Édition du 16 avril 2024

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LGTB

2016 – L’homophobie et la transphobie affectent tous les âges

La campagne de la journée internationale contre l’homophobie et la transphobie 2016 met en lumière les réalités sur la situation des personnes aînées lesbiennes, gaies, bisexuelles et trans (LGBT).

(tiré du site http://www.homophobie.org/campagne/2016-lhomophobie-transphobie-affectent-ages/)

Des études sur les conditions de vie des personnes aînées LGBT ont démontré qu’en plus de subir les effets du vieillissement au même titre que l’ensemble des aînés, elles doivent également faire face à d’autres problèmes et situations particulières, tels que :

 un soutien du réseau familial moins important que celui des hétérosexuels ;
l’appréhension d’être victime de l’homophobie et de la transphobie de leurs pairs, et de devoir ainsi cacher leur orientation sexuelle, et leur identité ou expression de genre ;
 une tendance plus élevée que la moyenne à vivre dans la solitude, à souffrir de dépression et à développer des dépendances ;
 une propension à penser au suicide ;

Cette situation est le résultat de difficultés rencontrées tout au long de leur vie. La criminalisation, la pathologisation médicale et la condamnation religieuse de l’homosexualité et de la transidentité sont à l’origine des stéréotypes, des préjugés et des stigmatisations qui persistent aujourd’hui. Ce manque de reconnaissance de leur individualité, notamment dans les milieux côtoyés par les personnes aînées, engendre des conséquences néfastes pour leur santé physique et psychologique.

Quelques statistiques sur les personnes LGBT de 50 ans et plus

 39 % ont déjà sérieusement pensé à s’enlever la vie ;
 31 % connaissent des symptômes de dépression ;
 21 % n’ont pas divulgué leur orientation sexuelle ou identité de genre à leur médecin généraliste ;
 53 % vivent en état d’isolement.

Pour en savoir plus
Qu’est-ce que la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie ?

La tenue dʼune journée thématique annuelle dédiée à la lutte contre lʼhomophobie et la transphobie est une idée québécoise. Elle est née en 2003 au Québec, à l’initiative de la Fondation Émergence. Avec la complicité de partenaires, cette journée s’est introduite en Belgique, en France et dans plusieurs autres pays pour ainsi devenir une journée internationale. La Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie est lʼoccasion dʼorganiser des activités de sensibilisation et dʼéducation aux réalités des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentitaires. Dans le cadre de ces activités, la Fondation diffuse une campagne de sensibilisation qui aborde une réalité particulière des personnes LGBT. La thématique 2016 aborde les réalités des personnes aînées LGBT.

Les personnes aînées LGBT forment l’une des plus grandes minorités du Québec, soit environ 125 000 personnes de 65 ans et plus d’ici 2018. Pourtant, ces personnes sont pratiquement invisibles aux yeux de notre société. La grande majorité de la population n’a pas conscience que l’homophobie et la transphobie affectent tous les âges, qu’il existe aussi des personnes aînées lesbiennes, gaies, bisexuelles et trans.
Pourquoi le 17 mai ?

C’est le 17 mai 1990 que lʼOrganisation mondiale de la santé (OMS) a retiré lʼhomosexualité de la liste des maladies mentales, mettant fin à plus dʼun siècle dʼhomophobie médicale. Il s’agit donc d’une date symbolique dans lʼévolution de la condition des personnes homosexuelles. La Déclaration de Montréal issue de la Conférence internationale sur les droits de la personne des communautés LGBT tenue à Montréal du 26 au 29 juillet 2006 incluait une recommandation pour la reconnaissance dʼune Journée internationale contre lʼhomophobie le 17 mai de chaque année, portée à l’ONU en 2010.

Qu’entend-on par homophobie et transphobie ?

L’homophobie comprend « toutes les attitudes négatives pouvant mener au rejet et à la discrimination, directe et indirecte, envers les gais, les lesbiennes, les personnes bisexuelles, transsexuelles et transgenres[1] ou à l’égard de toute personne dont l’apparence ou le comportement ne se conforme pas aux stéréotypes de la masculinité ou de la féminité » (Ministère de la Justice, 2009, p.9).

Quant à la transphobie, elle comprend « toutes les attitudes négatives pouvant mener au rejet et à la discrimination, directe et indirecte envers des personnes transsexuelles, transgenres et travesties, ou à l’égard de toute personne qui transgresse le genre, le sexe ou les normes et représentations relatives au genre et au sexe » (Ministère de la Justice, 2009, p.9). Souvent insidieuses, l’homophobie et la transphobie se manifestent d’une multitude de manières, allant de la moquerie à la violence physique et l’exclusion sociale.

