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    AUTEUR


    Françoise Breault

    Après une carrière en enseignement, dont un an avec les Échanges France-Québec, j’ai poursuivi en travail social auprès des familles. Vers l’âge de cinq ans, je me demandais pourquoi il y avait des pauvres et ce que je pouvais faire. Sans en prendre pleinement conscience, cette interrogation m’a habité toute ma vie. Une année en Amérique du Sud ne m’avait toujours pas apporté de réponse. Cela m’a pris du temps à voir clair... Maintenant que la lumière est allumée, je ne peux et ne veux la refermer... Tous les faits, toutes mes lectures me confirment comment le système économique actuel contribue à ce fossé grandissant entre riches et pauvres. Me voici maintenant à ma 3e carrière, celle où je peux mettre tout mon temps et énergie à sensibiliser les gens aux graves enjeux d’aujourd’hui, afin de vivre dans un monde plus juste... « mais nous, nous serons morts mon frère... ».


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    Vente de feu du gouvernement Harper

    Nos biens publics à l’encan

    mardi 9 juin 2009, par Françoise Breault

    Tout récemment, Radio-Canada annonçait que le gouvernement Harper projette de vendre en tout ou en partie NEUF biens et/ou services publics, dont Via Rail, Radio-Canada, Énergie atomique Canada, la Société canadienne d’hypothèque et de logement, le Centre National des Arts, etc. Il semblerait que la bibliothèque scientifique du Conseil national de recherche soit aussi dans la mire. Le représentant de Harper a même eu le culot de dire : « Évidemment nous ne vendrons que ce qui est payant. »

    Non mais, il faut être totalement inconscient pour dire à la face des citoyens avec un tel sans-gêne : ce qui vous appartient et qui est payant le gouvernement va le vendre, ce qui est moins rentable et que les nantis ne veulent pas on va le garder. Il faut être aussi profondément déconnecté de la population car tous les citoyens le moindrement éclairés dénoncent cette privatisation des profits et socialisation des pertes.

    Harper est donc tout le contraire de Robin des Bois. Ce dernier prenait aux riches pour donner aux pauvres. Harper prend nos biens publics qui nous appartiennent à tous et les « vend » (hum ! hum !) aux riches.

    Ceci est aussi pire, sinon davantage que le scandale des commandites. Dans ce scandale, ce qui a choqué c’est la corruption, la collusion secrète entre des représentants du gouvernement et des amis du parti libéral. Vendre ce qui appartient aux citoyens pour que quelques nantis puissent s’enrichir encore davantage, c’est une autre forme de corruption et tout aussi grave. C’est également une trahison de la démocratie.

    Je suis très en colère - et je n’ai pas l’impression d’être la seule - que le gouvernement dont le mandat est de prendre des décisions en vue du bien commun songe à spolier les citoyens de leurs biens collectifs afin que quelques nantis puissent s’enrichir encore davantage. Qui accepterait qu’on vende son auto, sa maison sans son accord ? Ce qui appartient aux citoyens ne devrait jamais être vendu sans leur consentement. Cela devrait même être inscrit dans la constitution. Toute possibilité de vente de biens et services publics directement ou en sourdine comme cela se fait dans notre service de santé public, devrait être soumis par référendum à la population. Également toute manoeuvre pour mieux transférer sans que ça paraisse trop, la richesse du public au privé, comme c’est le cas des PPP.

    Cela nous prendrait un gouvernement qui aurait l’audace et le courage de présenter un projet de loi en ce sens, et ce, tant au provincial qu’au fédéral. Bien sûr, cela ne ferait pas l’affaire de Bay Street, mais la démocratie c’est de gouverner en fonction du mieux-être de tous les citoyens et non en fonction du plus-avoir des transnationales.

    Mais avec Harper, Ignatieff, Charest... ça ne risque pas d’arriver.   C’est le gouvernement Mulroney qui a entrepris la vente de Pétro-Canada, qui appartenait à nous tous. Cette politique fut poursuivie par le gouvernement Chrétien et Martin, et ce sans notre consentement. Un sondage indiquait que 73% des Canadiens étaient contre. [1] Imaginons les millions que le gouvernement pourrait récolter aujourd’hui avec Pétro-Canada, et utiliser pour la gestion du bien public. Ce sont tous les citoyens qui sont dépossédés de cet argent. Si cela n’est pas du vol, qu’est-ce que c’est ? La liste des biens dont la population a été dépossédée à son insu serait longue et ce tant au fédéral qu’au provincial.

    Dans les médias on a parlé amplement du scandale des commandites car ce scandale ne remettait pas en question l’idéologie néolibérale de notre système économique. Par contre, la vente des ressources collectives au privé est inhérente à cette idéologie axée sur la privatisation. Aussi, ça m’étonnerait qu’on critique beaucoup ce projet de Harper dans les médias, du moins ceux voués au statut quo du sytème économique actuel.

    Pourtant ce n’est pas parce que l’indignation des citoyens ne trouve pas écho dans ces médias qu’elle n’existe pas.

    Quel dommage que Félix Leclerc ne soit plus parmi nous. Il ne serait pas resté silencieux dans le dossier Rabaska. Ni devant l’annonce de ces privatisations. Nous l’aurions entendu sur la place publique. Il serait bénéfique et urgent que Radio-Canada redonne la voix à Félix ces temps-ci en faisant jouer et rejouer sa chanson : L’encan, chant d’un patriote. 

    Il présentait cette chanson en citant ces paroles de Soljénitsyne : « En se retirant dans sa tour d’ivoire, l’artiste risque d’abandonner le monde aux mains des mercenaires, des nullités sinon des fous. ». Félix ajoutait ensuite : « Si l’heure de l’engagement est venue, j’aimerais que le mien soit souligné d’un trait d’humour. J’ouvre donc mon dossier patriotique sur l’encan puisque j’habite un pays à vendre. » 

    Écoutons-le...

    Approchez messieurs dames... Une belle p’tite rivière à saumon à vendre pas cher Pleine de beaux p’tits saumons qui viennent frayer ici depuis des siècles À vendre avec des îles, du bois, des chutes,(...) Laissons-pas aller ça nous autres.

    I’ll take it ! Vendu

    Approchez messieurs dames Une belle p’tite université française à vendre Six étages d’instruction, latin et grec compris Avec fermes expérimentales, laboratoires, bibliothèques (...) Laissons pas aller ça nous autres.

    I’ll take it !

    Approchez messieurs dames Une belle p’tite nappe d’huile fait main Tricotée par les siècles, puis cent milliard de beaux p’tits barils d’huile (...) Laissons-pas aller ça nous autres.

    I’ll take it !

    Approchez messieurs dames Mais y m’reste plus rien à vendre !

    Keep away. Private. Members only.

    Ah, y faut pas que mon histoire finisse là.


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