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    David Litvak

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    Le mode de scrutin uninominal étouffe-t-il l’indépendantisme ?

    lundi 30 avril 2007, par David Litvak

    Il est probable que oui. Mais spécifions les termes de notre question. Tout d’abord, le scrutin uninominal, c’est le scrutin que vous avons actuellement, hérité de la Grande-Bretagne, et en voie de disparition dans les démocraties occidentales. Seuls la Grande-Bretagne, les États-Unis et la France utilisent un tel scrutin, et la chose commence à changer dans les provinces canadiennes, et les présidentiables français discutent aussi de la modification de leur scrutin.

    Le scrutin uninominal, qu’il soit à un seul tour, ce que nous utilisons au Québec, à deux tours comme en France ou à tours multiples simultanés, un scrutin préférentiel, est créateur de bipartisme. Ce bipartisme, comme on le sait, n’est pas absolu, mais il est structurellement ancré. Il entraîne par ailleurs des bouleversements comme la montée du PQ, et la chute de l’Union nationale, et la montée de l’ADQ avec son dénouement encore inconnu.

    L’on a souvent dit que le mode de scrutin proportionnel est davantage pluraliste, que différentes formations politiques peuvent être représentées à la hauteur de leur appuis populaires, et qu’ils peuvent participer au gouvernement. Or, un point intéressant à noter, c’est que ce pluralisme, au Québec ne s’exprime pas seulement sur les questions idéologiques, mais aussi sur la question nationale.

    La pluralité des tendances sur la question nationale n’a jusqu’à présent pu s’exprimer de manière adéquate dans le carcan bipartisan. Il n’y a, en effet, au Québec, pas deux idées nationales, le fédéralisme et le souverainisme-association, mais il y a aussi l’autonomisme et l’indépendantisme. À la blague, l’on peut dire qu’il y a quatre camps : le oui, le oui-non, le non-oui et le non.

    Or, le oui a dû se satisfaire, historiquement, de se greffer au oui-non, et le non-oui, écarté par le bipartisme oui-non et non, n’a que récemment émergé. Dans une perspective indépendantiste, l’on doit reconnaître que le moteur historique du PQ ne fut pas René Lévesque et les partisans du oui-non, mais bien les Bourgault et compagnie, promoteurs du oui. Or, le scrutin refuse l’existence au camp du oui. Par dépit donc, Bourgault s’est rallié au PQ.

    Ce phénomène, la récupération d’un mouvement plus radical par des instances plus modérées, se constate à de multiples échelles et dans de multiples contextes. Les courants révolutionnaires indiens qui alimentaient Gandhi en maintenant la pression sur la bande est un de ces exemples. Or, sans les radicaux, Gandhi n’aurait pas eu l’heureuse pu incarner à lui seul l’indépendantisme et apparaître modéré.

    Le mouvement de la réforme du mode de scrutin au Québec, avec la campagne demandant une Assemblée citoyenne sur la réforme du mode de scrutin au Québec (www.assemblee-citoyenne.qc.ca), donc une réforme par et pour les citoyens, qui fait pression à la gauche du mouvement de réforme, et l’incite à patiner pour défendre sa thèse de réforme par les partis politiques, illustre aussi ce phénomène.

    Il n’est pas malsain d’avoir une compétition entre révolutionnaires ou réformistes ou souverainistes-indépendantistes. Mais ce qui est plus, c’est que la réussite de l’entreprise, qui constitue à changer un état structurel donné, requiert en fait un certain radicalisme, une pensée hors des cadres structurels existants. L’étouffement de ces pensées, souvent, mènera à la mort du projet, car le mouvement catalysant n’existe plus.

    L’on peut donc croire que l’indépendantisme au Québec ne renaîtra véritablement que dans le cadre d’un mode de scrutin davantage pluraliste et démocratique. Pour cela, cependant, il faut que chacun soit apte à reconnaître cette pluralité, et à ne pas vouloir l’étouffer ou la priver du droit d’être représenté au sein des institutions politiques, droit démocratique fondamental, au fondement même de la démocratie représentative.

    Le scrutin proportionnel serait-il la clé de l’indépendance du Québec ?

    Je vous laisse sur la réflexion.

    David Litvak


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