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    Judy Rebick

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    Du 4 au 11 mars : Semaine contre l’apartheid israélien

    Israël est un État d’apartheid et c’est pourquoi il est en perte de légitimité

    mardi 9 mars 2010, par Judy Rebick

    Avant que la semaine contre l’apartheid (AIF) ait même commencé, les membres de l’Assemblée législative de l’Ontario et du Parlement canadien s’empressent de la dénoncer. Je ne me rappelle pas un autre moment où les législateurs aient officiellement dénoncé une activité étudiante de cette façon. Peut-être dans les années 1950 lorsque le maccarthysme faisait des ravages, mais c’était avant mon temps.

    (Tiré de The Bullet)

    La semaine dernière, l’Assemblée législative de l’Ontario a adopté unanimement une résolution dénonçant la semaine « Apartheid en Israël » présentée par Peter Shure (PC) qui a dit que nommer Israël comme étant un État d’apartheid était « proche d’un discours haineux ». Bien qu’il n’y eut que 30 députés à l’Assemblée législative à ce moment-là, le député provincial néo-démocrate Cheri di Novo était l’un d’entre eux a parlé en faveur de la résolution. Cette semaine, un député conservateur a présenté une résolution affirmant que la Semaine contre l’Apartheid israélien était antisémite.

    Avant d’aborder les raisons de ces actuelles attaques sans précédent, j’aimerais partager avec vous un grand discours que j’ai entendu hier soir à l’Université Ryerson d’un militant de premier plan et universitaire d’Afrique du Sud qui travaille à la solidarité avec la Palestine : Na’eem Jeena, Il nous a dit que l’apartheid sud-africain avait trois piliers et qu’Israël les partage tous les trois.

    1. Différents droits pour les différentes races. Dans le cas d’Israël, il y a des droits différents pour les Juifs et pour les non-juifs. Par exemple, selon la Loi du Retour de 1950 les Juifs peuvent retourner en Israël et se voir accorder la citoyenneté même s’ils n’ont pas de relations avec ce pays autre que les mythiques relations bibliques, tandis que les Palestiniens ne peuvent pas y rentrer, même si leurs parents ou grands-parents y ont vécu.

    2. La séparation de ce qu’on appelle les groupes raciaux dans des zones géographiques différentes. Même à l’intérieur des frontières d’Israël, 93 pour cent des terres appartiennent à un fond foncier national ou terres du Fonds national juif qui sont réservées à l’usage exclusif des Juifs. Les 20 pour cent de la population qui sont des Palestiniens vivant en Israël doivent se partager l’accès aux 7 pour cent de terres privées qui restent. La Cour suprême israélienne a rendu un certain nombre de décisions selon lesquelles que les Palestiniens ne peuvent pas vivre sur des terres juives. Il n’y a pas que les zones résidentielles qui sont interdites aux Palestiniens, mais il y a des routes séparées pour les Juifs et pour les Palestiniens. Cela n’a jamais été vrai en Afrique du Sud, même en temps de crise. En outre, les Palestiniens ont moins accès à l’eau que les Juifs vivant à proximité.

    Enfin, la circulation des Palestiniens est strictement réglementée bien plus que ne l’était celle des Noirs en Afrique du Sud. Les célèbres droits de passage en Afrique du Sud obligeaient les Noirs de montrer qu’ils disposaient de tels droits émis par le gouvernement pour se déplacer, mais les déplacements des Palestiniens sont encore plus limités par les murs et les points de contrôle et s’ils vivent dans la bande de Gaza, ils n’ont pas le droit d’en sortir.

    3. Grille de sécurité, répression légale et sécurité. Il se menait une importante répression dans les ghettos noirs, mais il n’y avait jamais de chars ou le vrombissement des avions comme cela se passe en Cisjordanie. La violence militaire israélienne contre des villages palestiniens de Jeena, est bien pire que tout ce qu’ont subi les Noirs en Afrique du Sud pendant l’apartheid.

