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    Pascale Rioux-Oliver

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    Conférence de Christine Delphy

    Le mythe de l’égalité-déjà-là, une question qui nous concerne !

    mardi 16 octobre 2007, par Pascale Rioux-Oliver

    Madame Christine Delphy, éminente sociologue féministe française, auteure de ’L’Ennemi principal’ et directrice de la revue ’Nouvelles Questions féministes’, a présenté le jeudi 11 octobre une conférence à la Grande Bibliothèque nationale à Montréal. Devant une salle comble réunissant près de 500 femmes et quelques hommes, madame Delphy a prononcé une conférence ayant pour thème : « Le mythe de l’égalité-déjà-là : un poison ! » Voici un rapide compte rendu de ses propos.

    Le discours féministe jamais légitime

    C’est avec humour qu’elle explique que les Français au temps du féminisme de deuxième vague étaient d’avis que le féminisme n’avait pas lieu d’exister. Donc, selon les mass médias d’alors, le féminisme n’existait pour ainsi dire pas, affirme-t-elle. Plus tard, dans les années 90, le féminisme est mort. Donc le féminisme n’a jamais existé et ensuite il est mort, dit-elle en riant. De nos jours, aux yeux de notre société, la seule continuation du mouvement féministe semble être un excès en soi.

    Par la suite, elle fait une mise en garde contre tous les ouvrages de psychopop. Ces ouvrages avancent que les différences sociales et cognitives sont le résultat de différences biologiques essentielles. Pourquoi mettent-ils tant l’emphase sur les différences biologiques ? A-t-on peur de voir disparaitre les différences anatomiques ? se moque-t-elle. Il semble que ces différences physiques soient permanentes. Ne serait-ce donc pas plutôt le besoin de faire correspondre à ces différences anatomiques, des différences de statut et de rôle ? Elle nous rappelle alors quelques données sur la violence faite aux femmes, sur les inégalités salariales, sur la précarité des femmes, sur la pauvreté de ces dernières, sur la misère des mères monoparentales, sur l’appropriation du travail domestique des femmes...

    Les inégalités invisibles

    Aujourd’hui, les jeunes femmes se font dire que le féminisme a été utile mais que maintenant tout est gagné et qu’elles n’ont qu’à se relever les manches. Si elles ne connaissent pas la réussite au même niveau que les hommes cela devient une faute personnelle, cela les culpabilise alors qu’en fait elles n’ont pas les mêmes chances. Effectivement, quand Chirac dit que l’égalité des sexes est le pilier de notre société, cela envoie une image biaisée qui tend à responsabiliser les femmes vis-à-vis des différentes inégalités. Maintenant que l’égalité des sexes est insérée dans la constitution, on n’a plus à se plaindre, on a notre ligne, clame-t-elle avec ironie. En fin de compte, la société toute entière ne connait pas l’égalité : ni entre hommes et femmes, ni entre riches et pauvres, ni entre les races.

    Défi du féminisme

    Aujourd’hui en France, il n’y aurait pas d’oppression des femmes, l’oppression des femmes n’existerait qu’au delà de nos frontières, s’exclame-t-elle. Les hommes blancs s’appuient sur les critiques de l’islamisme et des autres civilisations pour prétendre que le patriarcat, c’est l’affaire des autres, alors que la société française est très patriarcale. Elle nous a donc rappelé que le grand défi du féminisme est de s’allier aux femmes du monde mais aussi de se souvenir que l’oppression patriarcale est toujours présente dans les sociétés occidentales.

    Elle appelle donc les groupes féministes à travailler avec des groupes de femmes opprimées par l’Occident. Il faut travailler avec les féministes qui n’ont pas comme seule oppression l’oppression patriarcale. Il faut abandonner notre présomption de supériorité en tant que blanches. Pour maintenir le « Nous » des femmes, il faut prendre en compte toutes les oppressions vécues par les femmes de tous les pays, affirme-t-elle.

    Dans l’ensemble, même si on pouvait trouver sa conférence très intéressante et teintée d’une ironie amusante, il semble qu’elle ait omis de parler de plusieurs sujets importants. Elle n’était pas informée des débats actuels dans la société québécoise, ce qui s’est d’ailleurs traduit par quelques lacunes durant la période de questions. Elle n’a aucunement abordé la situation concrète des femmes à travers le monde, pas plus que les arguments dénonçant la logique de guerre actuelle, qui justifie les interventions des gouvernements occidentaux au nom de la défense et de la libération des femmes. Cette conférence a fait nombre de rappels intéressants, mais somme toute, elle nous a laisséEs sur notre faim.


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