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    AUTEUR


    André Frappier

    Militant au Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes, il est également membre du Bureau de direction du Conseil régional FTQ de Montréal.


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    Halte au gâchis

    En finir avec l’économie-management à l’américaine

    mardi 24 février 2009, par André Frappier

    Pour tous ceux et celles qui cherchent à mieux comprendre les mécanismes qui ont conduit à la crise autant économique que culturelle du capitalisme mondial, "Halte au Gâchis" d’Omar Aktouf se révélera une source de motivation et, comme il le dit lui-même, un appel pressant et urgent au changement devant les gigantesques faillites crapuleuses en cascades, devant les mensonges comptables et financiers accumulés.

    Décrivant la crise financière américaine des subprimes comme un immonde traficotage hypothécaire imaginé par des cerveaux tordus de financiers-courtiers-gangsters, il explique qu’elle est la conséquence d’un système de capital qui, ne sachant plus comment générer du profit sinon par le chômage, le siphonnage de l’argent public et la pollution, s’est mis à inventer des manières d’aller chercher de l’argent là où il n’y en a à peu près pas : chez les couches sociales les plus basses des Américains dans l’échelle des revenus.

    Omar Aktouf
    Éditions Liber, Montréal 2008,154 pages.

    Les limites de la croissance et de la nature

    La déconstruction de l’idée de maximisation du profit comme moteur de l’économie est centrale de son livre. « Le capital en arrive à vouloir atteindre des seuils de profits qui, aussitôt dépassés, font se retourner contre lui-même les lois de sa propre fructification. Il se met à sacrifier les facteurs qui permettent la production même du profit : le travail, le salariat et la nature. »

    « Les secteurs primaire (extraction directe de matières de base) et secondaire (transformation manufacturière) sont, depuis plus d’un demi-siècle, largement compromis par les limites physiques à exploiter les ressources naturelles (il y a des limites à extraire infiniment du poisson des océans ou du bois des forêts) et les limites ont faire grimper les niveaux de consommation de tous à la hauteur de ceux de l’Occident industrialisé. » p. 44

    « …l’acharnement à vouloir maximiser continuellement et à tout prix le gain des actionnaires appelle une conception économique qui met en son pivot la croyance en la possibilité d’une croissance généralisée infinie. Or, ne serait-ce que du fait qu’on ne peut envisager qu’un peu moins de sept milliards d’individus puissent tous mener le train de vie européen ou américain, il y a forcément des limites à cette croissance. (…) on se tourne donc vers l’autre versant de la capacité à augmenter les gains des actionnaires : la guerre aux coûts, (...que sont) les facteurs mêmes qui font le profit et le capital : c’est-à-dire le travail et la nature. (…) La maximisation de la valeur d’échange ne se fait désormais à peu près plus que sur l’augmentation du chômage, l’abaissement relatif continu de la valeur du travail, et la non-prise en considération des dommages causés à la nature. » pp 62-63

    Quand le management à l’américaine fait école

    Cet état de fait est de plus valorisé dans les médias. Omar Aktouf nous le décrit bien en ces termes : « Ces médias amènent bien des honnêtes citoyens à confondre marché avec démocratie et comptes en banque des riches avec état de santé économique d’une nation. On leur apprend à mépriser les victimes et à aduler les bourreaux, à attaquer sans relâche les coupables sans cesse désignés : les travailleurs et syndicats, les « parasites » du système tels que les chômeurs indemnisés et assistés sociaux, les « concurrents déloyaux » japonais, chinois…et l’État. » p 80

    Capitalisme financier et capitalisme industriel

    Si l’auteur nous livre une critique sévère et sans appel du capitalisme financier, il effectue par ailleurs une distinction avec le capitalisme industriel qui, selon lui, serait plus socialement productif puisqu’il pose comme prémisse non pas le fait de faire rapidement le plus d’argent possible mais comment donner un produit ou un service qui soit toujours le meilleur possible (au coût que cela implique). « C’est donc ici d’une part, le point de vue de l’ingénieur, du technicien, du producteur direct qui domine, non pas celui du financier-comptable et, d’autre part, la concertation, la cogestion, la codécision et la participation qui dirigent, non pas le centralisme de « stratèges-leaders » aussi omnipotents et omniscients qu’inatteignables et incompétents » p25

    Il est cependant contredit sur cette question par Michel Husson, économiste et membre du Conseil scientifique d’Attac-France. Dans son article « Où va la crise ? » paru dans les Nouveaux cahiers du socialisme il indique que : « Une première interprétation consiste à distinguer le « bon » capitalisme productif du « mauvais » capitalisme financier. La finance est alors présentée comme un parasite, une excroissance, qu’il suffirait d’éliminer ou de « réguler » pour revenir à un fonctionnement « normal » du capitalisme. Nous pensons au contraire que le capitalisme contemporain est un « pur capitalisme », en ce sens que la finance n’est pas une distorsion mais au contraire le moyen pour qu’il fonctionne pleinement selon ses propres critères : l’essence du capitalisme est toujours la recherche d’un profit maximum, qui passe par l’exploitation des travailleurs, et il a toujours eu comme vocation de s’étendre à l’ensemble du monde. »


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