Plusieurs personnes aînées LGBT ont été élevées dans des milieux socioculturels où l’homosexualité et la transidentité étaient condamnées. N’ayant aucun autre modèle, certaines personnes LGBT ont intégré des préjugés et des normes sociales homophobes et transphobes, les conduisant à une dévalorisation et une haine de soi, se culpabilisant d’être ce qu’elles sont. D’autres vont, au contraire, retourner la dévalorisation, voire la haine, sur les homosexuels et les transidentitaires auxquels ils ne souhaitent pas ressembler, puis devenir à leur tour homophobes et des transphobes.

Quel est le parcours des personnes aînées LGBT ?

Bien qu’au Québec et au Canada, les personnes LGBT aient atteint l’égalité juridique, les personnes aînées de ce groupe ont eu un parcours souvent ardu, marqué par diverses formes de discriminations, de préjugés et de stigmatisations. Prendre conscience de permet de mieux comprendre certaines de leurs craintes et réalités.

À la fin du XIXe siècle, des médecins se sont intéressés à l’homosexualité. À la lumière de la psychologie et de la psychanalyse qui en sont à leur balbutiement, l’homosexualité fut considérée comme une pathologie qu’on a tenté d’expliquer par des théories médicales et psychologiques et qu’on a essayé de guérir à l’aide de thérapies de conversion, d’électrochocs et même des lobotomies. Nombre d’ouvrages de spécialistes se sont multipliés à la fin du XIXe et au début du XXe siècle pour trouver une réponse et des solutions à un comportement jugé déviant. De nos jours, ces écrits servent encore de références à ceux et celles qui condamnent l’homosexualité et ne tiennent pas compte des études récentes qui abordent l’homosexualité, non pas comme une maladie, mais comme une orientation sexuelle parmi d’autres.

Le saviez-vous ?

L’homosexualité a toujours existé, et ce, dans toutes les sociétés. Elle a été acceptée durant l’Antiquité grecque et romaine, sous certaines conditions, mais a été le plus souvent condamnée aussi bien par les religions que par différents régimes politiques. Considérés comme inférieurs et « ennemis de l’ordre », beaucoup d’homosexuels ont été condamnés au bûcher. Aujourd’hui encore, 79 pays interdisent les relations sexuelles entre adultes consentants de même sexe ou disposent une loi imprécise à cet égard. Ainsi, de nombreuses sociétés condamnent l’homosexualité par des sanctions allant de la prison à la peine capitale. Enfin, notons que plus de 160 pays n’offrent aucune protection en cas de discrimination (Cage, Herman, & Good, 2014)

3 stigmatisations

Les personnes aînées LGBT ont vécu à une époque où l’homosexualité était considérée comme une maladie par le milieu de la santé et des services sociaux, comme un péché par les religions et comme un acte criminel punissable par la loi.

Il faudra attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale et surtout la fin des années soixante pour que des groupes de gais et de lesbiennes se forment, non plus comme des groupes sociaux fermés, mais comme des organismes de revendication œuvrant à lutter contre les discriminations et pour la décriminalisation des pratiques homosexuelles. Ces groupes s’inscrivent dans la montée du féminisme, des mouvements hippies et la revendication des droits civiques pour les Noirs américains qui culmineront dans les années soixante-dix.

En juin 1969, fatiguées des incessantes descentes de police dans les bars, des personnes transidentitaires et des hommes gais vont spontanément manifester et s’opposer à une descente policière dans le bar Stonewall Inn, dans le quartier de Greenwich Village à New York. Suivront plusieurs jours d’émeutes. L’événement est retransmis par les chaînes de télévision. Les émeutes de Stonewall sont symboliques, car elles représentent le début du mouvement pour les droits civiques des personnes LGBT aux États-Unis, puis dans tous les autres pays occidentaux. Les défilés de la fierté gaie, qui ont lieu dans la majorité des grandes villes aux alentours du 29 juin, commémorent chaque année les émeutes de Stonewall.
Stonewall Bar 1969 07-02-69. Disturbance on Sheridan Square, NYC. Scenes at Christopher St. and 7th Ave. South with police trying to clear crowds. Pictured, Stonewall Inn which was raided one day last week.(Larry Morris/The New York Times)

