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    Philippe Giroul du G.A.R. répond aux questions « explosives » de La Galère

    mardi 3 novembre 2009

    Cet article est tiré de LA GALÈRE, journal de rue trifluvien. LA GALÈRE se définit ainsi : "Le journal La Galère a pour mission première d’améliorer les conditions des hommes et des femmes et de favoriser à la fois le développement de l’autonomie et le sentiment d’appartenance à la communauté." Nous profitons de la politique de ce journal permettant de reproduire ses articles pour vous faire connaître cette excellente entrevue.

    Qu’est-ce que le GAR ?

    Le Groupe d’Action pour la Restauration du lac St-Pierre s’est formé en 1991 en regroupant une douzaine de citoyens de Pointe-du-lac dérangés par les nombreuses explosions d’obus provenant du Centre d’essais et d’expérimentation en munitions (CEEM) de Nicolet. Ces riverains du lac St-Pierre étaient affectés par les vibrations et les bruits des explosions depuis 1952, date de l’installation de la Défense nationale sur de très belles terres agricoles réquisitionnées par le gouvernement de l’époque. Les objectifs du GAR sont de mettre fin à ces opérations de destruction durable, de nettoyer le lac des obus qui y ont été tirés et, ni plus ni moins, d’expulser éventuellement l’armée pour permettre la rétrocession des terres aux citoyens. Et d’ainsi retrouver la paix sur cette réserve mondiale de la biosphère.

    Quels sont les problèmes associés aux tirs d’obus dans le lac Saint-Pierre et sur les terres à Nicolet ?

    De 1952 à 2000, selon les données du ministère de la Défense nationale, 500 000 projectiles ont été tirés au CEEM, à partir des îles Moras, Lozeau, Bougainville et du Domaine situées à l’embouchure de la rivière Nicolet. Parmi ceux-ci 300 000 ont été tirés sur la moitié sud du lac St-Pierre, dont 10 729 UXO - vivants par l’amorce et/ou la charge - selon l’évaluation du CEEM. Les déchets contaminés de ses obus sont éparpillés sur une zone aquatique de 240 km2 au sud du chenal commercial. De plus, il ya un sanctuaire d’oiseaux qui est situé entre la base militaire et la Longue Pointe de Baie-du- Fèbvre. Quand les conditions atmosphériques sont favorables, on entend les tirs. Les maisons vibrent, les chiens jappent et notre environnement est perturbé. C’est alors qu’il faut téléphoner pour leur demander d’arrêter de tirer.

    Avez-vous atteint vos objectifs ?

    Après 9 ans d’interventions médiatiques, par des lettres d’opinion, par des articles de presse et l’interpellation des politiciens, nous avons réussi à faire arrêter les tirs sur le lac le 1er janvier 2000. Par contre, on tire toujours des projectiles sur des buttes d’arrêt sur les terrains du CEEM. Ainsi, on continue à entendre et à ressentir les explosions. Combien ? 10 000 tirs par an. Cela se traduit par une production de munitions de 5 millions par an fabriquées à Le Gardeur par la compagnie américaine General Dynamic qui a remplacé SNCTEC Lavalin depuis 2008. Pour qui ? Pour l’armée de paix canadienne et pour l’exportation diffuse à travers le monde. Le deuxième objectif est en train de se réaliser : le nettoyage du lac. Après 8 ans de tractations, de comités, de tataouinages ... la volonté politique et les budgets sont au rendez-vous pour commencer les opérations complexes de restauration du lac. La rivière Nicolet et le chenal tardif de Notre Dame de Pierreville ont été inspectés et l’on n’y a trouvé aucune anomalie.

    Comment avez-vous atteint ces objectifs ?

    Durant 18 ans, par l’action militante citoyenne, on a dû interpeller une quinzaine de ministres différents de la défense nationale et une douzaine de ministres différents de l’environnement. Il y a là une sacrée permanence ! C’est par des lettres d’opinion, des articles, des lettres personnalisées, des courriels et des appels téléphoniques que l’on a pu sensibiliser ces dirigeants à notre cause. De plus, en cours de route, on a imposé au CEEM l’obligation de composer un message téléphonique quotidien (819 293 2004) pour connaître l’horaire des activités de tirs. Quand c’est trop fort, les citoyens peuvent appeler pour se plaindre. Cette implication est plus ou moins efficace, car les opérateurs des canons du CEEM doivent respecter des normes de bruit qui favorisent plus l’industrie que le bien-être des citoyens. On peut aussi avoir accès aux rapports mensuels des tirs qui sont devenus obligatoires en 2002, imposés par le ministère de l’environnement.

    Quelles sont les principales résistances rencontrées dans ce dossier ?

    Le gouvernement du Québec demeure assez impuissant dans ce dossier. Cependant, le ministère de l’environnement et du développement durable a imposé des normes de bruits, trop laxistes pour le citoyen, trop favorables à l’industrie militaire. Nous n’avons eu aucun appui des citoyens de Nicolet qui, pourtant, sont aussi dérangés. On comprend cependant que les nombreux emplois locaux des années antérieures les fassent hésiter à s’impliquer dans nos revendications. Par contre, il y a deux ans, un nouveau groupe environnemental Nature à l’oeil a fait des démarches pour obtenir l’utilisation de l’île Moras à des fins récréatives. Ils n’ont pas eu de succès dans leur projet.

    Comment espérez-vous surmonter ces résistances ?

    Par la patience, la détermination et la foi en notre juste cause. Et aussi par la solidarité militante des membres de notre groupe.

    Quels sont vos rêves à long terme concernant ce dossier ?

    Notre troisième objectif est l’éviction à moyen terme du CEEM de Nicolet. Est-ce un rêve en couleur ? Cela dépendra de la volonté politique locale. La coopération solidaire des nombreux organismes locaux et régionaux sera indispensable pour arriver à faire rapatrier la défense nationale sur l’autre rive de l’Outaouais. Quand cela sera fait, il faudra décontaminer tous les terrains avant de pouvoir en redonner l’accès à la population. Je rêve que toute cette zone devienne protégée un jour et accessible pacifiquement aux visiteurs dans le cadre des activités de la Réserve mondiale de la biosphère.

    Avez-vous un dernier mot pour le grand public ?

    Il faut continuer de faire des plaintes par téléphone au 819 293 2004. Au téléphone, le # 5 explique tous les jours l’horaire des tirs. Cela vaut la peine d’être écouté ! En appuyant ensuite sur le # 8, vous pouvez vous plaindre du bruit, des vibrations, et exprimer vos valeurs morales bafouées par l’industrie de destruction durable.


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