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mardi 21 février 2012, par André Frappier

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Politique canadienne

Registre des armes à feux, Harper ajoute l’insulte à l’injure


Sous prétexte de sécuriser le Canada, le gouvernement Harper s’en prend aux libertés civiles : il introduit le projet de loi C-30 permettant aux services de sécurité de s’immiscer dans la vie des internautes sans mandat, ainsi que le projet de loi C-31 qui restreint les conditions applicable au droit d’asile pour les réfugiés politiques, il laisse les déclarations du sénateur Boisvenu sans réplique, attisant ainsi le débat en faveur de la peine de mort. En même temps il abolit le registre d’armes à feux ainsi que le formulaire long du recensement pour ne pas atteindre à la liberté individuelle.

Faisant fi de tous les rapports qui confirment la nécessité du registre, malgré la présence dans nos mémoires des femmes victimes de la tuerie à la Polytechnique, Harper atteint un sommet d’arrogance en organisant même une fête pour célébrer l’adoption du projet de loi qu’il a fait adopter à la vapeur en limitant les débats aux communes. Il a même lancé le défi aux partis d’opposition de faire de la réinstallation du registre un enjeu électoral alors qu’il s’apprête à détruire toutes les données afin qu’aucun parti ne puisse le remettre en place à l’avenir.

Il est devenu évident que la sécurité nationale n’est rien de moins qu’un prétexte pour l’établissement d’un État répressif. La peine de mort, la lutte aux immigrants, l’espionnage de la vie privée, la liste est longue. Ce gouvernement n’a même pas pris la peine de mettre à jour la liste des armes prohibées depuis qu’il est au pouvoir, ce qui implique que les derniers modèles d’armes de guerre ne sont pas sur la liste des armes interdites et pourraient circuler plus facilement.

De plus, C-19 abolit non seulement le registre mis en place par les libéraux en 1995, mais aussi des mesures instaurées avant cela, notamment par les conservateurs de Brian Mulroney. Il retire, par exemple, la nécessité de montrer physiquement son permis avant d’acheter une arme, le fait de dire qu’on en possède un est maintenant suffisant. (1)

La Coalition pour le contrôle des armes note que le projet de loi détruit le registre, mais ne rétablit pas l’obligation qui existait jadis pour les commerçants d’enregistrer leurs ventes d’armes, obligation retirée de la loi en 1995 puisque rendue redondante par le registre. Si C-19 est adopté tel quel, dit la coalition, il n’y aura plus aucune façon de lier les armes à leur propriétaire. (2)

Selon un rapport de la GRC, le registre a contribué à accroître la sécurité publique par l’exigence des permis pour les propriétaires et de celle de l’enregistrement des fusils. En 2010, les policiers du pays l’ont en moyenne consulté à 14 385 reprises chaque jour. Ces chiffres sont en hausse constante à chaque année : en 2003, ils ne l’avaient consulté que 1813 fois, soit huit fois moins.

Selon le centre canadien des armes à feux il y a 7 millions d’armes inscrites au registre, lequel contient également des données sur des armes à feu dites restreintes et des armes prohibées qui doivent, elles, rester en place. La destruction du registre aura non seulement des conséquences désastreuses en ce qui concerne les armes d’épaule mais tenant compte de la façon cavalière et désinvolte dont les conservateurs ont traité cette question, elle risque aussi d’effacer les données de bon nombre d’armes prohibées.

(1) La Presse, Marie-Claude Lortie, 16 février 2012 (2) Idem