Dans Le Devoir de vendredi 16 janvier, L.-G. Francoeur suggère judicieusement la création de réservoirs hybrides éoliens pour compléter la réserve énergétique disponible. Une suggestion complémentaire devrait être envisagée : accompagnant et même précédant le développement des énergies renouvelables, il est primordial de faire la promotion de la conservation et de l’efficacité énergétique si nous souhaitons assurer la rentabilité économique de nos investissements dans les énergies renouvelables et décentralisées.
Après cela, le potentiel éolien, solaire, géothermique et autres pourra être exploité dans un contexte socialement viable. Ainsi, autour de la saga du projet de reconstruction de la centrale nucléaire de Gentilly-2, les très nombreux ingénieurs, qui y travaillent, pourraient se désennuyer de leur routine quotidienne - très importante par ailleurs - de surveillance et d’entretien des équipements nucléaires. Plutôt que de continuer à travailler à la reconstruction de G-2, ils pourraient non seulement planifier sa sécurisation mais s’investir aussi dans l’appropriation de l’expertise du déclassement des réacteurs nucléaires. De plus, ils devraient étudier la possibilité technique de transformer ce site d’H-Q en centrale solaire modèle pour le Québec en remplissant les murs et les toits des deux tours des réacteurs de panneaux solaires rotatifs et inclinables tout en considérant que les équipements du transport électrique sont déjà sur place.
Hydro-Québec suivrait ainsi l’exemple de la centrale nucléaire de Zwentendorf en Autriche qui devait produire 730 MW d’électricité, mais qui n’a jamais été mise en service depuis que le pays a inscrit, en 1978, dans sa constitution le renoncement à l’énergie nucléaire.
Si l’on ajoute d’autres panneaux solaires sur les hectares disponibles autour des réacteurs, si l’on implante en plus des éoliennes et des infrastructures de production d’énergies issues de la biomasse en milieu agricole, si l’on modernise nos procédures de gestion de la demande d’énergie pour compléter le tout, l’inutilité de la reconstruction du réacteur de Gentilly-2 serait largement démontrée. De plus, les autres usines du parc industriel de Bécancour devraient aussi se faire un devoir de mettre la main à la pâte. C’est maintenant le temps pour H-Q de dépasser l’étape des projets-pilotes et de passer à l’intégration des énergies « durables et socialement viables » au portefeuille des choix énergétiques du Québec.
Voilà un très beau projet d’infrastructure fédérale-provinciale à développer durant la prochaine décennie en utilisant une partie de la dizaine de milliards que qu’H-Q et les gouvernements fédéral et provincial voudraient vouloir investir dans la reconstruction de G-2. Mais pour cela, comme écrit M. Francoeur, il faudrait que les dirigeants d’H-Q et les gouvernements en place modifient les examens environnementaux à courte vue qui empêchent l’émergence de visions différentes et porteuses d’avenir.
Si on propose tout cela comme alternatives, il faut aussi les opposer à Rabaska, à la Romaine, à la Rupert, au renoncement à l’exploration gazière et pétrolière dans le golfe, à l’exploitation de l’uranium sur tout le territoire et évidemment à Gentilly-2, d’un bloc, comme un ensemble de solutions du XXe siècle à remplacer par un ensemble de solutions du XXIe siècle.
Dans les prochains mois, le débat de société sur l’avenir de Gentilly-2, réclamé par le BAPE en 2005, doit se développer en envisageant l’implantation des énergies renouvelables de toute espèce dans une perspective décentralisée. Les énormes subventions gouvernementales distribuées durant les 30 dernières années au puissant lobby nucléaire canadien devraient être dirigées maintenant dans le R & D de ces énergies vertes, pour le bénéfice des générations futures.