Serge Mongeau est écrivain ; il vient de diriger un collectif qui a publié, aux Éditions Écosociété, Objecteurs de croissance. Pour sortir de l’impasse : la décroissance. Il est membre du Mouvement québécois pour une décroissance conviviale.
Dans sa chronique financière du 17 décembre, Pierre Couture transmet les recommandations de l’analyste Michel Tessier, de Valeurs mobilières Banque Laurentienne. D’après lui, les investisseurs sages devraient profiter de la crise pour acquérir des titres « beaux, très bons et pas chers ». Vite trouvons notre place sur les épaules de ceux qui s’enfoncent pour ressortir de la crise plus riches encore !
À part un petit mot de temps en temps à propos de placements soi-disant « éthiques », quand les chroniqueurs financiers nous amènent-ils à réfléchir sur les conséquences de nos placements ? Pierre Couture recommande sans broncher, suite à l’avis de Michel Tessier, les actions de Barrick Gold. Aucune mise en garde de M. Couture à propos de cette entreprise dont le comportement en Afrique et ailleurs fait l’objet de maints questionnements. Le livre Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique, d’Alain Deneault et collaborateurs, fait écho à ces questionnements ; mais Barrick Gold n’aimant pas qu’on s’interroge sur ses agissements, elle tente par tous les moyens d’empêcher le public d’avoir accès à une information pourtant nécessaire. À répétition, elle entreprend des poursuites judiciaires contre ceux qui réclament plus d’information sur ses manières de faire ; dans le cas de Noir Canada, elle poursuit les auteurs et l’éditeur Écosociété pour un montant de six millions de dollars. Quand on y pense, les investisseurs éventuels doivent s’en frotter les mains : voilà une entreprise qui sait faire de l’argent : en exploitant le tiers monde et en profitant ici du système de justice qui, on le sait, protège les puissants et leur permet de s’enrichir.
Mais, je l’espère, peut-être les lecteurs du Soleil attendent-ils davantage de leur chroniqueur financier que des indications de « bonnes affaires ». À quand une information complète ?