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mardi 21 février 2012, par Bernard Rioux

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Des enjeux essentiels des élections qui viennent !

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La crise européenne risque de rebondir sur les États-Unis, le Canada et le Québec dans une nouvelle crise financière globale. La situation en Afrique et dans le tiers-monde, hors pays émergeant, est travaillée par cette crise mondiale mais également par une crise alimentaire - la famine- directement liée à la spéculation et à l’économie casino conséquence de la financiarisation et la globalisation de l’économie.

Non seulement les crises financières débouchent sur des crises économiques, mais le mode de développement capitaliste est directement responsable de la détérioration de l’écosystème de la planète... Nous sommes à un moment d’exacerbation de l’offensive capitaliste. Et nous devons définir les voies de la résistance. Nous sommes placés dans une situation où un capitalisme humaniste est impossible et rencontre l’hostilité de la vaste majorité de la bourgeoisie. Nous devons en finir avec une économie de prédation et de pillage, avec une économie tournée vers une croissance destructrice de l’écosystème et une oligarchie régnante prête à remettre en cause non seulement l’État social mais les droits démocratiques les plus élémentaires.

L’offensive fédérale

Le gouvernement conservateur approfondit sa redéfinition de la politique canadienne sur une orientation politique toujours plus conservatrice et néolibérale. Il soutient sans gêne une politique antiécologique en favorisant le développement de sables bitumineux en Alberta et en soutenant le développement de l’exploitation pétrolière dans le St-Laurent abandonnant totalement la lutte contre le réchauffement climatique. Il mène une politique militariste en favorisant une hausse vertigineuse des investissements militaires et en participant à toutes les aventures guerrières de l’impérialisme américain. Il s’attaque au Québec, à ses acquis, à sa langue et à ses valeurs.

Le gouvernement conservateur abolit et détruit le registre des armes à feu malgré la demande unanime du Québec de ne pas le faire. Il impose une politique sécuritaire centrée sur la répression au mépris de toute l’expérience de réhabilitation développée au Québec. Il diminue le poids de la députation en provenance du Québec à la Chambre des communes. Il nomme des juges et des hauts fonctionnaires unilingues. Il redéfinit le nationalisme canadien en donnant une nouvelle place à un monarchisme folklorique et réactionnaire. Toutes ces politiques s’inscrivent dans la défense d’une oligarchie capitaliste irresponsable et démontrent le mépris du gouvernement Harper envers le Québec et sa volonté de le rapetisser.

Le gouvernement Charest engraisse ses amis affairistes dans un climat de fin de régime.

Le gouvernement Charest est de plus en plus discrédité par des affaires de corruption. Son entêtement à refuser la tenue d’une enquête publique sur l’industrie de la construction et sur le financement des partis politiques était le simple reflet de sa panique sur l’impact destructeur qu’aurait une telle enquête sur l’avenir du Parti libéral du Québec. Il espère maintenant qu’il a suffisamment retardé sa mise en place pour qu’il puisse faire face à la prochaine échéance électorale sans que les retombées de la Commission mise en place n’aient pu faire de ravages. Malheureusement pour lui, ses appuis électoraux ont été suffisamment entamés pour que certains secteurs de l’oligarchie régnante aient trouvé nécessaire de lancer un autre parti néolibéral, la CAQ de Legault, pour avoir deux fers au feu pour les prochaines élections.

Entre temps, le premier ministre Charest se comporte comme un véritable commis voyageur international prêt à brader les richesses naturelles du Québec sur les différents marchés de la planète. Son Plan Nord ne se contente pas de céder nos richesses naturelles minières et forestières aux grandes entreprises internationales, mais il se permet de les subventionner et de leur construire les infrastructures nécessaires pour vider le Québec de ces ressources. Les grands intérêts capitalistes comme Power Corporation semblent dicter les différents choix de ce gouvernement.

Malgré ses prétentions environnementales, ce gouvernement s’est fait le défenseur acharné du développement du gaz de schiste en dépit de la volonté populaire clairement exprimée de s’y opposer. Il organise le développement des énergies fossiles (pétrole du golfe St-Laurent au profit des entreprises de ce secteur). Tous ses plans énergétiques ne visent pas d’abord à répondre aux besoins de la population, mais ils sont avant tout centrés sur l’exportation de l’énergie produite vers les États-Unis.

