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    Chloé De Bellefeuille

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    Le patriarcat : de mai 68 à aujourd’hui …

    mardi 13 mai 2008, par Chloé De Bellefeuille

    J’ai assisté à l’activité du 6 mai portant sur le thème de mai 68. Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’hormis l’animatrice de la soirée, aucune femme n’a fait d’intervention ce soir-là. Quand je dis aucune, c’est aucune. Ni intervenante dans le panel, ni dans le public. (Activité de Gauche socialiste, Lux Éditeur et À Bâbord ! au café-bar L’Agitée à Québec)

    Ce fait, qui ne passe pas inaperçu pour certaines féministes, dont je fais partie, est pourtant banal dans bon nombre d’activités et d’initiatives du genre. Au point où il passe pour normal, voire « naturel ». Cela démontre à quel point le patriarcat est bien enraciné, même dans un milieu qui se veut alternatif et progressiste. Le but de mon texte n’est pas de blâmer le comité organisateur de cette activité, mais de dénoncer et décortiquer le « silence des femmes », qui est trop fréquent dans les milieux militants.

    L’absence de la prise de parole des femmes lors de la soirée n’a pas été sans conséquence. À part un intervenant qui a heureusement fait état du mouvement des femmes au Québec vers la fin des années 60, un chapitre important de l’histoire a presque été mis de côté. Le bref historique de la lutte des femmes, qui a été présenté parmi d’autres mouvements (alors qu’un intervenant se consacrait exclusivement au mouvement étudiant) n’a cependant pas permis de saisir toute l’importance et les apports du mouvement des femmes.

    Pourtant, il y aurait tant eu à dire sur le mouvement des femmes, qui fut très fort à la fin des années 60 et au début des années 70. C’est la naissance des mouvements féministes radicaux qui ébranlent la société patriarcale par leurs actions et leurs analyses. Certains gains importants pour les femmes, mais aussi pour la société entière, ont été obtenus par ces luttes. Il y a eu bien entendu le Front de libération des femmes et leur occupation du box des jurés (alors exclusivement des hommes). Cette action a donné le droit aux femmes d’être jurées en 1971 au Québec. Plusieurs autres actions essentielles ont été menées ou ont germé à cette époque. Même si certains gains n’ont été arrachés que beaucoup plus tard, comme le droit à l’avortement au Canada, le contexte de cette lutte et de bien d’autres a été élaboré dans ces années.

    À la fin de la soirée, je discute avec d’autres femmes ayant assisté à l’activité et partage ma colère. L’une d’entre elles me dit : « c’est toujours comme ça ». Une autre me dit : « tu sais, ce n’est pas qu’ils n’ont pas essayé d’avoir des femmes aussi, mais peut-être que ça correspond moins à la réalité des femmes de participer à ce genre de soirée. Peut-être qu’elles n’ont pas le temps. » Pourquoi les femmes auraient-elles moins de temps (ou d’intérêt) à participer à ce genre de soirée ? Est-ce parce que les femmes font encore la majorité du travail domestique comme le soin des enfants et l’entretien ménager ? Est-ce parce que la socialisation sexiste nous enseigne par tous les moyens disponibles : médias, famille, école, milieu social, etc. que la politique et la parole en public, c’est pour les hommes et que ceci ne devrait pas intéresser les femmes, qui peuvent par contre assister à la soirée, faire les tracts et préparer le café ?

    Cette situation se produit encore trop souvent dans les milieux alternatifs et il faut dénoncer la division sexuelle du travail qui n’a rien de naturel, mais qui est due au système patriarcal. La lutte féministe radicale initiée à la fin des années soixante est loin d’être terminée. Même dans les milieux progressistes nous voyons encore les effets du système d’oppression des femmes. Voilà pourquoi il est fondamental de faire connaître les luttes féministes passées, pour mieux comprendre notre réalité et pour mieux orienter les luttes féministes présentes et à venir.


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