Pour une riposte ouvrière à la crise
mardi 10 mars 2009, par André Frappier
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La récession généralisée a pour première conséquence une augmentation du nombre de chômeurs et chômeuses. Elle bouleversera la vie de milliers de personnes qui basculeront dans la pauvreté. Le taux de chômage canadien vient de bondir de 10%, passant à 7,2%. Au Québec il atteint 7,7%, soit 26 700 emplois de moins depuis les neuf derniers mois, un niveau inégalé depuis 1976. Mais le drame c’est qu’à peine 46,1% des sans-emploi sont éligibles à l’assurance-emploi, selon les données de 2006.
Protéger les premières victimes de la crise
Les premières victimes de la crise, celles qui perdront leur emploi, auront besoin d’un soutien immédiat et réel. C’est pour cette raison que vient de se former une vaste coalition formée de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et du Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC) dans le but de faire pression sur le gouvernement conservateur afin qu’il améliore la loi de l’assurance-emploi de façon à venir en aide aux dizaines de milliers de personnes qui ont perdu ou qui perdront leur emploi dans la foulée de la crise économique actuelle. Il faut assouplir l’accès au régime d’assurance-emploi, régime qui a dégagé au cours des 12 dernières années, plus de 57 milliards de dollars de surplus.
Concrètement, la coalition met de l’avant une proposition d’arrangements administratifs, sous la forme de projets-pilotes, d’une durée limitée à trois ans, visant l’assouplissement des règles d’admissibilité, une période de prestations plus longue et l’abolition du délai de carence. En l’occurrence, la proposition inclurait :
• Un assouplissement des critères d’admissibilité en réduisant le nombre d’heures requises de 70 heures ;
• Un allongement de la période de prestations jusqu’à un maximum de 50 semaines de prestations ;
• Un taux de prestations relevé à 60 % et calculé sur les 12 meilleures semaines de la période de référence ;
• L’abolition du délai de carence.
Rappelons qu’en 2008, un projet de loi reprenant ces éléments avait acquis le soutien d’une majorité parlementaire mais essuyé une fin de non-recevoir du gouvernement Harper. À l’heure actuelle le gouvernement s’en tient à un ajout de 5 semaines de prestations supplémentaires. Mais pour les milliers de travailleurs et travailleuses qui n’ont pas droit à l’assurance-emploi, cela ne changera strictement rien.
Devant le refus de Harper, la coalition a commencé à se concerter avec le CTC et des discussions ont lieu actuellement avec les instances syndicales en Ontario, où le taux de chômage atteint 8%, dans le but d’organiser des activités communes.
Engager la lutte pour la répartition de la richesse
Si le premier réflexe de lutte contre la crise économique en un de défense des travailleurs et travailleuses qui sont touchés, cela ne résoudra pas pour autant la crise elle-même ni ses effets dévastateurs qui impliqueront à coup sur des coupures dans les services sociaux, dans les emplois des secteurs publics ainsi que dans les conditions de travail et dans les salaires.
Alors que le gouvernement fédéral :
accorde aux banques une aide de 200 milliards$, sans qu’elles ne soient aucunement tenues de rendre des comptes au Parlement et aux contribuables ; - a annoncé une baisse d’impôts de presque 2 milliards $ par an, baisses qui s’ajoutent à celles accordées aux grandes corporations, qui font que le Canada aura le plus faible taux d’impôts corporatif du G7 en 2012, et à celles d’environ 1 milliard $ décrétées par Jean Charest ;
se prive de milliards de dollars annuellement en ne faisant rien contre les virements vers les paradis fiscaux,
abroge l’article 18.2 de la Loi de l’impôt qui avait pour objet de mettre fin à des échappatoires fiscaux
met en place les Comptes d’épargne libres d’impôts (CÉLI), un nouvel outil d’évitement fiscal
nous n’avons aucune raison de porter le fardeau des coupures sur nos épaules.
Nous devons revendiquer des hausses salariales qui correspondent à un enrichissement réel. Pour sortir de la crise nous devons socialiser les milliards de dollars accaparés par une minorité afin qu’ils servent à améliorer la qualité de la vie et permettent de faire circuler les biens de consommations et ainsi relancer l’économie.
Un front commun pour lutter contre la crise
Les pressions seront nombreuses et les syndicats seront pointés du doigt comme responsables des fermetures d’entreprises ou de l’augmentation du déficit s’ils refusent d’effectuer des concessions. Les négociations entre les TCA et GM en sont un bon exemple, la direction du syndicat ayant accepté un gel des salaires et la suspension des ajustements des plans de retraite en fonction de l’inflation afin de permettre à la compagnie d’obtenir les quelques six milliards en subventions du gouvernement fédéral et de l’Ontario. Mais il faut se poser la question, où iront ces milliards si les travailleurs et travailleuses s’appauvrissent ? Est-ce le début d’une vague de concessions qui atteindra d’autres secteurs ? Le fait que GM impose des reculs aux pensionnés, qui sont parmi les plus vulnérables parce que non organisés et isolés, risque d’avoir un impact sur d’autres secteurs.
Bien que le renouvellement des conventions collectives se fasse individuellement syndicat par syndicat, on ne pourra se permettre d’entreprendre une lutte contre la crise en ordre dispersé. Il faut se mobiliser derrière des thèmes rassembleurs. Pour l’heure, la campagne pour élargir l’accessibilité à l’assurance emploi constitue une première riposte unitaire, nous devons protéger les premières victimes de la crise. Il faut reprendre l’offensive, bâtir un front commun de lutte, pour la diminution du temps de travail sans perte de salaire afin de créer des emplois, pour l’augmentation du pouvoir d’achat et la répartition de la richesse. Cette crise n’est pas la nôtre, il faut le dire haut et fort !
Sources :
Communiqué Conseil national des chômeurs
Communiqué de presse CSN CSQ FTQ CNC
Appel ATTAC-Québec face à la crise
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