S’il y a beaucoup d’argent pour les entreprises et pour mousser leurs occasions d’affaires, contre le peuple du Québec, il mène une politique d’austérité et il fait de sa priorité la lutte contre le déficit malgré le recul de l’économie. Tarification des services publics dont l’introduction d’une contribution dans la santé, hausse des frais de scolarité, hausse des tarifs d’électricité, renforcement du processus de privatisation en santé et en éducation, développement des infrastructures par des Partenariat-Public-Privé. Ces derniers s’avèrent plus coûteux que les travaux publics. Et ils provoquent des pertes d’expertises dans les ministères et sont l’occasion de corruption de tout genre. Ces politiques d’austérité favorisent la concentration des richesses au sommet de la société et le maintien de couches entières de la population dans la pauvreté. Pour pouvoir mener ses politiques d’austérité et rencontrer le moins de résistance possible, le gouvernement Charest s’attaque encore une fois aux droits des organisations syndicales.

Le Parti québécois sauvé par la cloche... électorale !

Le Parti québécois était entrée en crise en marginalisant la perspective de souveraineté de son programme et en développant maladroitement un électoralisme sans retenue. Le départ de député-e-s du Parti, dont certains rejoignaient la Coalition Avenir Québec, la formation d’un nouveau parti souverainiste, Option nationale, la création Nouveau Mouvement pour le Québec, tous ces événements apparaissaient comme une dispersion du mouvement souverainiste et ils n’étaient pas pour peu dans l’effondrement des intentions de vote durant toute une période. Panique aidant, certains militants et députés péquistes se sont lancés autour de la recherche d’un sauveur. Une fois que cette opération (Duceppe) eut tourné court, l’approche de l’échéance électorale a permis à Pauline Marois de faire un rapide rappel des troupes. Si on voulait retourner au pouvoir à Québec, il fallait taire les querelles internes.

Mais Pauline Marois a bien compris qu’il était nécessaire d’avancer son flanc gauche (ouverture à la réforme de la fiscalité, retour des discours sur la richesse à partager, discours sur le gel des frais de scolarité) si elle voulait avoir la possibilité de jouer le rôle, pour certains secteurs, du moins pire des partis et capitaliser sur la nécessité d’un vote stratégique pour le PQ, seul capable de bloquer les partis de la droite fédéraliste. Il fallait aussi faire une concession aux indépendantistes, qui, bien que formelle, puisse permettre àa la cheffe du PQ de défendre la position que la souveraineté est dans sa ligne de mire et que le Parti québécois demeure le véhicule essentiel pour y parvenir... La mise sur pied d’un comité sur les chemins pouvant mener à la souveraineté est appelée à jouer ce rôle d’ici les élections.

La résistance citoyenne des mouvements sociaux et démocratiques se renforce.

Les politiques du gouvernement conservateur révulsent de plus en plus la population du Québec. Il s’avère de plus en plus inacceptable que 50 % de nos impôts soient investis dans des projets que le peuple du Québec rejette. L’indépendance s’impose pour en finir avec les projets du gouvernement fédéral faits contre le Québec et sa population. C’est la désorientation stratégique totale du Parti québécois qui empêche que se cristallise et s’organise comme une force irrépressible pour le rejet des politiques fédérales.

Les politiques d’austérité du gouvernement Charest sont aussi massivement rejetées. La contribution santé qui ne tient pas compte du revenu des personnes est particulièrement odieuse. La hausse des frais de scolarité qui diminuera l’accessibilité aux études supérieures est rejetée par les étudiant-e-s du Québec et par la majorité de la population qui se solidarise avec leur lutte qui s’oriente vers une grève de plus en plus massive. La concentration de la richesse dans les mains d’une minorité possédante a été remise en question dans de nombreux pays du monde. C’est également le cas au Québec et cela s’est manifesté par le développement du mouvement des indignés qui dénoncent le pouvoir du 1% des plus riches. Une réforme de la fiscalité qui ferait payer aux riches leur part est maintenant une revendication essentielle de nombreux mouvements sociaux.

L’indignation devant le bradage de nos richesses naturelles et l’aspiration à en reprendre le contrôle et à devenir véritablement maîtres chez nous se sont concrétisées dans la mise sur pied de nombreuses coalitions qui ont posé la nécessité d’en finir avec les politiques du gouvernement Charest.

L’indignation devant l’irresponsabilité de ce gouvernement en ce qui concerne l’environnement et devant son refus au nom de la défense des intérêts des pollueurs de passer au développement des énergies renouvelables et des transports collectifs trouve son expression dans la multiplication de mouvements citoyens qui cherchent et parviennent à se faire entendre de plus en plus clairement, malgré le contrôle des médias par deux grands monopoles de presse, Power et Péladeau.

Quelles priorités la gauche doit-elle se donner dans cette conjoncture électorale ?

Nous chercherons moins à être complet qu’à identifier les principaux enjeux qui aparaissent les plus mobilisateurs dans le contexte actuel.

