Vous êtes ici : Accueil > International > États-Unis > Le dernier « reality show » de D. Trump ne doit pas nous illusionner

mardi 7 mars 2017, par Robert L. Borosage

Enregistrer au format PDF impression
|

États-Unis

Le dernier « reality show » de D. Trump ne doit pas nous illusionner


Il a démontré qu’il pouvait jouer les présidents à la télévision, mais c’est tout.

Robert L. Borosage, The Nation, 2 mars 2017
Traduction : Alexandra Cyr

Dans son discours devant le Congrès réuni mardi soir, (28 fév.) le Président Trump a démontré qu’il avait les capacités pour jouer le rôle de président à la télévision. Il a lu un long texte sans se tromper et en utilisant tous les rituels habituels : de l’optimisme dans l’éloquence, des appels à l’unité, de grandes promesses et de petites politiques, des références sordides à des héros et à des soldats morts et blessés, le tout pour soulever les applaudissements.

Il a été reçu comme une sensation tant les attentes à son égard étaient minimes. Des sondages immédiats (après ce discours) ont mis à jour un haut taux d’approbation chez les téléspectateurs-trices. Le commentateur progressiste de CNN, A.K. Van Jones et le leader de la majorité républicaine (au Sénat), M. M. McConnell ont qualifié M. Trump de « présidentiel » pour avoir exploité à outrance la volonté de la veuve d’un membre d’une mission armée bordélique au Yémen de défendre son mari.

D. Trump s’accrochait à son texte, mais il n’a pas manqué de reprendre ses thèmes de campagne. Encore une fois, il a dressé un portrait désolant du pays : chômage de masse, chaos à cause de l’immigration illégale, menace de cellules terroristes dormantes dans le pays, désastre lié à l’éventuelle explosion (des coûts) d’Obamacare et plus encore.

Il a fait la liste des promesses qu’il a tenues au cours des 38 premiers jours (de son administration). Peu importe que plusieurs d’entre elles n’aient été que symboliques : des décrets pour réviser quelque chose, pour créer des commissions d’investigation, tours de force à célébrer, construire « un grand mur ». Il a confirmé ses intentions, rien quant aux résultats.

Encore une fois, il s’est présenté comme le magicien capable de faire descendre des miracles des cieux. « Des industries à l’agonie seront ramenées à la vie », des « infrastructures en décrépitude » seront remplacées par de nouvelles qui « brilleront sur notre beau territoire ». Il a promis qu’en fin de compte, « notre terrible épidémie de drogues finira » et que « les centres-villes négligés renaîtront ». Sa réforme de l’assurance-santé « multipliera les choix, améliorera l’accès, diminuera les coûts et en même temps fournira des soins de meilleure qualité » a-t-il proclamé. Et il a ajouté : « Tout ce qui ne fonctionne pas dans notre pays peut être réparé. Tous les problèmes peuvent être résolus. Toute les familles qui souffrent peuvent trouver de l’aide et de l’espoir ».

Mais pendant qu’il portait aux nues « aide et espoir », il alimentait la division. Dans son discours, les immigrants-es menacent les emplois et sont violents-es. Les musulmans-es cherchent « un refuge pour les terroristes » dans notre pays. Les « cartels du crime » se sont « répandus dans notre pays ». Il condamne le « terrorisme islamique radical » et ne tient aucunement compte des avis de son nouveau responsable à la sécurité qui l’informe que d’impliquer la totalité des fidèles de cette religion dans ce vocable ne fait que renforcer les terroristes.

Le fossé abyssal entre ses promesses et sa politique est flagrant. Il a promis de bons emplois et offert des rabais de taxes aux entreprises, de la dérèglementation et une vague réforme de la politique d’immigration à titre de réponse. Il a promis que le commerce serait plus juste, mais n’a présenté aucune politique à cet effet, sauf quelques gestes en rapport avec le traité de Partenariat Trans-Pacifique qui pousse ses derniers soupirs. Sa promesse de qualifier la politique monétaire de la Chine de manipulation est déjà loin dans les mémoires.

Il a promis de nettoyer le marais (du gouvernement à Washington), mais a mandaté des membres de Goldman Sachs d’élaborer ses politiques économiques. Il demande un plan de réfection des infrastructures qui serait financé par « des capitaux publics et privés », une manœuvre typique de Goldman Sachs qui compte sur le fait que les contribuables délieront les cordons de leurs bourses.

Le Président a aussi effrontément volé les idées des Démocrates progressistes pour être applaudi. Le commerce plus juste, un plan d’un mille milliard de dollars pour reconstruire les États-Unis, acheter et embaucher américain, le programme de soins de santé abordable, des congés parentaux payés, des soins de santé accessibles et abordables pour les enfants, des investissements dans la santé des femmes, la protection de l’air et de l’eau, le tout applaudi et même ovationnés par les Républicains-es du Congrès alors qu’antérieurement, leur position reposait sur l’obstruction à tout progrès sur ces enjeux. Elle risque fort d’être reprise.
Dans tout son discours, M. Trump ne mentionne jamais les pertes financières omniprésentes au Pentagone, pas plus que la fraude et les abus qui y existent et qui ne peuvent être soumis à enquête. Rien non plus pour faire face aux dangers présents et bien réels liés aux changements climatiques catastrophiques qui déstabilisent des régions. Il se répand en injures contre les flots de drogue qui (soi-disant) traversent nos frontières, mais, il ne dit pas un mot de l’épidémie mortelle d’opiacés vendus aux comptoirs de nos pharmacies.

Ce discours est la preuve que Donald Trump peut jouer les présidents à la télévision. Il peut se présenter comme le champion du populisme et promettre la lune sans sourciller, mais en vérité, il offre le même vieux programme conservateur en le présentant sous un nouveau jour.