Durant les décennies qui ont suivi les émeutes de Stonewall, de nombreuses associations ont été formées et sont descendues dans la rue pour se faire entendre. Des journaux diffusant des informations et des textes de réflexion sur l’orientation sexuelle voient alors le jour. De plus en plus de gais et de lesbiennes commencent à dévoiler leur orientation sexuelle en dehors de la sphère privée. On commence à parler de sortir de la clandestinité ou de « sortir du placard ». Les slogans reflètent l’idée qu’être gai ou lesbienne, ce n’est ni une maladie, ni un crime, ni une déviance morale, mais une autre façon de vivre sa sexualité. Tranquillement, mais sûrement, les communautés LGBT vont devenir plus visibles. Les lieux de socialisation, souvent des bars privés, vont maintenant avoir pignon sur rue. Dans certaines villes, les établissements fréquentés par cette clientèle se regroupent sur une même portion de rue ou encore dans des quartiers.

Le Village gai à Montréal est né à ce moment, aux alentours des années quatre-vingt. L’ouverture de cafés, de restaurants et de bars dédiés aux personnes LGBT va contribuer à développer une culture gaie et à la rendre visible. Des symboles sont dès lors reconnus par le grand public, comme le triangle rose et le drapeau arc-en-ciel. Des acteurs, des musiciens, des politiciens, bref, des personnalités publiques de tous les domaines vont devenir des modèles positifs pour les communautés LGBT. Mais surtout, grâce à ce mouvement, les personnes LGBT vont obtenir plus de droits. Au Canada, elles atteindront l’égalité juridique en 2005, avec la légalisation du mariage entre personnes de même sexe. Aujourd’hui, cette égalité juridique étant atteinte, sauf pour les personnes transidentitaires, les efforts de sensibilisation visent désormais une meilleure acceptation sociale des réalités LGBT. Grâce à ces efforts, une plus grande ouverture dans de multiples sphères est constatée, dont le milieu du sport professionnel qui accueille, depuis les deux dernières années, le « coming out » de quelques sportifs toujours actifs.

Quelles sont les réalités des personnes aînées LGBT aujourd’hui ?

Malgré cette lutte d’émancipation, les personnes aînées LGBT ne s’en sont pas toutes sorties indemnes. En plus de vivre les mêmes enjeux face au vieillissement que les autres aînées, les personnes aînées LGBT ont des particularités qui impliquent certaines difficultés supplémentaires. Souvent, elles doivent également faire face à d’autres problèmes et situations particulières, tels que :

 un soutien du réseau familial moins important que celui des hétérosexuels ;
 l’appréhension d’être victime de l’homophobie et la transphobie de leurs pairs ;
 une tendance plus élevée que la moyenne à vivre dans la solitude, à souffrir de dépression et à développer des dépendances ;
 le désir de pouvoir divulguer ou taire leur orientation sexuelle et que cela soit respecté ;
- le souhait qu’en l’absence de la famille biologique (père, mère, sœur, etc.), la famille choisie (amis les plus proches) soit prise en considération ;
 le besoin d’être entendues et reconnues aussi bien par les acteurs du réseau des aînés LGBT que par les aînés hétérosexuels.

Invisibilité des personnes aînées LGBT

Les personnes aînées LGBT ont donc le sentiment de devenir de plus en plus invisibles aux yeux de la société, mais aussi aux yeux de leur communauté. En Australie, la gérontologue et sociologue Jo Harrison (2005), se basant sur les expériences menées aux États-Unis, et plus particulièrement en Californie, constate le manque de visibilité des personnes aînées LGBT dans les recherches, la formation du personnel travaillant avec les aînés, et les politiques menées auprès des aînés ce qui expliquerait la prévalence de l’hétéronormativité dans toutes les sphères touchant les aînés en Australie. Ce constat d’invisibilité est prédominant/prédomine dans toutes les études et recherches consultées, qu’elles proviennent d’Australie, des États-Unis, de Grande-Bretagne, d’Espagne ou du Canada (Fondation Émergence, 2010).