1. Se réapproprier la propriété, le contrôle et l’exploitation de nos ressources naturelles pour en finir avec leur pillage et pour favoriser sa gestion écologique. Ceci nous permettra de faire des choix stratégiques : fin de l’exploitation de l’amiante, stratégie industrielle de deuxième et troisième transformation, défense des droits des citoyens et des collectivités

2. Placer nos choix énergétiques et écologiques sous contrôle citoyen en créant des grandes entreprises publiques comme Énergie Québec pour chapeauter la totalité de la production et de la distribution de l’électricité sur le territoire québécois, pour favoriser un transfert vers les énergies renouvelables et le démantèlement de la filière nucléaire et le lancement d’un vaste programme d’efficacité énergétique.

3. Dans une logique de planification écologique, il faut augmenter le transport collectif et développer un vaste plan de transport collectif à l’échelle du Québec dont les objectifs prioritaires seront : d’électrifier progressivement l’ensemble du réseau, de favoriser le développent du transport ferroviaire (trains de banlieu) ; favoriser le développement du transport en commun et sa gratuité graduelle dans les grands centres urbains ; encourager le transport des marchandises par voie ferrée et par voie navigable. Ce sont là de vastes chantiers écologiques qui s’appuient sur les points forts de l’économie québécoise.

4. Il faut se donner les moyens pour ce faire. Il faut d’une part revoir la fiscalité afin de réinstaurer la progressivité de l’impôt sur les particuliers, pour rétablir l’équilibre entre les impôts des particuliers et les impôts des entreprises, pour lutter contre la fraude fiscale et enfin d’arrêter d’embaucher des compagnies privées dans certains services publics. Il faut en finir avec les ventes à rabais de nos richesses et Sans parler des ventes à rabais de notre électricité à des grandes multinationales. La création d’une banque du Québec et la redéfinition du mandat de la Caisse de dépôt s’inscrit également dans cette nécessité de mobiliser les ressources financières pour rendre nos projets réalisables.

5. Un tel développement inspiré d’une véritable planification écologique doit s’accompagner d’une véritable plan de justice sociale : augmentation du salaire minimum, établissement de l ’équité salariale entre les hommes et les femmes, instauration d’un revenu minimum garanti, défense d’un droit à une retraite décente et renforcement de l’accessibilité et de la gratuité en éducation et en santé. Mais une véritablement redistribution de la richesse ne pourra se faire sans renforcer le poids des organisations syndicales en facilitant l’accès à la syndicalisation de la majorité des travailleurs et des travailleuses.

6. Enfin, ce grand projet social ne se fera pas dans un fédération canadienne qui cherche à nous faire vivre des reculs sur tous les terrains. La sortie de notre statut de minorité politique dans l’État canadien est essentielle à la réalisation de notre projet société. C’est pourquoi, on ne peut séparer notre projet social et notre projet national. La perspective de l’élection d’une constituante pour définir le Québec que nous voulons est un concrétisation essentielle de la démarche que nous devons présenter à la population québécoise dès un premier mandat.

7. Cette affirmation de notre souveraineté populaire doit aussi trouver son expression dans nos relations avec le reste du monde par le rejet des pactes de libre-échange, par le refus de signe le Pacte de libre-échange avec l’Europe... et par la conlusion d’accords et des partenariats qui refusent la destruction de l’agriculture vivrière d’autres pays et respectent leur souveraineté alimentaire.

Ce sont là une série de chantiers que nous opposons à la volonté des partis politiques prêts à jouer le jeu de l’oligarchie régnante qui cherche à imposer au Québec des politiques d’austérité, de pillage et de restrictions de nos droits démocratiques et nationaux.

 


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Messages

  • Bernard Rioux nous propose une analyse des enjeux sociaux et politiques actuels, assortie d’un rappel judicieux à l’attention de la tendance fédéraliste/NPDiste de QS : « on ne peut séparer notre projet social et notre projet national » !

    Mais à part une idée plutôt vague de « chantiers », l’auteur nous offre peu de perspectives concrètes.

    Serge Ayoub, en conférence à Montréal dernièrement pour l’implantation québécoise du groupe Troisième Voie, ranimait le mythe d’une grève générale insurrectionnelle … Notre "maître le passé", surtout lorsqu’il emprunte les méandres extrêmes-droitistes du nationalisme-révolutionnaire n’est pas toujours de bon conseil, mais l’ancien skin devenu organisateur ouvrier a quand même le mérite de poser clairement la question de Vladimir Ilitch Oulianov : « Que faire ? » !

    Peut-être ne serait-il pas inutile de relire les classiques :
    http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1902/02/19020200.htm
    http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/01/19160100.htm
    http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?option=com_content&view=article&Itemid=53&id=244

    On y trouverait très certainement des perspectives plus motivantes que celle de couvrir la circonscription de Gouin de milliards d’affiches pour y faire élire "notre Françoise" …

    PS : Faut-il éviter "comme la peste" les mencheviks du PQ ???

    Yves Claudé – membre du PQ (Rosemont)