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    Sylvio Le Blanc

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    Front commun du secteur public

    Les nouveaux syndicats de boutique

    mardi 27 juillet 2010, par Sylvio Le Blanc

    En 1972, trois chefs de centrales syndicales - Marcel Pepin (CSN), Louis Laberge (FTQ) et Yvon Charbonneau (CEQ) - étaient condamnés à un an de prison à la suite de la grève illégale du Front commun de 210 000 employés des secteurs public et parapublic. Leur courage a porté fruit, les gains des syndiqués ayant été significatifs durant cette décennie.

    Cette année, les chefs (Claudette Carbonneau, Michel Arsenault et Réjean Parent) des mêmes centrales s’entendent en catimini avec le gouvernement sur les salaires. Les augmentations consenties sont pourtant bien en-deçà de celles demandées de concert par les 475 000 membres. Une entente conclue le jour même de la Fête nationale des Québécois et de l’anniversaire de naissance de Jean Charest (un beau cadeau qu’il s’est fait).

    Les uns couchent en prison, les autres avec les patrons. Auparavant, seuls les chefs des syndicats de boutique couchaient avec les patrons, mais la boutique a été nationalisée depuis.

    Un collègue de travail m’a fait cet éclairant commentaire : « Je paie mes cotisations syndicales pour des services rendus il y a longtemps. » Il n’a jamais cru si bien dire. En effet, depuis les années 1980, les syndiqués n’ont pas arrêté de perdre. Durant la même période, par contre, les riches, eux, sont devenus de plus en plus riches, même en période de crise.

    C’est triste à dire, mais les grands syndicats sont devenus ici des éteignoirs de la lutte des membres. Ils sont dirigés par des gens qui ont conclu un contrat tacite avec le gouvernement, par lequel ils s’engagent à maintenir la paix sociale si le minimum est donné aux membres. À tous les quatre ans, grosso modo, ils grondent pour la forme, font leur petit tour de piste, puis rentrent dans leurs tanières dorées (certains en ressortent pour aller en yacht en de douteuse compagnie). Ils sont sur tous les conseils d’administration (même s’ils oublient souvent de se rendre aux séances pour voir aux intérêts des membres, comme avec la Caisse de dépôt et placement).

    Depuis que la FTQ et la CSN ont créé leur fonds de solidarité respectif et commencé à brasser des affaires, c’est comme si les dirigeants « comprenaient » mieux maintenant les « difficultés » rencontrées par le patronat et l’État. L’année dernière, un parti de l’opposition a demandé l’appui des syndicats pour étendre des mesures de francisation aux entreprises de moins de 50 employés. Refus net ! Ce serait contreproductif, vu que l’anglais est la langue des affaires. Si les simples syndiqués en arrachent, il en va autrement des permanents syndicaux, qui ont des conditions de travail exemplaires et des salaires confortables. Rien pour inciter ceux pour qui ils travaillent à ruer dans les brancards.

    J’ai peur qu’il faille un jour faire avec nos syndicats ce que les pionniers de Solidarnosc ont fait avec les leurs, qui étaient soumis au régime polonais : détruire les fondations et recommencer à neuf. Des syndicats qui laissent le business aux autres et qui s’occupent exclusivement des syndiqués, voilà ce qu’il faudrait. Mais ce n’est pas demain la veille, les centrales étant des châteaux-forts inexpugnables.

    Ce texte d’opinion a été publié sur le site de Cyberpresse le 21 juillet 2010


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