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    Chloé Matte Gagné

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    Les enjeux féministes durant la dernière campagne électorale au Québec

    mardi 23 décembre 2008, par Chloé Matte Gagné

    La dernière élection provinciale, malgré la morosité, n’était pas si dépourvu d’intérêt politique dans la mesure où l’on prenait le temps de s’y attarder. Comme féministe, je me suis demandée ce qu’il en était de la question des femmes.

    Il y a d’abord la présence

    Deux articles nous ont illustré comment les partis politiques ont fait de la place aux femmes. Ce sont celle de Louise Paquet dans Le Devoir du 29 et 30 novembre 08 et celle Jocelyne Richer dans le Soleil du 12 décembre 08. Les chiffres suivants proviennent de ces deux articles.

    Au départ, les femmes ne sont pas équitablement représentées. Sur 651 candidatures, les femmes en représentent 200 soit 31 % . On est loin de la parité, alors que dans la population, les femmes représente 51 %.

    Les partis politiques n’ont donc pas fait de place aux femmes. Le PLQ a présenté 32 % de femmes, le PQ 31 %, l’ADQ 20 %, QS 53 % et le Parti Vert 16 femmes. Mais le plus grave c’est que tous les partis politiques sauf Québec solidaire ont connu une baisse de représentation des femmes si on compare avec l’élection de 2007.

    Certes le PQ a essayé de jouer la carte de Pauline Marois comme première femme chef de parti (en fait Françoise David l’a été avant) et aussi comme première Première ministre du Québec si le vote péquiste remportait les élections. Ce sont de pleines pages des journaux que nous avons vu porter le slogan de voter pour une femme. Mais tout cela s’est fait la dernière semaine de la campagne. Trop peu, trop tard. De plus, le vote pour une femme ne doit pas être analysé dans la seule dimension de sexe. Sinon, il aurait fallut voter Golda Meir et Margaret Tatcher.

    Les partis politiques n’ont donc pas pu recruté des femmes comme candidates. Les raisons sont nombreuses : morosité politique, absence de politique conciliation famille-travail, exigence de la tâche, manque de temps, manque de confiance en soi etc…

    Pourquoi toutes ces raisons ne sont bonnes que pour les femmes, les hommes ne vivent-ils pas en famille ? Ont-ils tous confiance en eux ? (Il semble que oui…en tout cas plus que les femmes). En fait, la performance de QS démontre que les femmes sont là et sont prêtes… Ce sont les partis qui, eux, ne le sont pas. Des femmes dans cet univers masculin c’est une vraie révolution.

    Les élections ont donc tranché au détriment des femmes. Il y aura, lors de l’ouverture de la session parlementaire, 37 femmes députées sur 125 soit 29 % des sièges contre 25 % en 2007 et 30 % en 2003. C’est peu, surtout si on regarde du côté de l’Europe et des pays scandinaves. La place des femmes y est bien plus prédominante… et ce, sans que ça cause de problèmes. Ici on préfère s’interroger sur la discrimination faite aux hommes parce le gouvernement Charest a maintenu un cabinet ministériel paritaire. La présidente du Conseil du Statut de la femme, madame Christiane Pelchat a justement dénoncé ce questionnement. Qu’est-ce qui est discriminatoire : rétablir une parité à partir d’une discrimination faite aux femmes (37 femmes sur 125 députés ) et symbole de ce qui se passe quotidiennement dans la société ou renforcer une domination mâle pour établir le cabinet au prorata des personnes élues (évidemment 88 hommes élus) ?

    Non la place des femmes en politique est loin d’être faite. Au contraire… elle régresse (moins de femmes) ou se maintient difficilement (cabinet paritaire).

    Et dans le contenu ?

    Mais au-delà de la présence des femmes comme candidates, qu’en est-il du discours féministe ?

    A qui s’adresse d’abord le discours politique ? Messieurs Dumont et Charest oublient systématiquement totalement les femmes quand ils font un exposé public. Pourtant messieurs, nous sommes plus de 51 % de la population. Pourquoi ne pas s’adresser à nous égalitairement ? Madame Marois et Françoise David, elles, sont plus respectueuses, Amir Khadir oublie souvent de normaliser (féminiser) son discours mais, pour sa défense, avance souvent les dimensions féministes des revendications qu’il défend. Au départ, les politiciens ne s’adressent pas à nous, nous sommes noyées dans la population. Nous sommes absentes de la scène sociale. Quel intérêt avons-nous à faire de la politique dans ce contexte ?

    Le sujet des garderies demeure toujours le sujet de l’heure pour tenir compte des femmes. Pourquoi celui-là ? pour les besoins en service bien sûr... mais aussi parce que traditionnellement les femmes sont d’abord des mères... rôle traditionnel oblige. Alors qu’en est-il des garderies dans la dernière campagne ? Évidemment, une question de coût versus l’ouverture de places. Et les chiffres se sont battus du PQ au PLQ pour qui en créerait le plus à meilleur coût. L’ADQ, lui , était clair… il faut maintenir les femmes à la maison par une allocation… quelle innovation !

    Cherchons les autres sujets touchant les femmes

    Cherchons encore… Difficile de trouver. Les partis politiques ont axé leurs discours sur la crise économique. Est-ce ce sujet fort, sérieux, important qui fait que les femmes n’étaient pas à l’ordre du jour… il y avait plus important… plus urgent ? Mais les premières victimes de la crise économique… ce sont les femmes. Rien pour l’aide sociale, tout pour l’entreprise. En santé, le privé à toute allure, rien pour les programmes sociaux. Qui va encore payer ? Les femmes pauvres et malades. Du fait que les femmes représentent 51 % de la population, toute thématique doit développer une dimension soulignant les femmes. Mais, si déjà les politiciens ne s’adressent pas à nous, encore moins vont-ils développer ce qui nous touchent socialement. Cette transversalité de la dimension féministe dans toutes les revendications de plate-forme électorale doit aussi être combinée à un grand renforcement pour les femmes en particulier, surtout pour tenir compte de la violence faite aux femmes et du droit de choisir les enfants qu’elles veulent. On est bien loin de cela actuellement dans les plate formes électorales des partis politiques actuels au Québec, sauf pour QS. Et même si QS défend ces points dans sa plate-forme complète et se définit comme un parti féministe, dans son dépliant électoral, la transversalité et la spécificité des revendications féministes sont totalement absentes… pour un parti qui se réclame du féministe, c’est une erreur importante.

    Conclusion

    Cette campagne électorale a vu tous les partis se repositionner sur l’espace politique : plus à droite, plus au centre, pareil à l’autre et carrément à gauche. Mais ces changements n’ont rien donné pour les femmes. Au contraire, nous sortons de cette campagne moins fortes qu’avant.

    Pourtant, la FFQ avait lancé une semaine de sensibilisation contre la violence faite aux femmes qui culminait par la commémoration du 6 décembre. Mais cette sensibilisation n’a pas atteint le terrain politique de tous les partis politiques. Cependant, le comité des femmes de QS-Capitale nationale a souligné cette semaine et a organisé une soirée de discussions sur le thème de la prostitution par le visionnement du film « Pas à vendre » et par un exposé de madame Rose Dufour, anthropologue travaillant avec les femmes prostituées. La vision abolitionniste a déjà été adoptée comme position claire du comité des femmes sur la vente du corps des femmes. Cette activité intéressante permettait régionalement à QS Capitale nationale de défendre sa dimension féministe. Une activité que d’autres partis politiques auraient pu aussi organiser dans le cadre de cette semaine de sensibilisation de la FFQ. Mais la violence faite aux femmes ne faisait pas grimper les sondages.


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