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    AUTEUR


    Françoise Breault

    Après une carrière en enseignement, dont un an avec les Échanges France-Québec, j’ai poursuivi en travail social auprès des familles. Vers l’âge de cinq ans, je me demandais pourquoi il y avait des pauvres et ce que je pouvais faire. Sans en prendre pleinement conscience, cette interrogation m’a habité toute ma vie. Une année en Amérique du Sud ne m’avait toujours pas apporté de réponse. Cela m’a pris du temps à voir clair... Maintenant que la lumière est allumée, je ne peux et ne veux la refermer... Tous les faits, toutes mes lectures me confirment comment le système économique actuel contribue à ce fossé grandissant entre riches et pauvres. Me voici maintenant à ma 3e carrière, celle où je peux mettre tout mon temps et énergie à sensibiliser les gens aux graves enjeux d’aujourd’hui, afin de vivre dans un monde plus juste... « mais nous, nous serons morts mon frère... ».


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    En réponse au propos d’un détracteur du MANIFESTE DE QUÉBEC SOLIDAIRE

    L’art de faire peur au monde

    mardi 12 mai 2009, par Françoise Breault

    Je pensais que le maccarthysme était fini, mais quand j’ai lu le texte de Daniel Audet, premier vice-président du Conseil du patronat du Québec et chroniqueur au journal de Montréal, [1], j’ai réalisé que non. Encore aujourd’hui, on ressort le gros mot de communiste pour faire peur au monde. En brandissant ce mot, les arguments rationnels ne sont plus nécessaires.

    Ce qui m’étonne, c’est qu’on peut rarement critiquer le système capitaliste sans qu’on nous réponde : « Le communisme n’était pas mieux. » Évidemment, il n’était pas mieux, du moins tel qu’il fut appliqué. Ou plus justement, tel qu’il ne fut pas appliqué. C’est comme si les choix de l’humanité s’arrêtaient à ces extrêmes : soit le capitalisme, soit le communisme. Comme s’il n’y avait pas d’autres alternatives. Pas étonnant qu’on soit dans l’impasse économique actuelle !

    Le Québec n’étant pas une île dans ce monde globalisé, le manifeste de Québec solidaire fait une analyse globale de la situation. M. Audet ne semble pas l’avoir compris. Que le Québec s’en sorte mieux que d’autres actuellement, là n’est pas la question. Que la crise financière soit venue des États-Unis ou d’ailleurs, c’est le virus de la cupidité, bien tapi au coeur du capitalisme qui a contaminé la planète. Et ce capitalisme, à ce que je sache ne s’arrête pas aux frontières des États-Unis.

    Il est étonnant de voir que M. Audet conteste que le « Manifeste pour un Québec lucide » soit nettement d’inspiration néolibérale. Pourtant, ce document prône la flexibilité du travail, l’augmentation des tarifs de l’hydroélectricité et des frais de scolarité, plus d’ouverture au privé...toutes des recettes néolibérales. Compte tenu des dégâts occasionnés par le néolibéralisme, je comprends que les personnes qui partagent cette idéologie n’aient pas le goût de s’en vanter par les temps qui courent.

    M. Audet prétend ne pas voir la collusion qui existe entre la classe politique et économique. La majorité des Québecois le voient, eux. Ils voient aussi que cette collusion mine la démocratie. Nous n’avons qu’à penser aux règles soi-disant éthiques que voulait proposer Jean Charest dernièrement, à sa réticence à nommer un commissaire à l’éthique pourtant promis depuis longtemps, au scandale des FIER, à la magouille autour des PPP (CHUM, compteurs d’eau), à la loi 33 qui ouvre la porte au privé dans notre système de santé, aux « portes tournantes » entre les ex-politiciens et le monde des affaires ( Couillard, Chevrette, Corbeil, etc) Et si M. Audet n’a pas vu cette collusion dans l’affaire Rabaska, c’est qu’il devait être parti à Tombouctou.

    Et que dire de cette collusion extrême qu’est le Conseil Nord-Américain de la Compétitivité (CNAC) dans le cadre du Partenariat pour la prospérité et la sécurité.(PSP) [2]. « Cela n’a rien à voir avec le Québec" dirait possiblement M. Audet. Pourtant Desmarais fait partie de ce CNAC et le Québec, applique servilement les quatre volontés du PSP, tel que mentionné dans son Bulletin de l’allègement règlementaire et administratif du 8 septembre 2008. .

