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    Face au désastre capitaliste, protectionnisme ou alternative socialiste ?

    mardi 3 mars 2009, par Jim Porter

    La crise de 1929 a déclenché des conflits commerciaux entre impérialismes. Ces conflits, à leur tour, ont contribué à transformer la crise en dépression longue et en une guerre mondiale. La crise capitaliste enclenchée en 2008 sera d’autant plus profonde qu’elle a été retardée par un niveau d’endettement sans précédent du capitalisme. Elle pourrait être d’autant plus dévastatrice si les premières mesures protectionnistes et les prémices de conflits commerciaux se confirment.

    Les dirigeants capitalistes sont conscients que leur monde est au bord du gouffre et que le protectionnisme serait un pas de trop. Ils n’ont pas oublié la leçon de la Grande Dépression. En juin 1930, neuf mois après le krach boursier à Wall Street, deux élus républicains ont fait adopter la loi dite Hawley-Smoot, qui augmentait les tarifs à un niveau record sur plus de 20 000 produits importés. Plus de mille économistes avaient alors signé une pétition dénonçant ce geste. Plusieurs pays ont aussitôt riposté en érigeant leurs propres barrières commerciales.

    Le commerce entre les États-Unis et l’Europe avait chuté des trois quarts en deux ans. Selon des données américaines, le commerce mondial a plongé de 66 % entre 1929 et 1934. A la sortie de la seconde guerre mondiale, les gouvernements ont inclu dans les accords Bretton Woods une réduction des tarifs sur les importations, prélude à la signature de l’accord du GATT quelques années plus tard. (...)

    Le volume du commerce mondial devrait décroître de 2 % en 2008 pour la première fois depuis un demi-siècle. Jusque-là, les échanges augmentaient deux fois plus vite que le PIB mondial. Il est vraisemblable que cette chute soit plus marquée en 2009, suite à l’approfondissement de la crise et à l’adoption de mesures protectionnistes. Moins de deux mois après l’engagement à ne prendre aucune mesure protectionniste, il est clair que l’ampleur de la crise en cours du capitalisme risque de précipiter un nouveau protectionnisme.

    Il est douteux que ce nouveau protectionnisme aboutisse à un fractionnement des marchés aussi important que dans les années 1930, car l’internationalisation du capital est beaucoup plus avancée et les barrières douanières, après un demi-siècle de libéralisation commerciale, sont plus bas qu’alors. Le tarif douanier moyen est tombé de 40 % à 5 % depuis 1947, selon le FMI.

    Toutefois, les campagnes protectionnistes ont toutes les chances de se déployer dans beaucoup de pays, avec un objectif majeur : détourner les travailleurs de la seule issue positive à la crise, le socialisme, en prônant l’unité nationale et le nationalisme, voire la xénophobie. La fuite en avant protectionniste ne ferait qu’accroître la crise économique, sans présenter la moindre alternative au capitalisme. La crise pourrait même conduire à des restrictions aux migrations, y compris à l’intérieur même de l’Union Européenne. L’Allemagne, l’Autriche, le Danemark et la Belgique refusent toujours de lever les restrictions d’accès aux pays ayant adhéré à l’UE en 2004. « Dans une période de crise économique, il est normal d’essayer d’abord de faire travailler nos chômeurs avant d’ouvrir trop largement notre marché du travail à une main d’œuvre étrangère », a dit le 23 Janvier la ministre belge de l’Emploi, Joëlle Milquet.

    Contrairement à ce qu’affirment certains politiciens bourgeois ou réformistes, le protectionnisme n’est en aucune mesure une réponse à la crise capitaliste. Il n’est que la réponse du capital national dans la concurrence inter-impérialiste, celle qui dans les circonstances extrêmes d’une crise du capitalisme pourrait transformer des rivalités entre capitaux en conflits politiques et même en guerres, comme elle y a abouti dans le passé.

    Des secteurs de la gauche réformiste, dont certains avaient prôné le libre échange, découvrent dans la crise les vertus d’un certain degré de protectionnisme (8). Ils ne font ainsi que suivre les capitalistes qui ont intérêt à alterner libéralisation et protection en fonction des rapports de force et des conjonctures.

    Les travailleurs n’ont pas à se battre pour des parts de marché, et encore moins contre d’autres travailleurs. La seule solution à l’exploitation comme aux crises est l’expropriation du capital. Prôner des mesures protectionnistes, sans remettre en cause l’économie de marché, revient involontairement ou non, à préparer le terrain des guerres commerciales, de la xénophobie et des guerres tout court que risque de déchaîner un capitalisme aux abois.

    L’avenir de l’humanité est dans la lutte pour se débarrasser du capital, pas dans l’appui à son expansion internationale (libéralisme), ni dans sa consolidation dans l’espace national (protectionnisme). La distribution des biens et services, au même titre que leur production, doit échapper à la dynamique de l’accumulation du capital et répondre aux besoins de l’humanité, décidés démocratiquement. Seule une révolution socialiste étendue à toute la planète permettra de mettre en œuvre la coopération et la solidarité dans tous les domaines, y compris dans le domaine des échanges de biens et services.

    A la concurrence qui oppose les peuples et les territoires, il faut opposer une planification de l’économie mondiale fondée sur des accords de coopération, c’est-à-dire le droit des peuples, et non du capital, de décider du mode d’insertion des nations dans l’économie mondiale. Ces accords de coopération mettront à bas le libre échange, ils seront fondés sur la satisfaction des besoins, loin de la logique actuelle d’accumulation du capital aux dépens des conditions de vie des travailleurs et de la survie de la planète. A une petite échelle, et encore timidement, c’est le chemin indiqué par les coopérations expérimentées entre les pays membres de l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), et au-delà dans le cadre de l’accord énergétique Petrocaribe.


    Ce texte est un extrait de l’article : La mélopée des sirènes protectionnistes, paru dans la revue Inprecor [>http://orta.dynalias.org/inprecor/a...]


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