller au soleil. J’exagère un peu, mais si le monde était dirigé avec la même philosophie que la LNH dans la régulation du marché, le partage des richesses et les liens entre employés et patrons, on n’aurait pas le quart des problèmes économiques que nous avons mondialement en ce moment. Malgré l’aspect très capitaliste de la nature de son commerce, cette ligue est plus socialiste que néolibérale dans son fonctionnement ce qui explique en grande partie la raison de ses succès ces dernières années, malgré le marasme dans lequel se trouve l’économie réelle en général.