Hétéronormativité  : Système de normes et de croyances qui renforce l’imposition de l’hétérosexualité comme seule sexualité ou mode de vie légitime (Chambre de commerce LGBT du Québec : 2014)

Méfiance envers les soins palliatifs et les soins de fin de vie

Le manque d’intérêt pour les réalités LGBT de la part des acteurs du milieu des aînés est doublé par la perception souvent négative qu’ont les personnes aînées LGBT des services offerts aux aînés en général. Une méfiance envers toute forme d’institution est manifestée par la génération pré-Stonewall ayant connu la stigmatisation légale (criminalisation de l’homosexualité), religieuse (l’homosexualité comme péché), médicale (maladie mentale) et sociale (non-reconnaissance et exclusion des personnes homosexuelles). Cette méfiance pousse les personnes aînées LGBT à ne pas dévoiler leur orientation sexuelle et à ne pas chercher de l’aide en dehors du cercle des intimes, car elles ne se sentent pas dans un environnement accueillant et sécuritaire. Par ailleurs, le fait de ne pas chercher de l’aide et de ne pas demander de services aurait des conséquences sur leur santé physique (Fondation Émergence, 2010).

Taux d’isolement et de solitude plus élevés

L’isolement et la solitude peuvent entraîner des épisodes de dépression, ou encore une consommation abusive d’alcool ou de drogues (médicamenteuses ou non). Or, les personnes aînées LGBT ont plus tendance à vieillir dans la solitude et l’isolement que pour les aînés hétérosexuels. Dans le quartier Lambeth de Londres, où vit une importante population LGBT, une étude révélait que la propension pour les personnes aînées LGBT à vivre seule était deux fois et demie plus élevée que pour les hétérosexuels (Keogh et al, 2006). Constat tout aussi préoccupant dans une enquête menée auprès des personnes aînées LGBT à New York, qui révélait que si 50 % des aînés de la ville vivaient seuls, ce pourcentage s’élevait à 80 % pour les personnes aînées LGBT. La même étude avançait que seulement 25 % des aînés LGBT avaient des enfants contre 75 % des aînés hétérosexuels (New York State LGTB Health and Human Services Network, Herman, & Empire State Pride Agenda Foundation, 2000).

Importance de la famille choisie

Le fait que les personnes aînées LGBT aient moins d’enfants, soient moins souvent en couple et entretiennent des relations parfois plus distantes avec leur famille (frères, sœurs, neveux et nièces) met en évidence une autre particularité des personnes aînées LGBT : l’importance des amis. Ceux-ci se substituent à la famille biologique et occupent une place prépondérante dans la vie des personnes aînées LGBT. Heaphy, Yip, et Thompson (2004) notent que 59 % des répondants, en dehors de ceux qui avaient un conjoint, affirment qu’en cas de besoin de soutien émotionnel, ils font appel à leurs amis, contre 9 % qui choisissent leur famille d’origine. Selon ces auteurs, la notion de famille choisie est un concept nouveau qui devrait être pris en compte par ceux et celles qui œuvrent auprès des aînés.

Craintes quant aux résidences pour personnes aînées

Dans la majorité des enquêtes, le pourcentage des personnes aînées LGBT qui souhaiteraient des maisons pour LGBT dépasse les 70 % (pourcentage légèrement plus élevé chez les lesbiennes). Les raisons qui motivent un tel désir sont liées en grande partie, selon l’étude menée par Keogh et al (2006), à la peur de ne pas pouvoir partager leur expérience de vie avec les autres résidents, du rejet par les résidents si ceux-ci apprenaient leur orientation sexuelle et de ne pas avoir la même attention de la part du personnel et des intervenants en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Ces craintes révèlent l’importance d’offrir des environnements sensibles aux réalités LGBT.

Présomption d’hétérosexualité (services aux aînés)

Il arrive parfois d’entendre l’énoncé suivant : « Nous n’avons pas de personnes aînées LGBT parmi notre clientèle ». Pourtant, d’ici 2018, au Québec, il est estimé qu’une population d’environ 125 000 aînés LGBT aura atteint l’âge de 65 ans et plus (Fondation Émergence, 2013). Selon l’enquête menée par le Centre for Research on Families and Relationships (2004), une grande majorité des répondants pense qu’il y avait toujours la présomption d’hétérosexualité de la part des professionnels et des intervenants auprès des aînés. Selon les répondants, la présomption d’hétérosexualité, omniprésente chez tous les fournisseurs de services aux aînés, induit que ces derniers pourraient avoir des comportements hétérosexistes.