    Si Israël est devenu un paria dans le monde, ce n’est pas à cause de l’antisémitisme, c’est parce qu’il pratique une forme d’apartheid encore plus flagrante que celle pratiquée en Afrique du Sud. D’autres ont compilé des commentaires de certains des dirigeants les plus respectés du mouvement antiapartheid en Afrique du Sud qui voient de l’apartheid dans ce que fait Israël. Il y a une raison, pourquoi la campagne de boycottage, Désinvestissement et Sanctions (BDS) est plus forte en Afrique du Sud. Les gens y reconnaissent l’apartheid quand ils le voient.

    Enfin, la Convention des Nations Unies sur l’apartheid condamne le crime d’apartheid qui se réfère à une série d’actes inhumains - y compris les assassinats, la torture, les arrestations arbitraires, les emprisonnements illégaux, l’exploitation, la marginalisation et la persécution - commis dans le but d’établir et de maintenir la domination d’un groupe racial par un autre. Si le chapeau te fait, porte-le.

    Alors pourquoi les hommes politiques dont certains néo-démocrates ciblent-ils une activitéétudiante comme AIF dans leurs sites ? Une coalition de tous les partis parlementaires a tenu des audiences sur ce qu’ils appellent le « nouvel antisémitisme » qu’ils identifient à la critique d’Israël. Ils ont entendu de tous les présidents d’université qui ont comparu devant eux qu’il n’y a pas de montée de l’antisémitisme sur leur campus et pourtant les fausses rumeurs d’une telle augmentation persistent en raison de l’équation faisant équivaloir la critique d’Israël à de l’antisémitisme. Israël commence à voir que le mouvement non-violent et antiapartheid et le BDS (Boycottage, Désinvestissement et Sanctions) est une plus grande menace à leur pouvoir que la menace militaire. En Israël et en Palestine, ils arrêtent les militant-e-s non-violents qui mènent le mouvement là-bas. Et ils utilisent toute leur puissance économique et politique pour pousser les gouvernements amis à s’opposer à ces manifestations. Mais il y a un problème. C’est ce qu’on appelle la démocratie et la liberté d’expression. Quelque soit votre désaccord sur le fait qu’Israël ait des pratiques d’apartheid, vous ne pouvez pas empêcher toute discussion sur la question ou une manifestation ou une campagne de désinvestissement contre Israël parce que la liberté d’expression est un droit démocratique fondamental dans la plupart des pays occidentaux. Au Canada, le seul moyen d’arrêter le mouvement est de le discréditer en l’identifiant à de l’antisémitisme. C’est ce que nos parlementaires tentent de faire maintenant.

    Je suis Juive et j’ai travaillé pour les droits des Palestiniens depuis de nombreuses années, tout comme beaucoup d’autres Juifs qui se sentent une responsabilité particulière de s’élever contre les injustices commises par Israël. Pendant ce temps, j’ai rarement subi de l’antisémitisme. En organisant la Semaine contre l’apartheid israélien, je n’en ai pas éprouvé aucun. Si Israël est en perte de légitimité dans le monde, c’est à cause de ce que leur gouvernement fait contre les Palestiniens, non pas à cause de l’antisémitisme. Cette tentative de bloquer toute critique d’Israël est l’assaut le plus effrayant contre la liberté d’expression que j’ai vu dans ce pays. Que vous pensiez ou non que « Semaine contre l’apartheid israélien » soit le meilleur nom pour cette semaine de discussion en soutien aux droits des Palestiniens, écrivez s’il vous plaît à votre député ou dites-lui que vous pensez qu’il est mauvais pour des parlementaires de dénoncer ce genre d’activité éducative.


    Judy Rebick est membre de la Chaire pour la justice sociale et la démocratie des TCA et maintient un blogue « transformingpower.ca » où cet article est d’abord paru.

    Traduction Presse-toi à gauche ! (BR)


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