    Avant, au moins les transnationales devaient frapper à la porte pour leur lobbying, maintenant avec le "cénacle" du CNAC, ils cohabitent carrément avec nos gouvernements. Ces derniers sont tout heureux de les avoir avec eux au salon pour y prendre leurs ordres ! Si ce n’est pas une « union sacrée », disons qu’elle est « consacrée » par le Partenariat pour la Sécurité et la Prospérité

    Michaël Mandel, chroniqueur au magazine Business Week, écrivait :“Global forces have taken control of the economy. And government, regardless of party, will have less influence than ever.” En français : “Des forces globales ont pris le contrôle de l’économie. Et le gouvernement, sans égard au parti, aura moins d’influence que jamais.” [3] Cette situation liée à la globalisation touche tout autant le Québec et le Canada.

    Selon M. Audet « Notre système financier est le plus solide et le plus fiable au monde... » Malgré tout, il a eu besoin de secours aussi. Il appert que M. Audet n’a pas lu l’article de M. Chossudovsky où il dit : « les médias (…) ont complètement passé sous silence le montant faramineux de 200 milliards $ (12 pour cent du PIB) prévu dans ce que le gouvernement appelle un « Cadre de financement exceptionnel » pour venir en aide aux institutions financières canadiennes. » [4]

    "Des dépressions et des récessions, on en a connu des pires au Québec », de dire M. Audet. En effet, elles sont récurrentes, il ne nous apprend rien. À propos de ces crises à répétition, une auditrice de Radio-Canada a déclaré avec justesse : « Un bobo qui ne se guérit pas, c’est soit un cancer, soit du diabète ».

    "Le capitalisme chaque fois s’est relevé et a triomphé » clame M. Audet. Le père de Ralph Nader disait : « Le capitalisme va toujours exister parce que le socialisme va toujours venir le sauver ». Cette boutade n’est pas loin de la vérité. Sans les fonds publics, cette fois, le capitalisme se serait bel et bien effondré. Une petite question pour M. Audet : sans les lois des gouvernements en faveur des transnationales, et sans la police et l’armée, que se passerait-il ? Le capitalisme pourrait-il triompher sans son bras armé ? En plus, comment M. Audet concilie ce système qui prône toujours plus de croissance avec une planète aux ressources limitées ? Si ce système continue de triompher, j’ai bien peur que la grande perdante soit l’humanité.

    Et terminant son article, M. Audet parle du "gâchis incommensurable" occasionné du soi-disant système communiste. En effet, ce fut bel et bien un gâchis. Effroyables en effet le nombre de victimes, et l’ampleur des droits humains bafoués. J’apprécierais toutefois que le système capitalisme soit assez honnête pour reconnaître aussi ses victimes :
    - Chili : tous les morts et personnes torturées par le régime Pinochet, à la suite d’un coup d’État appuyé par la CIA. Pourtant, le gouvernement de Salvador Allende avait été élu démocratiquement.
    - Guatemala : Arbenz, élu démocratiquement en 1954, démissionne pour éviter un bain de sang, à la suite du coup d’État fomenté par la CIA. Il fut remplacé par un dictateur qui a fait des milliers de victimes.
    - Iran : Mohammed Mossadegh, élu démocratiquement, fut renversé en 1953, à l’initiative des services secrets américains et britanniques. Il fut remplacé par le Shah Pahlavi dont le régime pratiqua la torture à grande échelle.
    - Nicaragua : suite à la chute du dictateur Somoza, les Sandinistes prirent le pouvoir. L’intervention des États-Unis qui s’ensuivit avec l’aide des Contras a mis le Nicaragua à feu et à sang.
    - etc

    Le lien entre ces pays ? Ils avaient à leur tête des dirigeants qui avaient à coeur le bien commun plutôt que l’intérêt des transnationales. Ils risquaient de faire la preuve qu’un pays peut bien fonctionner en dehors du système capitaliste. Ça, c’était très dangereux. Vallait mieux les éliminer au plus vite.

    Et qu’en est-il des milliers de morts, blessés, déplacés et torturés en Irak pour que les États-Unis puissent assurer leur approvisionnement en pétrole et leur hégémonie capitaliste au Moyen-Orient ?

    Il semble que M. Audet ne se rappelle qu’une partie de l’histoire.

    Bref, toutes ces crises : financière, économique, climatique, forestière, agricole, porcine, etc, plongent leurs racines dans ce système axé sur le profit à tout prix. C’est comme si la peur et les préjugés empêchaient des gens par ailleurs intelligents, comme M. Audet, d’analyser lucidement la situation.

    Quelle autre catastrophe ça va prendre pour réaliser que nous courons à notre perte ? Il est urgent de travailler ensemble pour un système économique qui soit vraiment au service des humains et non le contraire.

    Notes

    [1] Journal de Montréal, 4 mai 2009

    [2] Jacques B. Gélinas, Dictionnaire critique de la globalisation, p.227 pour plus d’info

    [3] Michaël Mandel, Business Week, 20 nov. 06

    [4] Michel Chossudovsky, Canada, 200 milliards pour les banques, www.mondialisation.ca


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