Réduction de l’homosexualité à la pratique sexuelle

On croit parfois qu’avec l’âge, la disparition de la sexualité implique aussi la disparition de l’homosexualité. Dans un premier temps, il importe de rappeler que la sexualité ne disparaît pas avec l’âge. En effet, les trois quarts des personnes âgées de 60 à 69 ans et environ un quart des personnes de 70 ans et plus sont toujours actifs sexuellement (Wallach, 2013). Dans un second temps, même en l’absence de sexualité ou en la présence d’une politique selon laquelle « on ne s’occupe pas de ce qui se passe dans les chambres », il est important de ne pas réduire l’orientation sexuelle à son expression uniquement sexuelle. Être gai ou lesbienne dépasse largement la relation sexuelle avec un partenaire de même sexe. Ainsi, en l’absence de sexualité, la dimension sociale et affective doit être prise en compte. Comme pour les couples hétérosexuels, ceux de même sexe se forment autour de sentiments amoureux et affectifs. Les couples de même sexe, composés de deux femmes ou de deux hommes, vivent les mêmes bonheurs et difficultés que les couples de sexe différent. Ils ont eux aussi une expérience de vie et souhaitent être entendus et reconnus.

Vieillissement et VIH/Sida

Un phénomène préoccupant pour les politiques de santé publique, le monde médical et les organismes VIH/sida réside en l’augmentation du pourcentage de cas de séroconversion dans la population âgée de 50 ans et plus. L’Organisation mondiale de la santé s’est d’ailleurs inquiétée du peu d’attention portée à la transmission du virus passé 50 ans et déplore le peu d’enquêtes sur cette question (Schmid et al, 2009). À Montréal, le groupe des hommes gais de 50 ans et plus formerait 30 % des personnes séropositives suivies par la clinique L’Actuel (Passiour, 2009). Cette proportion élevée chez les 50 ans et plus n’est cependant plus unique aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. En 2009, on constatait une proportion comparable de femmes et d’hommes hétérosexuels nouvellement infectés dans ce même groupe d’âge (Wallach, 2013). À l’époque où les hommes gais et bisexuels étaient plus concernés que les hétérosexuels, des recherches ont été réalisées afin de comprendre pourquoi les hommes ayant des relations avec les hommes se sentaient plus ou moins touchés par la transmission du VIH. Les études menées par Murray et Adam (2002) à partir de groupes de discussions composés de 46 hommes, âgés de 40 à 71 ans et ayant des relations avec d’autres hommes, apportent des éléments de réponse quant au possible relâchement de pratiques sexuelles sécuritaires pour les plus de 50 ans :

 une lassitude à utiliser le condom ;
 des rencontres de partenaires sexuels plus difficiles donc les personnes sont moins portées à négocier des pratiques sexuelles sécuritaires quand l’occasion se présente, de peur de se voir refuser cette relation sexuelle ;
 le condom accentuerait les difficultés érectiles.

D’autres facteurs entreraient en ligne de compte comme des rapports sexuels avec différents partenaires, et très souvent sans protection, afin de briser la solitude et l’isolement. Par conséquent, il importe de miser sur la prévention et le dépistage du VIH auprès des aînés, peu importe leur orientation sexuelle.

Quelles mesures dois-je prendre ?

À la lumière de ces thématiques récurrentes, il est important de reconnaître que l’orientation sexuelle et l’identité de genre sont des spécificités identitaires au même titre que l’âge, le sexe, la langue et la religion. Ainsi, voici quelques actions qu’il est possible de mener au quotidien, et qui ne passent pas inaperçues auprès des personnes aînées LGBT faisant appel à des services de santé :

- manifester des signes d’ouverture à l’égard des personnes aînées LGBT afin qu’elles se sentent plus à l’aise de dévoiler leur orientation sexuelle ou leur identité de genre ;
- s’abstenir de présumer de l’orientation sexuelle d’une personne en utilisant une terminologie plus neutre comme « partenaire de vie » plutôt qu’« époux » ou « épouse » ;
- respecter le choix d’une personne aînée de dévoiler ou non son orientation homosexuelle ou sa transidentité ;
 être conscient de l’importance de la famille choisie pour les personnes aînées LGBT ;
- soutenir dans leurs démarches les personnes aînées victimes d’homophobie ou de transphobie tant de la part des intervenants que des autres bénéficiaires.

Des outils pour aller plus loin

Le programme Pour que vieillir soit gai de la Fondation Émergence propose une trousse de sensibilisation aux réalités des personnes aînées LGBT. Cette trousse contient :

 capsules vidéo des intervenants du milieu des aînés
 un diaporama et un guide d’animation
 des fiches d’information sur les réalités LGBT
 un recensement des études portant sur les aînés LGBT
 une filmographie et d’autres outils de sensibilisation.

Voir le programme Pour que vieillir soit gai

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